La distanciation sociale menace le décollage du transport aérien

Le 22 avril 2020 par Victor Miget
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Les effets directs et indirects de la pandémie pourraient amputer le chiffre d’affaires du secteur de 314 milliards de dollars (290 Md€), insiste l’organisation.
Les effets directs et indirects de la pandémie pourraient amputer le chiffre d’affaires du secteur de 314 milliards de dollars (290 Md€), insiste l’organisation.

Le déconfinement progressif s’annonce compliqué dans le transport aérien. La distanciation sociale pourrait signer l’arrêt de mort de compagnies à bas coût.

 

Passeport sanitaire, désinfection des aéronefs, port du masque obligatoire… Voici quelques pistes explorées par le secteur aérien pour un déconfinement progressif et sécurisé. Mais c’est bien le respect des règles de distanciation sociale dans les appareils qui pose problème.

Sur le papier, elles sont simples à appliquer. Il suffit de bloquer la réservation de certains sièges à bord pour instaurer de fait une distance de sécurité entre les passagers. Certains s’y essayent déjà. Emirates a annoncé pré-attribuer ses sièges et en laisser certains vaquant. Outre-Atlantique, American Airlines bloque 50% des places de la rangée du milieu à bord de ses appareils. Delta les retire tous sans exceptions.

Pendant le confinement, le trafic de passagers s’est écroulé (-70%). En théorie, la distanciation sociale est relativement peu contraignante pour les compagnies aériennes. Qu’en sera-t-il après le confinement? Car qui dit moins de sièges, dit moins de revenus pour les transporteurs. Retirer une rangée revient renoncer à transporter le tiers de la capacité de certains avions.

Hausse des prix

L’association internationale du transport aérien (Iata), y voit une entrave à une reprise qui s’annonce lente. Selon le lobby mondial, 40 % des voyageurs pourraient attendre encore six mois avant de reprendre l'avion. Quand près de 70 % des passagers disent attendre une amélioration de leur situation financière avant de reprendre l’air. Les effets directs et indirects de la pandémie pourraient amputer le chiffre d’affaires du secteur de 314 milliards de dollars (290 Md€), insiste l’organisation.

Si les gouvernements décident d’appliquer strictement la distanciation sociale, il n’y aura pas 36 solutions, prédit Alexandre de Juniac. «Soit vous volez au même prix, en vendant le billet au même prix moyen qu’auparavant, et vous perdez d’énormes sommes d’argent, de sorte qu’il est impossible de voler pour n’importe quelle compagnie aérienne, surtout à bas prix ; soit vous augmentez le prix des billets d’au moins 50% et vous êtes en mesure de voler avec un profit minimum. Cela signifie donc que si la distanciation sociale est imposée, les voyages à bas prix sont terminés», résume le directeur général de l’Iata.

Quid des compagnies à bas coût?

Ce constat n’augure rien de bon pour le modèle économique des compagnies aériennes à bas coût. Virgin Australia, Compass Airlines, Trans States Airlines et Flybe ont déjà fait faillite. La plupart des survivantes se résignent à réduire leur offre. Le directeur général d'EasyJet, Johan Lundgren, évoque la possibilité de laisser vides la rangée du milieu. Même chose pour Wizz Air. Les avions du transporteur hongrois passeraient de 180 à 120 places.

Seule voix dissonante: Ryanair. Contacté par le JDLE, un porte-parole de la compagnie irlandaise confirme qu’actuellement, «tous les avions sont désinfectés quotidiennement […] la distance sociale est optimisée à bord». De là à en faire une stratégie sur le long terme? Interrogé par Reuters, son PDG, Michael O'Leary, préconise le port du masque obligatoire et… le contrôle de la température des passagers.

«Nous sommes en discussion avec les régulateurs qui sont assis dans leurs chambres en inventant des restrictions telles que la suppression des sièges du milieu, ce qui est tout simplement absurde», gronde-t-il. Selon lui, la distanciation dans le seul avion n’a pas de sens. «Vous ne pouvez pas faire de distanciation sociale à l'aéroport, ni à l'enregistrement, ni à la sécurité, ni dans les restaurants ou les magasins - même les exploitants d’aéroports le reconnaissent». Sans même parler des trajets pour s’y rendre.