La difficile lutte contre les cancers professionnels

Le 28 décembre 2004 par Claire Avignon
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La circulaire DGS-DRT n°2004-525 du 4 novembre 2004 vient de préciser la politique de lutte contre les cancers d'origine professionnelle. Pour améliorer la détection, le gouvernement a prévu «la création du suivi "post-exposition" et la mise en œuvre effective du suivi "post-professionnel"».

En 2002, Ellen Imbernon, chercheuse à l'Institut nationale de veille sanitaire, a publié un rapport intitulé "Estimation du nombre de certains cancers attribuables à des facteurs professionnels". Il en est ressorti des chiffres assez surprenants. La spécialiste a comparé la fraction de risque de certains cancers attribuable à une exposition professionnelle grâce à des études épidémiologiques françaises ou internationales aux nombres de cancers indemnisés en France. Ont été considérés tous les cancers inscrits dans les tableaux recensant les maladies professionnelles (MP) au titre du Régime général de sécurité sociale.

Pour 1999, l'étude attribue une origine professionnelle à 2.713 à 6.051 cancers broncho-pulmonaires alors que seulement 458 ont été réparés au titre des maladies professionnelles. Les résultats pour tous les cancers étudiés sont du même ordre de grandeur. Seuls les cancers du poumon et les mésothéliomes dus à l'amiante ont des résultats plus proches avec 297 cancers réparés au titre du Régime générale (qui couvre 80% de la population) contre 550 au titre des maladies professionnelles.

Ces travaux aboutissent à une évaluation des cas de cancers professionnels représentant 4 à 8,5% de la totalité des cancers. Ils sont à l'origine de la mise en place de la politique de lutte spécifique décidée par le gouvernement. Mais l'évaluation de ces cancers s'avère délicate: «La plupart des cancers sont multifactoriels, explique Gilles Evrard, directeur des risques professionnels à la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam). Par exemple, les cancers broncho-pulmonaires sont favorisés à la fois par l'amiante et le tabac. Il reste donc difficile d'estimer la part des cancers d'origine professionnelle même si l'étude d'Ellen Imbernon peut en donner une bonne idée.»

L'autre raison qui entraîne une sous-déclaration de ces cancers serait la non sensibilisation des médecins. Les cancers se déclarent généralement plusieurs décennies après l'exposition, lorsque le travailleur est à la retraite. «Or, statistiquement, un médecin qui n'est pas médecin du travail voit un patient atteint par une MP tous les deux ans, remarque Gilles Evrard. Il ne fait pas nécessairement le lien avec le passé. En outre, sa priorité est avant tout de soigner.»

Pour améliorer la déclaration des MP, un suivi "post-professionnel" a été mis en place par la Cnam. Un retraité qui a été en contact avec un produit cancérigène, mutagène, ou toxique pendant sa vie active peut subir un dépistage répété périodiquement. «Environ 98% des cas sont liés à l'amiante», estime Gilles Evrard. Mais le nombre de personnes suivies n'est pas encore assez élevé. «Beaucoup de personnes font une demande de dépistage, explique le directeur des risques professionnels de la Cnam. Mais une personne sur deux seulement va jusqu'au bout. Certaines maladies liées à l'amiante sont incurables. Les personnes ont peur de savoir, ce qu'il faut respecter.»

La Cnam a tout de même commencé une expérimentation en Aquitaine, en Normandie et en Rhône-Alpes. Il s'agit d'envoyer un courrier aux retraités des usines qui ont été en contact avec une substance cancérogène. «Il y a davantage de réponses, mais les gens ne donnent encore une fois pas forcément suite en allant consulter», indique Gilles Evrard.

Le suivi "post-exposition", relève de la médecine du travail, et concerne les actifs qui changent d'employeur. En 2005, le gouvernement devra décider si une réglementation spécifique, comme c'est le cas pour le suivi "post-professionnel", doit ou non être mise en place.




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