La démographie, hiatus climatique du pape

Le 24 septembre 2015 par Romain Loury
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Le pape François
Le pape François
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Publiée en juin dernier, l’encyclique du pape François sur le réchauffement climatique pèche-t-elle sur la question démographique? Telle est la question que se posent deux scientifiques dans la revue Nature Climate Change, qui a publié le 22 septembre plusieurs analyses de Laudato Si’.

Saluée de manière quasi unanime lors de sa publication en juin, l’encyclique «Laudato Si’» appelle à un sursaut éthique contre le réchauffement climatique. Le texte de 192 pages, que nombreux ont vu comme le renouement d’un dialogue entre science et religion, appelle à l’abandon de notre mode de vie consumériste et court-termiste, pour s’orienter vers une «écologie humaine».

Pour autant, les positions de l’Eglise sont-elles toutes climato-compatibles? Pas certain: dans une analyse publiée ce jeudi 24 septembre dans Nature Climate Change, deux chercheurs californiens, le biologiste Paul Ehrlich (université de Stanford) et le spécialiste des ressources et de l’énergie John Harte (université de Berkeley), pointent ce qu’ils estiment être une contradiction majeure avec la lutte contre le réchauffement, sur le sujet  de la croissance démographique.

Nul besoin de le rappeler, l’Eglise n’a jamais été très favorable au contrôle des naissances, qu’il s’agisse de contraception, ou plus encore, d’interruption volontaire de grossesse (IVG). Dans son encyclique, François déplore ainsi qu’«au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité. Les pressions internationales sur les pays en développement ne manquent pas, conditionnant des aides économiques à certaines politiques de ‘santé reproductive’».

«S’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire. Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes», ajoute le pape.

Une poussée démographique hors de contrôle

S’il faut accorder un bon point au pape, c’est de reposer la question démographique, alors que celle-ci est étonnamment peu abordée par les scientifiques et les politiques lorsqu’ils évoquent les gâchis environnementaux liés à l’homme. Et ce alors que la population mondiale a presque quintuplé au cours du XXe siècle, et qu’elle devrait passer de 7,3 milliards d’habitants à 9,7 milliards en 2050, puis à 11,2 milliards en 2100.

 

En déplacement depuis mardi 22 septembre aux Etats-Unis, pays où son encyclique a eu peu d’écho, le pape François a salué les engagements de Barack Obama concernant les émissions de gaz à effet de serre, qu’il a jugés «encourageants». «Il est évident que la question du changement climatique ne peut plus être laissée aux générations futures (...) Nous sommes à un moment crucial de l'histoire», a-t-il déclaré, un appel à l’action qu’il a réitéré jeudi devant le Congrès.
 

Or pour Paul Ehrlich et John Harte, «un regard attentif à la complexité des divers aspects (démographiques, biophysiques, économiques et sociaux) de la situation mondiale de l’environnement révèle que la croissance démographique n’est pas compatible avec l’idée d’un développement équitable ou durable».

Les chercheurs vont même plus loin en estimant, à rebours du pape, qu’il n’y aura pas de justice, sociale et environnementale, sans contrôle démographique. La population mondiale aura besoin de plus en plus de ressources, à prix écologique croissant. Par ailleurs, le fait que nous soyons de plus en plus nombreux complique la lutte contre la pauvreté -si elle ne la rend pas tout simplement impossible-, les inégalités favorisant les atteintes à l’environnement.

Comme la croissance économique, la croissance démographique ne peut se poursuivre de manière perpétuelle sans engendrer des dégâts environnementaux croissants. Raison pour laquelle Paul Ehrlich et John Harte appellent l’évêque de Rome à «prendre la tête du combat pour les droits des femmes [à l’IVG, ndlr] et le contrôle de la natalité». Des sujets dont François a déploré, en septembre 2013, qu’ils soient devenus des «obsessions» de l’Eglise.



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