La déferlante écologiste

Le 29 juin 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La carte des métropoles vertes
La carte des métropoles vertes
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La gauche a clairement confirmé sa bascule verte à l'occasion du second tour des élections municipales du 28 juin. Un nouvel aiguillon écolo pour le président de la République qui doit tirer, ce lundi 29 juin, les enseignements de la convention citoyenne pour le climat.

Pour Edouard Philippe, la soirée du 28 juin fut bonne. Pour son gouvernement et le parti présidentiel, c’est une déroute. Au Havre, le premier ministre a facilement retrouvé son fauteuil de maire (58,83%). Ce qui ne semblait pas gagné au vu des résultats du premier tour des élections municipales. Le 15 mars, sa liste était créditée de moins de 24% des suffrages. Pour le parti présidentiel, le désastre est patent.

Soi-disant en pleine période d’implantation locale, La République en marche (LREM) ne conquiert aucune grande ville. A Paris, Agnès Buzyn, sa candidate subit une sévère défaite, en ne recueillant que 13% des voix exprimées. Peu nombreux, il est vrai, les Parisiens et les Français à s’être exprimés en ce premier dimanche des vacances d’été. Dans la capitale, seuls 37% des électeurs se sont déplacés, contre 40% au niveau national.

victoire historique

Cela a-t-il favorisé le résultat des candidats portant casaque verte ? Probable. Mais les écologistes ne doivent pas seulement à un niveau inédit d’abstention leur incontestable victoire d’hier soir. Bordeaux, ville qui a élu un maire de droite sans discontinuer au premier tour depuis la libération, est emportée par l’avocat écologiste Pierre Hurmic.

Une écologiste, encore, Jeanne Barseghian, gagne Strasbourg. Léonore Moncond’huy réalise la même performance à Poitiers ; François Astorg à Annecy ; Jean-Marc Defrémont à Savigny-sur-Orge ; Patrick Chaimovitch à Colombes ; Anne Vignot à Besançon ; Isabelle Assih à Quimper ; Danielle Dambach à Schiltigheim ; Harry Durimel à Pointe-à-Pitre. Eric Piolle, l’étoile montante d’EELV, est reconduit à la tête de la mairie de Grenoble. Malgré leur désunion retentissante, Montpellier tombe finalement dans l'escarcelle de Michaël Delafosse, soutenu par la candidate EELV Coralie Mantion.

Le plus fort des séismes fait trembler la capitale des Gaules. Elle aussi pour la première fois de son histoire, Lyon devient une métropole verte. L’équipe dirigée par Grégory Doucet boute le macroniste Gérard Colomb hors de sa mairie. Un résultat inimaginable au début de la campagne. Après un psychodrame dont ils ont le secret, les candidats d’EELV parisiens (dont les scores ne furent pas prodigieux au premier tour) ont conclu l’alliance que leur proposait la maire sortante. Anne Hidalgo conserve ainsi l’Hôtel de ville de Paris sans grand suspens.

Incertitude marseillaise

Une incertitude plane en revanche sur le nom du prochain maire de Marseille. Malgré sa première place au second tour (38,28%), la meneuse du Printemps Marseillais n’est pas certaine de l’emporter. N’ayant fait élire que 42 conseillers municipaux sur 101, Michèle Rubirola devra composer une nouvelle majorité, sans doute avec les 8 conseillers se réclamant de la sénatrice Samia Ghali, ex-socialiste. Faute de quoi, la seconde ville de France pourrait finalement rester à droite. 

A l’exception de Lille (Martine Aubry conserve sa mairie à 240 voix près) et de Toulouse, la plupart des très grandes villes de l’Hexagone tombe dans la gibecière verte ou écologique. Un fait politique majeur qu’annonçait un minutieux décryptage des résultats du premier tour. Dans une note, publiée le 26 mai, les politistes Florent Gougou et Simon Persico rappellent qu’EELV affichait 121 têtes de liste dans les 251 communes de plus de 30.000 habitants, contre une soixantaine, en moyenne, lors des scrutins municipaux de 1995, 2001, 2008 et 2014. La poussée écologiste ne date donc pas d’hier. Mais avec les résultats d’aujourd’hui, EELV devient, en dépit de sa faiblesse structurelle (4 salariés), le parti charnière de la gauche française.

Avec une brochettes de métropoles et quelques dizaines de députés non encartés mais proches de ses idées, le parti vert ne manque désormais plus de relais politiques. Emmanuel Macron qui s’exprimera, ce lundi 29 juin, officiellement pour tirer les conclusions des travaux de la convention citoyenne pour le climat, ne peut plus l’ignorer.