La culture illégale de marijuana: un mauvais plan pour le climat

Le 25 mars 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Fumer un joint contribue à l'émission de 4,6 kg de CO2.
Fumer un joint contribue à l'émission de 4,6 kg de CO2.
H. Zell

Très énergivores, les plantations de cannabis alourdissent le bilan carbone américain. Culture de plein champ et énergies renouvelables peuvent alléger ce bilan carbone.

Les malades qui en consomment pour apaiser leurs maux et les inconditionnels de la fumette en sourient déjà d’aise. Une professeure de droit appelle à la légalisation de la culture de la marijuana, aux états-Unis.

Dans un article à paraître dans le Columbia Journal of Environmental Law, Gina Warren (Texas A&M University School of Law) lance un vibrant plaidoyer en faveur de la culture en plein champ du chanvre indien. Ce faisant, la juriste ne se fait pas la porte-parole des adorateurs de la Marie Jeanne ou de leurs fournisseurs, mais des protecteurs de l’environnement et du climat.

Quinze états américains ont déjà légalisé la consommation de ce stupéfiant. En Californie ou dans le Colorado, sa culture est autorisée mais sous contrôle. Elle est, en revanche, totalement interdite dans les 35 états où l’herbe est toujours outlaw.

29 millions de consommateurs

Ce qui ne suffit pas à décourager les producteurs clandestins. Une étude, datant de 2010, estime à 69.000 tonnes la production annuelle de cannabis. Il faut bien subvenir aux besoins d’environ 29 millions d’Américains qui déclarent en consommer régulièrement. Légale ou pas, cette culture s’avère terriblement nocive pour l’environnement et le climat.

Les cultivateurs outdoor clandestins défrichent à coup d’herbicides et de pesticides des espaces naturels, souvent de qualité. Ils parsèment leurs plantations de rodenticides pour préserver leurs plants des attaques de rongeurs. Dans certaines régions de Californie, jusqu'à 80% des populations de martre pêcheuse (Martes pennanti) sont contaminées aux raticides des cultivateurs de marijuana.

Serres spécialisées

Faune et flore lacustres ne sont guère mieux loties que le mustélidé. Durant l’été, chaque plant peut consommer plusieurs dizaines de litres d’eau. Pour se faciliter les choses, les planteurs n’hésitent pas à détourner des cours d’eau pour irriguer leurs champs.

Fort heureusement, se diront les naturalistes, la majorité des cultures se pratiquent indoor, dans des serres spécialisées, dans des sous-sols aménagés, voire dans des placards trafiqués.

Et du matériel, il en faut. Pour pousser vite et bien, les plants ont besoin de beaucoup de chaleur et de CO2. Le taux d’hygrométrie de l’air doit être contrôlé. L’air doit être changé 30 fois par heure. Cannabis sativa aime aussi beaucoup la lumière. Il faut en moyenne 2.000 watts de puissance électrique par mètre carré de culture indoor.

1% de la consommation d’électricité

Tout cet attirail engloutit un volume considérable d’électricité. Un module de 3,5 mètres cubes, produisant 2 kilogrammes d’herbe par an, consommera jusqu’à 13.000 kilowattheures/an. Une Grow House (une serre à cannabis) comprend plusieurs dizaines de ces modules. Résultat, rappelle le consultant Evan Mills dans un article publié par Energy Policy, la production de marijuana consomme 1% de la consommation totale d’électricité américaine[1], soit 20 térawattheures/an. Avec une facture officielle dont le montant atteint 6 milliards de dollars par an (5,5 Md€), le chanvre indien est la culture la plus énergivore qui soit.

A l’électricité (fortement carbonée aux états-Unis), il faut ajouter la consommation de carburants des générateurs et des véhicules de livraison. Au total, l’impact climatique de la production US d’herbe tourne autour de 15 millions de tonnes de CO2 par an. Fumer un seul joint contribue à l’émission de 4,6 kg de gaz carbonique!

Alléger pareil bilan carbone est possible, estime Gina Warren. Par exemple, en généralisant la culture en plein champ. Mais aussi en suivant l’exemple donné par Boulder. La capitale du Colorado oblige les cultivateurs hors sol à se fournir exclusivement en électricité produite par des sources d’énergies renouvelables. De quoi réconcilier fumette et climate.

 



[1] Et près de 10% de la consommation d’électricité en Californie.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus