La création du « Giec de la biodiversité » en bonne voie

Le 27 mai 2010 par Sabine Casalonga
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La décision de créer l’IpBes – la plate-forme intergouvernementale science-politique sur la biodiversité et les systèmes écosystémiques - sera prise lors d’une réunion intergouvernementale en Corée du Sud, du 7 au 11 Juin. Les experts français sont plutôt optimistes même si des incertitudes demeurent, notamment quant à la place des ONG dans la future structure.

 

« Nous sommes plus optimistes qu’en début d’année, sur la création de l’IpBes, notamment grâce à l’évolution des positions américaine et chinoise et à la clarification de celle de l’UE », a souligné Lucien Chabason, directeur délégué de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) lors d’un point presse le 26 mai. L’Australie serait un des seuls pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) encore réservé.

 

En début d’année, la naissance du « Giec de la biodiversité » semblait pourtant compromise, suite à l’échec de Copenhague et à la remise en cause du fonctionnement du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) [dans le JDLE]. « Les discussions sur la création de l’IpBes et sur la réforme du Giec sont étroitement liées », confirme Stéphane Hallegatte, ingénieur climatologue à Météo-France, chercheur au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired) et auteur du 4e rapport du Giec. De fait, la légitimité de la « science grise » (rapports d’ONG), au cœur des critiques contre le Giec, est aussi un des points litigieux des débats sur l’IpBes.

 

Soutenue par la communauté scientifique mondiale et lancée par la France en 2005, l’idée de créer une structure internationale sur la biodiversité, sur le modèle du Giec, s’est heurtée au départ à des réticences de la part des pays en voie de développement, le Brésil en tête. Les oppositions de principe ont toutefois été levées en octobre dernier, lors d’une réunion du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) à Nairobi (Kenya) [dans le JDLE]. Quant à l’Union européenne, dont certains Etats membres étaient encore réservés cet automne, elle a adopté un texte de consensus affirmant son soutien à la création de l’IpBes.

 

En dépit de ce contexte positif, plusieurs questions cristallisent encore les débats. Première d’entre elles, celle sur les possibilités de saisine (voir  d’auto-saisine) de la future entité, que les pays du Nord souhaitent ouvrir aux ONG. De leur côté, les pays en développement sont plus réticents, de par leur volonté de préserver leur souveraineté économique. « C’est un vrai sujet qui n’est pas tranché », souligne Lucien Chabason.  

 

Un autre sujet en discussion concerne l’élargissement de l’expertise aux ONG, sachant qu’elles jouent un rôle crucial dans le domaine de la biodiversité, à l’instar du Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Reste le choix de la localisation géographique de l’IpBes. Plusieurs pays dont la France, avec le Muséum à Paris, se sont portés candidats.

 

En dépit de sa qualification, le « Giec de la biodiversité » ne devrait ressembler que de loin à son modèle. Primo, les données sur la biodiversité sont encore lacunaires dans de nombreuses régions, alors que la science du climat était déjà mûre au moment de la création du Giec. « L’Ipcc [acronyme du Giec en anglais] n’a fait que valider un consensus préexistant», affirme Stéphane Hallegatte.

 

Deuzio, la définition d’un indicateur objectif pour la biodiversité, non lié à une recommandation, à l’instar des émissions de CO2 pour le climat, semble exclue. « On est encore loin d’avoir pondéré le rôle des activités humaines (surpêche, pesticides …) qui affectent la biodiversité », souligne Lucien Chabason. L’exercice sera d’une nature infiniment plus complexe que pour le climat ».

 

La mission qui devrait être confiée à l’IpBes serait donc plus ambitieuse que celle du Giec, dans la mesure où elle devrait commencer par combler les lacunes de connaissances, via le soutien des pays du Nord à la construction de capacités d’expertise dans les pays du Sud. « Sans cette dimension de production du savoir, l’IpBes ne se fera pas » affirme le directeur délégué de l’Iddri. Les pays riches se seraient résignés à accepter cette demande émanant des pays en développement.

 

Si un consensus est adopté en Corée,  la création de l’IpBes devra encore être confirmée par l’ONU avant la fin de l’année. « On peut imaginer la création de la structure en 2011, si tout va bien », conclut Lucien Chabason.



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