La Cour des comptes fustige la politique salariale d’EDF

Le 06 février 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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EDF n'est pas la seule entreprise publique à en prendre pour son grade.
EDF n'est pas la seule entreprise publique à en prendre pour son grade.
Cour des comptes

Salaires élevés, avantages nombreux, retraite généreuse, l’énergéticien semi-public choie ses salariés, souligne la Cour des comptes dans son rapport annuel. Et cela ne devrait pas changer de sitôt.

 

Coûteuse et inefficace. Ainsi pourrait être résumé l’audit de la politique salariale d’EDF que la Cour des comptes intègre à son rapport annuel, publié ce mercredi 6 février. Entre 2007 et 2011, les dépenses de personnel d’EDF SA ont augmenté de 1.084 millions d’euros (+5,7% par an en moyenne). Entre 2011 et 2017, le rythme des augmentations s’est ralenti, mais a tout de même progressé de +2,3% par an en moyenne.

Sans que ces chiffres ne soient aucunement corrélés à la performance économique de l’entreprise. Entre 2015 et 2017, l’excédent brut d’exploitation du groupe présidé par Jean-Bernard Lévy a chuté de 22%. Il est vrai que la part du salaire reflétant la performance individuelle de chaque salarié représente 5% du montant de ce salaire.

Comment expliquer pareille aberration? Le statut des Industries électriques et gazières (IEG) n’y est pas pour rien. Créé en 1946, dans la foulée de la nationalisation des secteurs électrique et gazier, ce statut, complété par des instructions internes à EDF, n’a cessé d’améliorer la situation des salariés de l’énergéticien semi-public.

Augmentation minimale

La grille tarifaire statutaire impose «une augmentation minimum de la rémunération de 2,3% sans que l’employeur puisse moduler ce taux», indiquent les auteurs du rapport. Or 1% de hausse de mesures salariales équivaut à 55 M€ de dépenses de personnel en plus. Augmentant régulièrement, les salaires des 90% des salariés d’EDF affiliés au statut des IEG sont aussi plus élevés qu’ailleurs.

En 2017, rappellent les magistrats de la rue Cambon, les rémunérations mensuelles brutes s’élevaient en moyenne à 4.098 €. Selon une étude du cabinet Deloitte, «les rémunérations totales à EDF se situent en moyenne 8% au-dessus de la médiane des rémunérations totales d’entreprises du secteur de l’énergie pour les non-cadres et 10% pour les cadres (hors cadres dirigeants)». Soit un surcoût de masse salariale estimé à 290 M€ par an.

Compléments de rémunération

Conclu en 2016, l’accord d’entreprise a mis en œuvre un système de forfait jour pour les cadres, comme il en existe dans de nombreuses autres grandes entreprises. Ce dispositif a néanmoins été assorti de primes, d’une augmentation de la rémunération fixe de 4,6% et d’abondements «exceptionnels» des comptes épargne-temps. Au total, EDF a dû décaisser 71 M€ pour la seule année 2017. Et chaque année, le montant des dépenses récurrentes à cet accord s’élève à 239 M€.

Les compléments de rémunérations sont foisonnants chez EDF. Les auteurs du rapport en dénombrent une centaine: compensation d’un métier pénible, aide à la mobilité, indemnités de départ. Cumulées, elles représentent 681 M€ par an: près du quart des rémunérations fixes. «Insuffisamment pilotées et contrôlées, elles sont en augmentation de près de 30% depuis 2012. Elles contribuent aussi à alimenter les différences entre hommes et femmes.»

Très chères retraites

Aux rémunérations, il faut ajouter les avantages, parfois exorbitants. Le plus connu est le prix plus qu’avantageux de l’électricité réservé aux IEG d’EDF: gratuité de l’abonnement, réduction de 96% du prix de l’électron, exonération des taxes. Détail: cet avantage est aussi ouvert aux retraités de l’entreprise. Pour l’année 2017, le coût pour EDF de cet avantage est estimé à 295 M€. «L’avantage en nature pèse aussi dans les engagements de l’entreprise en faveur des retraités et futurs retraités. Les engagements correspondant à l’avantage énergie représentaient ainsi 2,95 Md€ au 31 décembre 2017.»

 Le système de retraites n’est pas inintéressant. Dans certaines conditions, les agents ayant cumulé 17 ans de services actifs peuvent partir en retraite jusqu’à 5 ans avant les autres salariés. Le montant de la retraite est égal à la moyenne des 6 derniers mois de salaires, treizième mois inclus. Mais contrairement à d’autres régimes spéciaux (RATP, SNCF), le financement des retraites des agents d’EDF incombe à l’entreprise et, indirectement, aux consommateurs d’électricité, via la contribution tarifaire d’acheminement. Tous les ans, EDF règle ainsi 800 M€ de retraites. Sur le long terme, l’énergéticien devra financer 22,6 Md€: presque l’équivalent des provisions du groupe pour le démantèlement de ses centrales nucléaires (25 Md€).

parc pléthorique

De longue date, le groupe a mené une généreuse politique familiale. Chaque événement heureux vaut à la famille de l’agent concerné une gratification au moins égale à un mois de salaire. En 2017, EDF a ainsi consacré plus de 68 M€ à la célébration des mariages et des naissances.

Qui dit famille dit logement. Et en la matière, EDF est un bailleur important. Le groupe dispose d’un parc (en croissance) de près de 14.500 logements dont les conditions d’occupation sont très avantageuses. En 2017, ce parc «pléthorique» a coûté 295 M€ au groupe, en progression de plus de 11% par rapport à 2011.

La situation a-t-elle des chances d’évoluer? C’est peu probable. Comme de coutume, les parties prenantes à la gestion d’EDF ont répondu aux observations de la Cour des comptes. Ni le gouvernement, ni EDF ne nient la réalité et le coût des avantages consentis aux salariés IEG. Dans sa réponse, François de Rugy rappelle toutefois que «toute évolution sur l’encadrement des avantages […] nécessite […] un accord préalable des partenaires sociaux. Ce sujet fait l’objet d’une sensibilité particulière dans un contexte social globalement tendu.»

De son côté, Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, souligne que son groupe a engagé «une démarche globale de transformation» (le plan Cap 2030) dont la réalisation sera impossible «sans un engagement élevé de ses salariés».



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