La Cour des comptes fait dérailler la ligne Lyon-Turin

Le 05 novembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Le percement a déjà commencé.
Le percement a déjà commencé.

Le projet de liaison ferroviaire Lyon-Turin est-il destiné à finir sur une voie de garage? Ce serait peut-être une bonne idée, à en croire un référé publié, lundi 5 novembre, par la Cour des comptes. Destinée au Premier ministre et aux ministres en charge du dossier, la communication des magistrats fustige le manque de gouvernance du projet et ses dramatiques conséquences financières.

Les sages de la rue Cambon rappellent que ce projet de liaison entre les deux métropoles nécessite le percement d’un tunnel sous les Alpes et les Préalpes françaises: un ouvrage international long de 57 kilomètres qui doit relier Saint-Jean-de-Maurienne à Suse, en Italie.

Première critique de la Cour: le choix fait par la société Lyon-Turin de percer un tunnel à grand gabarit. «Le choix technique a été retenu de réaliser un tunnel de base de très grande longueur alors que sur d’autres tronçons [de l’axe prioritaire n°6 du réseau transeuropéen des transports devant relier Lyon à Budapest], d’autres Etats (Slovénie, Hongrie) ont opté, pour des raisons financières, pour une modernisation progressive des lignes existantes.» Dit autrement: «Il apparaît que d’autres solutions techniques alternatives moins coûteuses [que le maxi tunnel Saint-Jean-de-Maurienne-Suse] ont été écartées sans avoir toutes été complètement explorées de façon approfondie

Comme pour justifier cette solution, les prévisions de trafic de fret semblent avoir été gonflées. En 2001, les études tablaient sur une capacité supérieure à 40 millions de tonnes de fret par an. Or, soulignent les magistrats, «cette estimation a été abaissée en novembre 2011 à 15 Mt».

Pharaonique, ce projet est-il bien piloté? On peut en douter. Côté français, les ministères en charge des transports et des finances n’étaient d’accord que sur une seule chose: leur désaccord. Côté italien, «l’insuffisance de la concertation initiale a conduit au blocage du projet. Le tracé a dû être profondément modifié, d’où un retard de cinq ans et demi». En attendant, le montant des études et des travaux préliminaires explosait. De 320 millions d’euros, estimé au début des années 2000, il est passé à 901 M€ fin 2010. Et l’inflation n’est pas finie.

Car ces coûts, ajoutent les rédacteurs, «ne prennent pas en compte les constats du programme de reconnaissance». En clair, il sera plus difficile que prévu de percer la montagne. Sans oublier les règles de sécurité dans les tunnels qui ont été durcies ces dernières années.
 

Résultat: de 11,8 milliards d’euros prévus par le schéma national des infrastructures de transport (SNIT), le montant du devis est passé, de l’aveu même de la direction générale du Trésor à 26,1 Md€. Un sacré investissement, dont le financement (tant au niveau français qu’au niveau italien ou communautaire) n’est pas bouclé. Rendant très hypothétique sa réalisation.

La Cour devrait prochainement transmettre son rapport définitif aux commissions des finances et, dans leur domaine de compétence, aux commissions des affaires sociales de l'Assemblée nationale et du Sénat. En attendant, le gouvernement révise le Schéma national des infrastructures de transport.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus