La Cour des comptes demande un peu plus de transparence au WWF France

Le 23 avril 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Isabelle Autissier annonce une évolution des règles d'élaboration du CER.
Isabelle Autissier annonce une évolution des règles d'élaboration du CER.

 

Considérant que les dépenses engagées par la fondation au panda sont conformes aux objectifs poursuivis par l’appel public à la générosité, les magistrats pointent l’opacité de l’usage des fonds versés à l’international.

 

Comme le prévoit le code des juridictions financières, la Cour des comptes contrôle, de temps à autre, la façon dont les «organismes bénéficiant de la générosité publique» dépensent l’argent qu’ils ont collecté. Après avoir audité les comptes de la fondation de Nicolas Hulot et de Greenpeace France, les magistrats se sont plongés dans ceux de la branche française du WWF.

Dans le rapport qu’elle publie ce lundi 23 avril, l’institution de la rue Cambon dévoile les rouages du financement de la fondation reconnue d’utilité publique en 2004. Entre 2015 et 2016, ses 220.000 donateurs réguliers lui ont fourni les deux tiers de ses ressources, soit environ 13 millions d’euros. Rien que de très régulier.

Avec cet argent, poursuivent les rapporteurs, l’ONG mènent des programmes de protection des espèces et sensibilise le public.

Situation financière en progrès

Les magistrats constatent, avec satisfaction, que la situation financière de la fondation s’est grandement améliorée depuis le début de la décennie. Entre 2011 et 2014, le WWF France a accumulé pour 2,6 M€ de pertes. Difficile, cette période a suscité de fortes tensions entre les salariés et la direction, amenant Serge Orru, le directeur général d’alors, à démissionner en juillet 2012. Depuis, le bilan s’est considérablement amélioré, avec près de 3 M€ de résultats positifs, cumulés depuis 2015. Là non plus, rien à dire.

C’est plutôt le manque d’information fournie aux donateurs que les magistrats critiquent. Qu’ils soient véhiculés par publipostage ou par démarchage, les messages d’appels au don sont centrés «sur la protection d’espèces emblématiques (grands singes, fauves, grands cétacés présents en Méditerranée, etc.)». Or, expliquent les rapporteurs, «les dons ne sont pas considérés par le WWF comme étant spécifiquement affectés à la protection de ces seules espèces, mais au financement de l’ensemble de ces programmes.»

«Les messages des appels à don ne mentionnent pas explicitement que le don effectué peut être utilisé pour des actions de sensibilisation, alors même que celles-ci représentent 40% des emplois en missions sociales selon les calculs de la Cour.»

Revoir le Compte d’emploi des ressources

Plus ennuyeux: la comptabilité. La Cour des comptes estime que les comptables du WWF France ont mal construit le compte d’emploi des ressources (CER). Ce qui «aboutit à minorer les frais de collecte et à majorer les dépenses de mission sociales.» Une critique acceptée par Isabelle Autissier. Dans sa réponse à la Cour, la présidence du WWF France annonce une évolution des «règles d’élaboration du CER» dès l’exercice 2016-2017, «ce qui conduit à une interprétation plus limitative des dépenses de sensibilisation du public au sens des missions sociales du CER».

Des projets internationaux

Si le rapport de la Cour reconnaît que la fondation française «conduit des actions conformes à ses statuts et à la définition de ses deux missions sociales», il tique sur l’absence de traçabilité des fonds versés par l’institution française au réseau international du WWF. «Le fait que des programmes mis en œuvre à l’étranger soient ainsi retracés par le compte d’emploi des ressources sous l’intitulé de ‘missions sociales réalisées en France' prête à confusion. L’attention de la fondation est en conséquence appelée sur la nécessité de remédier à cette présentation, d’autant que les programmes mis en en œuvre à l’étranger sont prépondérants (environ 80 à 100 projets de conservation sont actifs, chaque année, dont une dizaine seulement sur le territoire national).»

L’argent versé à l’international (2 M€ pour l’exercice 2015-2016) sert à la fois à financer le fonctionnement et certains programmes du WWF International et à subventionner des programmes pilotés par d’autres WWF. Le tout sans justificatifs très précis. Une situation à laquelle la Cour demande qu’il soit mis fin dans les plus brefs délais. Message reçu haut et clair par Isabelle Autissier.

 



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus