La coupe du monde de foot manque son but climatique

Le 13 juin 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le stade Luzhniki où se jouera le match d'ouverture de la coupe.
Le stade Luzhniki où se jouera le match d'ouverture de la coupe.
Ville de Moscou

De prime abord, on pourrait croire que Russia 2018 sera un événement ‘neutre’ en carbone. Il en est, bien sûr, tout autrement. Revue de détails carboniques.

 

C’est parti! Dans quelques heures, les footballeurs russes et saoudiens fouleront la pelouse du stade Loujniki de Moscou pour disputer le match d’ouverture de la coupe du monde 2018. C’est entendu, l’événement aura une dimension mondiale: un milliard de téléspectateurs et un million de supporters qui ont fait le voyage jusqu’en Russie pour soutenir l’une des 32 équipes en lice.

programme onusien

Première coupe du monde de ballon rond organisée en Russie, l’événement est encadré par la Fédération internationale (Fifa). Puissante et fortunée, elle est la première institution internationale sportive à avoir adhéré au programme Climate Neutral Now. Peu connu, ce dispositif onusien vise à ‘compenser’ les émissions de gaz à effet de serre générées par la compétition. Et il y a du boulot.

Qui émet quoi? Les supporters et les équipes venus en avion: 1,1 Mt éq.CO2. Les supporters et les équipes voyageant en Russie: 357.000 t éq.CO2. L’hébergement de tout ce beau monde: 252.000 t éq.CO2. La construction de structures d’accueil temporaires: 84.000 t éq.CO2. La fabrication de gadgets: 63.000 t éq.CO2. Sans oublier le bilan carbone de la bière et des saucisses qui seront consommées par les supporters dans les stades: 105.000 t CO2.

Entre les voyages des supporters, des équipes et des officiels, leur hébergement, la production de goodies et la logistique, la coupe du monde crache du CO2. Lors de l’édition sud-africaine de 2010, la compétition a contribué au relâchement de 2,3 millions de tonnes de GES (Mt éq.CO2). A quoi, il faut ajouter les émissions imputables à la construction des stades, des voiries et de nouveaux hôtels. Et les rejets carbonés des seules équipes de télévision: 24.000 t éq.CO2.

Plus de 2 millions de tonnes de GES

Les premières estimations des rejets de GES de la coupe 2018 sont à peu près du même ordre. Les trois quarts de ces émissions seront le fruit des déplacements des supporters et des équipes. Cette fois, la Fifa entend compenser la totalité des émissions dont elle estime avoir la responsabilité, soit 243.000 t. A quoi elle ajoute 100.000 t qui seront émises par les fans. Sur le site de la Fifa, les acheteurs de billets (il en restait, ce mercredi 13 juin!) sont d’ailleurs invités à cocher la case compensation.

Pas de compensation pour tous

Mais toutes les demandes ne seront pas satisfaites. Loin s’en faut. La Fifa s’engage, en effet, à ‘annuler’ 2,9 t de GES par détenteur de billet. Son budget carbone ‘supporter’ étant fixé à 100.000 t, 34.500 voyages seulement seront compensés: 3% du total.

Autre problème: le Climate Neutral Now proprement dit. Pour annuler (comptablement mais pas physiquement) les émissions, le programme achète, avant de les détruire, des crédits d’émission générés par des projets encadrés par un autre système onusien: le mécanisme de développement propre (MDP). Hélas, en réalité, ces projets contribuent bien peu à la lutte contre le réchauffement. Selon une étude de l’Öko Institut allemand, seuls 2% de ces opérations et 7% des crédits carbone ainsi générés (baptisés URCE) évitent réellement des émissions de GES. Autrement dit, la Fifa compense les émissions de sa coupe avec de la monnaie de singe carbonique.

des sponsors bien carbonés

Ce n’est pas tout. Car, à côté des engagements de la Fifa, il y a quelques réalités économiques. Le budget de la compétition est abondé par de généreux… sponsors. L’édition 2018 bénéficie des largesses de gros contributeurs au renforcement de l’effet de serre. Le premier d’entre eux n’est pas le moindre émetteur.

Premier exportateur mondial de gaz naturel, Gazprom rejette une centaine de millions de tonnes de GES par an. A côté du groupe dirigé par Alexeï Miller, un intime de Vladimir Poutine, Qatar Airways fait presque pâle figure: 18 Mt CO2 en 2017, en progression de… 45% par rapport à 2014. Premier consommateur mondial de viande bovine, McDonald’s fait beaucoup moins bien encore: 8,6 Mt éq.CO2 par an. Plus de trois fois mieux toutefois que le constructeur automobile Hyundai. Mais après tout l’essentiel, c’est que la planète foot tourne.



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