La COP 21 sera-t-elle à la hauteur des enjeux?

Le 29 novembre 2015 par Romain Loury
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Les inondations menacent déjà le Bangladesh.
Les inondations menacent déjà le Bangladesh.
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Après l’échec de Copenhague en décembre 2009, les négociateurs de la COP 21, qui se tient du 30 novembre au 11 décembre au Bourget, ont fort à faire pour redresser la barre. Car si la menace climatique s’avère plus pressante que jamais, les INDC soumis par 181 Etats restent très en-deçà des constats scientifiques.

Parviendra-t-on à limiter la hausse de température à une moyenne de +2°C d’ici à 2100, par rapport à l’ère préindustrielle? Au vu des 181 contributions nationales volontaires (INDC) annoncées, le compte n’y est pas, loin de là: selon la convention de l’ONU sur le changement climatique, leur strict respect par les Etats, déjà loin d’être acquis, entraînerait une hausse de 2,7°C en 2100.

Résumons: depuis 1750, la Terre s’est réchauffée en moyenne de 0,85°C, et l’homme a émis un total de 1.949 gigatonnes équivalent CO2 (GteqCO2). Or selon le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), il ne faudrait pas émettre plus de 987 GteqCO2 d’ici à 2100 pour se maintenir en-dessous de +2°C -avec une probabilité estimée à plus de 66%. Pourtant, les émissions mondiales n’ont cessé d’augmenter, d’environ 43% en 2014 par rapport à 1990.

Selon le Programme des Nations unies  pour l’environnement (PNUE), il faudrait limiter les émissions à 42 GteqCO2/an en 2030 pour rester sous le seuil des 2°C, contre 52,7 GteqCO2 en 2014: or en supposant que l’ensemble des INDC soient réalisées, le monde se situerait à 56 GteqCO2 en 2030: 33% au-dessus de la cible.

Si les chances se réduisent de respecter la trajectoire +2°C, la suite s’annonce encore plus ardue: selon le PNUE, demeurer sous ce seuil implique de réduire les émissions mondiales à 23 GteqCO2/an en 2050, et à des émissions nulles, voire négatives, en 2100. Or tout retard pris dans le suivi de la trajectoire nécessitera des efforts de plus en plus intenses par la suite.

Le réchauffement d’un monde en crise

Les études scientifiques ne cessent de le confirmer: les effets du réchauffement se font déjà sentir dans de nombreux domaines, et ils s’accentueront fortement au fil du siècle. Car si de telles hausses de température ont déjà été observées sur Terre, celle en cours dans l’environnement marin est de loin la plus rapide. De quoi chambouler les écosystèmes, non seulement en modifiant la répartition géographique des espèces, mais en brisant les relations complexes qu’elles ont établies au cours de millions d’années de coévolution.

Dans les océans, le réchauffement devrait bouleverser la circulation des courants marins et profondément perturber la chaîne alimentaire. Et pour compliquer le tout, il s’accompagne d’un phénomène d’acidification, lié à l’absorption d’un excès de CO2 par les océans. Depuis l’ère préindustrielle, le pH marin est ainsi passé de 8,2 à 8,1, et il pourrait bien atteindre 7,8 en 2100.

Parmi les victimes les plus notables de l’acidification, les coraux, dont les récifs constituent un écosystème majeur de notre planète, pourraient être réduits à néant d’ici la fin du siècle. Et avec eux, la survie des nombreuses espèces dont ils constituent le support de vie serait compromise.

Egalement menacée, l’agriculture: si l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que la production alimentaire devra s’accroître de 70% d’ici 2050 pour répondre à la demande, le réchauffement, ainsi que la pollution de l’air qui l’accompagne, devrait conduire à une baisse des rendements.

Face à la menace climatique, l’agriculture mondiale se trouve à un croisement: soit poursuivre sur sa lancée et aggraver la crise écologique, en recourant à toujours plus d’intrants (engrais, pesticides) et en défrichant des forêts, soit s’orienter vers des modes de production plus durables, dont l’agroécologie. Un modèle dont de nombreux experts estiment qu’il pourrait transformer les sols agricoles en puits de carbone.

Avalanches d'effets sanitaires

Trop souvent laissée pour compte des négociations, la santé devrait fortement se dégrader au cours du 21ème siècle. Entre autres risques, les catastrophes climatiques, les épisodes de canicule, la recrudescence et l’extension géographique de maladies vectorielles, mais aussi les infections alimentaires et les problèmes d’accès à l’eau potable.

Du fait de tensions croissantes entre offre et demande alimentaires, les problèmes de nutrition pourraient s’aggraver dans les pays en voie de développement. Les pays industrialisés ne seraient pas non plus épargnés: si elle s’appauvrit en fruits et légumes, l’alimentation devrait accroître la fréquence de maladies chroniques, dont le diabète, l’obésité, les cancers et les maladies cardiovasculaires.

Découlant de la fonte des glaciers et des pôles, la montée des eaux ne fait plus aucun doute, mais son ampleur et son rythme font encore l’objet de débats. Dans le pire des cas, celui d’un scénario RCP8.5, le Giec évoque une hausse d’au maximum 6,63 mètres d’ici à 2100. Or d’autres études publiées cette année dressent un tableau encore plus pessimiste, prévoyant de telles augmentations dès +2°C.

En raison de cette invasion marine, 627 millions de personnes pourraient quitter leur domicile d’ici la fin du siècle si la température s’élève de 4°C, estimait récemment l’institut Climate Central. Même avec une hausse de 2°C, le chiffre s’élève à 280 millions de personnes. Premières touchées, en nombre d’habitants, les grandes métropoles asiatiques.

Du fait de crises humanitaires qui toucheront en premier lieu les pays en développement, le réchauffement devrait accroître l’instabilité politique dans de nombreuses régions. Notamment celles déjà en proie aux conflits, dont l’Afrique et le monde arabe. Et c’est d’ailleurs une sécheresse historique et une insécurité alimentaire croissante qui expliquerait en partie l’actuel conflit syrien.

Le cadre onusien, usine de la lenteur

Face à l’ampleur de la menace, l’arène onusienne, tiraillée par des intérêts complexes et parfois contraires, avance à très petits pas. Ce qui fait douter de son efficacité. Pourtant, la soumission des 181 INDC, même insuffisants, constitue en soi un succès. Ce qui ne protège guère la COP 21 de virer au «Flopenhague», tant les blocages persistent.

Première interrogation: l’accord sera-t-il juridiquement contraignant ou non, comme l’Europe le souhaite? Bien d’autres, dont les Etats-Unis, la Chine et l’Inde, y rechignent. Le premier parce qu’il sait qu’il lui sera impossible, malgré les bonnes volontés de Barack Obama, de faire ratifier un tel accord par son Congrès, à majorité républicaine. Quand aux deux derniers, bien que de plus en plus conscients des dangers climatiques, ils craignent d’y laisser de leur croissance.

A défaut d’être contraignant comme le protocole de Kyoto –qui n’a malgré cela abouti à aucune sanction-, l’accord pourrait être flexible et dynamique. Lors de discussions ministérielles pré-COP 21, 70 pays se sont accordés sur une révision quinquennale des contributions, sans possible retour en arrière, ce qui permettrait de réajuster le tir au fil du temps. Reste à voir si la proposition sera inscrite dans l’accord final.

Probablement l’un des sujets les plus épineux abordés lors de la COP 21, celui du financement. C’est là une demande forte des pays en voie de développement, qui souhaitent bénéficier d’une aide des pays industrialisés, aussi bien pour l’atténuation des émissions de GES que pour l’adaptation face aux effets du réchauffement.

100 milliards en 2020

Il s’agit par là de concrétiser l’une des rares avancées de la COP 15 de Copenhague: la promesse d’un «fast-start» de 30 milliards de dollars pour les pays du Sud, puis de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Une partie passera par le Fonds vert pour le climat: début octobre, il faisait état de 10,2 milliards de dollars de promesses de dons pour sa première période de capitalisation (2015-2018), atteignant ainsi son objectif de 10 milliards de dollars.

Début octobre, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estimait que l’objectif des 100 milliards de dollars annuels était rempli aux deux tiers: en 2014, ces financements Nord-Sud, publics et privés, s’élevaient à 62 milliards de dollars, contre 52 milliards de dollars en 2013. Reste alors à mieux définir la répartition entre fonds publics et privés, point de tension entre Nord et Sud.

Alors que la France a subi vendredi 13 novembre des attentats sans précédent sur son sol, nul ne sait dans de quelle manière le sujet de la sécurité mondiale viendra se mêler aux négociations de la COP 21. Eclipsera-t-il les enjeux climatiques, ou poussera-t-il au contraire les dirigeants à prévenir d’autres conflits? Gestion court-termiste, ou vision plus large? Réponse le 11 décembre.



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