La compensation carbone forestière dénoncée par deux ONG

Le 18 juin 2013 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Selon un rapport publié le 17 juin et rédigé par les Amis de la terre et FERN, la compensation carbone forestière ne remplit pas ses objectifs. Les deux ONG se fondent sur l’analyse du projet emblématique N’hambita (Mozambique), financé en partie par l’Union européenne.

Lancé en 2003, le projet N’hambita a pour objectif, sur le papier, de compenser les émissions de gaz à effet de serre de pays développés par des activités de sylviculture et des mesures pour éviter le déboisement. Le tout devant apporter des revenus complémentaires aux communautés locales. Ce système, dit de compensation carbone forestière, permet à des exploitants de vendre des crédits carbone en échange de leurs activités de protection.

L’Union européenne a largement soutenu cette initiative dès sa création, en versant près de 1,6 million d’euros entre août 2003 et juillet 2008. Le projet est dirigé par la société britannique Envirotrade, en partenariat avec l’université d’Edinburg, une société d’expertise-conseil écossaise, le Centre pour la gestion du carbone d’Edinburgh (ECCM) et par le Centre mondial de l’agroforesterie (Icraf). Sur le terrain, c’est une filiale locale d’Envirotrade (1) qui gère les opérations.

Pour réaliser leur rapport, intitulé «Le carbone discrédité», les associations ont organisé plusieurs visites sur le terrain en 2012 et mené des entretiens avec le personnel mozambicain d’Envirotrade. Autant d’éléments qui les ont amenées à conclure que le projet n’avait pas rempli ses objectifs.

Première défaillance identifiée: une mauvaise évaluation du carbone séquestré ou évité. Cette estimation s’avère par nature très compliquée. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les forêts n’ont pas été incluses dans les mécanismes du Protocole de Kyoto, notent les auteurs. Dans le cas de N’hambita, l’étude de référence sur les espèces d’arbres n’a porté que sur 7,5 hectares. «Or la grande variation de la biomasse des forêts tropicales est due à des variables spécifiques au site, telles que les précipitations, le sol, et les antécédents en matière de perturbation de l’environnement. C’est pourquoi ces valeurs doivent seulement être utilisées comme des estimations approximatives et des inventaires doivent être effectués», insistent les scientifiques en charge de l’évaluation du projet pour l’Union européenne (2).

Selon le rapport, aucun inventaire n’a été effectué. à quoi il faut ajouter que ni le déboisement probable (récoltes de bois, défrichement à de fins agricoles, production de charbon de bois, etc.) ni les fuites potentielles (déplacement des abattages et des défrichements) n’ont été évalués. Enfin, les chiffres de séquestration avancés sont basés sur des arbres âgés de 15 à 35 ans, en croissance sur une période de 100 ans. Quant à la séquestration, elle est mesurée de façon aléatoire à environ 1.217 tonnes équivalent CO2 par an pour l’agroforesterie et de 24.116 teq CO2 par an pour le déboisement évité, dans l’hypothèse d’arbres âgés de 15 à 35 ans vivant pendant 100 ans Les témoignages recueillis sur place montrent pourtant que rien ne permet d’assurer que ces arbres perdureront pendant un siècle.

Au total, environ 1.835 agriculteurs ont signé, en 2010, plus de 4.500 contrats. Ceux ayant planté des arbres fruitiers se disent satisfaits des récoltes. Mais la majorité cultivent des espèces pour la production de bois d’œuvre ou de chauffe, et affirment qu’ils ont l’intention de les abattre, dès que leurs contrats de 7 ans arriveront à terme. Aucun d’entre eux n’avait entendu parler d’une obligation de préserver le carbone pendant 100 ans! De son côté, Envirotrade argue qu’un paiement échelonné sur un siècle serait trop minime, c’est pourquoi ils ont choisi de l’étaler sur 7 ans.

Autre critique: la viabilité financière du projet. Les ventes de crédits carbone n’ont payé, en 2010, que 42% des coûts du projet, le reste du budget étant couvert par des levées de capitaux réalisées par Envirotrade. En cause: la chute du prix du carbone, évalué à 5 ou 6 dollars (3,7 à 4,5 euros) la tonne entre 2010 et 2011. Sur place, les agriculteurs se sont plaint de retards de paiement pouvant aller jusqu’à 6 mois.

Aucune étude d’impact socio-économique n’ayant été réalisée, il est peu probable que le projet apporte des bienfaits à long terme aux communautés, notent les auteurs. «Les familles qui possédaient déjà de nombreuses machambas (exploitations mozambicaines, ndlr) se sont enrichies mais, pour le reste de la population, les bienfaits sont minimes. Certains n’entretiennent même plus les arbres. Le paiement est trop faible», raconte ce dirigeant d’une communauté locale, cité par les associations. Les rapporteurs relèvent aussi que l’opération accroît l’insécurité alimentaire, dans la mesure où elle réduit l’espace de terres agricoles disponibles.

En conclusion, l’étude estime que l’investissement de l’Union européenne n’avait pas de sens, ni sur le plan de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ni sur le plan financier, ni sur le plan socio-économique pour les communautés locales. «Les émissions évitées aujourd’hui sont bien plus utiles, en matière de réduction du changement climatique, que les émissions évitées dans 10 ans.»

(1)Envirotrade Mozambique Limitada (EML)

(2) http://www.envirotrade.co.uk/documents/EU%20Final%20Report%20Part%20(5).pdf

http://www.datapressepremium.com/RMDIFF/2005515//Nhambita_FR_internet2.pdf



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus