La Commission se met aux cocktails chimiques

Le 06 juin 2012 par Romain Loury
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Bruxelles s'intéresse enfin aux cocktails chimiques.
Bruxelles s'intéresse enfin aux cocktails chimiques.

La Commission européenne décide de s’attaquer au problème des cocktails chimiques, angle mort de l’étude des contaminants, a-t-elle annoncé le 31 mai dans un communiqué.

«La législation de l’Union européenne limite de façon stricte la quantité de certaines substances chimiques autorisées dans les aliments, dans l’eau, dans l’air et dans les produits manufacturés, mais les effets toxiques de ces substances associées entre elles sont rarement étudiées», constate d’emblée la Commission.

Si cette question est fréquemment soulevée par les experts et associations, les autorités européennes sont souvent accusées de traîner les pieds. «Il s’agit d’un domaine d’une grande complexité scientifique, mais cette complexité ne doit pas être un prétexte à l’inaction», admet le commissaire chargé de l’environnement, Janez Poto?nik, cité par la Commission.

C’est en décembre 2009 que le Conseil européen des ministres de l’environnement a demandé à la Commission de s’atteler au problème, en particulier à celui des cocktails de perturbateurs endocriniens. Un travail achevé fin 2011 par trois comités scientifiques de la Commission [1], qui formulent quelques méthodes afin de déblayer le terrain.

En premier lieu, «recenser les mélanges prioritaires». Une tâche complexe, au vu de la quasi-infinité de cocktails, variables d’un individu à l’autre, voire au sein d’une même personne au cours du temps. Pour cela, les trois comités ont mis au point un arbre décisionnel afin de décider s’il est opportun d’évaluer le risque, et si oui, de quelle manière: additive pour les agents de même mode d’action; «au cas par cas» lorsqu’une interaction est suspectée.

Aspect central de la question des cocktails, les interactions entre deux ou plusieurs agents (antagonisme, potentialisation, synergie) semble relativisée par le rapport: «Elles surviennent généralement à des doses moyennes ou élevées; à faible exposition, elles ont peu de chances de se produire ou d’atteindre une significativité toxicologique», jugent les trois comités.

Quelles que soient leurs caractéristiques, ces mélanges seront évalués de façon «coordonnée et intégrée» par les diverses agences, promet la Commission. Ce point constitue en effet l’un des principaux obstacles: «De nombreuses dispositions de la législation européenne ciblent des groupes spécifiques, notamment les produits phytosanitaires, les produits biocides, les produits cosmétiques, les produits pharmaceutiques, les médicaments vétérinaires, etc.», rappelle la Commission.

Pour chaque famille de produits, des experts très spécialisés, et donc peu versés dans les autres agents chimiques. Si la Commission s’apprête à franchir cet obstacle pour les cocktails, la Health and Environment Alliance (HEAL, qui regroupe des ONG européennes), «sérieusement déçue» par cette communication, demande un changement plus profond qu’une solution au cas par cas.

«La réalité de l’exposition humaine est plus complexe et ne respecte pas ces séparations administratives», érigées par «des textes de loi bien distincts», spécifiques de molécules de même fonction (industrielle, agricole, alimentaire, etc.), estime HEAL dans un communiqué.

La Commission «ne propose pas de changements dans les procédures d’évaluation des risques pour prendre en compte les mélanges ni de mise à jour ou d’ajustements de la législation européenne», déplore l’alliance.

Autres mesures prévues par la Commission, la création d’«une plate-forme de surveillance des données chimiques» et la publication en 2015 d’un premier état des lieux sur l’avancement des travaux.

[1] Il s’agit du Comité scientifique sur les risques sanitaires et environnementaux (SCHER), du Comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux (SCENIHR) et du Comité scientifique sur la sécurité des consommateurs (SCCS).



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