La Commission européenne va pouvoir verdir la finance

Le 31 janvier 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Où trouver 180 milliards d'euros par an ?
Où trouver 180 milliards d'euros par an ?
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Un groupe d’experts formule une vingtaine de propositions pour faciliter le financement de la transition énergétique en Europe. Bruxelles devrait s’en inspirer pour son prochain plan d’action pour améliorer les règles encadrant la finance du Vieux monde.

Coïncidence. C’est au moment où le président des Etats-Unis promet de relancer l’économie américaine à coup de grands travaux pas toujours durables (routes) que l’Union européenne se prépare à «verdir» sa finance.

But de l’opération: inciter investisseurs de toute nature (institutions, fonds privés, banques, particuliers) à placer leur argent dans l’économie durable et bas carbone plutôt que dans la production d’hydrocarbures ou d’automobiles polluantes. à cette fin, Bruxelles doit présenter, en mars, un plan d’action pour changer les règles du jeu financier européen. Il y a urgence : l’Europe estime à 180 milliards d’euros le montant supplémentaire d’investissements nécessaires au financement de la transition énergétique.

20 experts, 100 pages

Les experts de la Commission puiseront certainement leurs idées dans le rapport publié ce mercredi 31 janvier, par le groupe de haut niveau (HLEG), présidé par Christian Thimann, directeur de la stratégie du groupe AXA. Au terme des 100 pages de leur étude, la vingtaine d’experts mandatés par l’exécutif communautaire formulent 24 recommandations.

Certaines peuvent paraître abstraites, comme l’établissement d’une «taxinomie» de la finance durable. L’enjeu est pourtant crucial : «il s’agit de pouvoir distinguer les investissements qui concourrent véritablement à la lutte contre le changement climatique et les autres», résume Pierre Ducret, qui a participé au HLEG comme observateur.

reporting climat obligatoire

Le rapport propose aussi d’obliger les investisseurs institutionnels (la Caisse des dépôts par exemple) à publier un reporting climat d’ici à 2020. «C’est en quelque sorte, la transposition à l’échelon européen de l’article 173 de la loi sur la transition énergétique», explique le président de l’institut pour l’économie du carbone (I4CE). Dans la même veine, les rédacteurs suggèrent d’expliciter le scénario climatique des indices utilisés par les produits financiers.

En clair, les entreprises intégrées au CAC 40, à Paris, ou au FTSE 100 à Londres, intègrent-elles le risque climat dans leur stratégie ? Une réponse négative à cette question pourrait être annonciatrice d’une mauvaise évaluation des risques climatiques dans la conduite de l’entreprise, avec de lourdes conséquences économiques et sociales à la clé, et donc des risques pour les investisseurs dont les portefeuilles suivent fidèlement ces indices.

Enjeux de durabilité

Tout aussi important : les enjeux de durabilité pourraient être intégrés à la responsabilité juridique des investisseurs et gestionnaires d’actifs. Une notion que l’on pourrait retrouver dans le projet de loi sur l’entreprise que devrait présenter au Parlement Bruno Le Maire, au printemps.

Les sages du HLEG préconisent aussi de définir un standard européen en matière d’obligations vertes (Green Bonds). De quoi réjouir certaines places financières. «Le Luxembourg s’engage à travailler avec l’ensemble des parties prenantes clef à la mise en œuvre des différentes préconisations du rapport HLEG», s’enthousiasme Pierre Gramegna, ministre des Finances du Grand Duché, où la moitié des obligations vertes du monde sont cotées.

Feuille de route

Conscients que la généralisation de la finance verte passe par la sensibilisation des petits épargnants aux problématiques climatiques, le rapport propose d’obliger les banques de détail à proposer à leurs clients individuels des produits financiers «climate friendly».

Membre de l’équipe d’experts européens, Pascal Canfin se tarit pas d’éloges sur le rapport : «il s’agit de la feuille de route la plus ambitieuse jamais réalisée sur la finance verte», insiste le directeur général de la branche française du WWF. Reste à voir ce que la Commission en tirera comme enseignement, au moment où le comité de Bâle[1] élabore de nouvelles modalités de pondération du risque financier.



[1] Composé des dirigeants de 13 banques centrales et autorités prudentielles, le comité de Bâle édicte les règles de bonne gouvernance bancaire pour améliorer la stabilité financière.

 



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