La Commission baleinière lutte pour sa survie

Le 23 avril 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Paradoxe. C’est peut-être en autorisant leur chasse que l’on contribuera à préserver les populations de baleines. C’est du moins le sens de la proposition de compromis, publiée jeudi soir 22 avril par le président de la Commission baleinière internationale (CBI), l’organe international en charge de la régulation des cétacés.

Jusqu’à présent, les choses étaient à peu près claires. Depuis 1986, un moratoire interdit toute chasse « commerciale », des grands cétacés (baleines à fanons et cachalots). Rejeté par la Norvège, la Russie, il est aussi contourné par le Japon et l’Islande. Ces deux pays utilisent la possibilité laissé par l’article 8 de la Convention baleinière de 1946 de pratiquer une chasse dite « scientifique ». Justifiée, peut-être, il y a plusieurs décennies, cette pratique est, de l’avis des cétaulogues, devenue inutile à l’avancée de la recherche.

Le problème est que contrairement aux chasses « commerciale » et « aborigène » (menée par certains peuples des Etats-Unis, de Russie, du Danemark et de Saint-Vincent-et-les-Grenadines), aucun quota ne régule les captures « scientifiques ». Chaque pays effectuant les prélèvements qu’il juge nécessaire, sans en référer à la moindre institution. Depuis l’entrée en vigueur du moratoire, plus de 10.000 baleines, toutes espèces confondues, ont été capturées, essentiellement par le Japon dans le Pacifique Nord et en Antarctique. Citée par The Times, Monica Medina, la représentante américaine au sein de la CBI, rappelle que depuis l’entrée en vigueur du moratoire, les prises scientifiques n’ont cessé d’augmenter.

Est-ce l’opposition musclée de certaines organisations écologistes, comme Sea Shepherd – dont les membres s’interposent entre les navires baleiniers et leurs proies- ou l’appât du gain (une baleine est revendue environ 100.000 dollars au Japon) : quoi qu’il en soit, les prélèvements actuels ne suffisent plus au Japon. Tokyo milite d’ailleurs depuis plusieurs années pour une réouverture, pure et simple, de la chasse commerciale de certaines espèces de baleines et du cachalot.

Une demande qui attise les tensions entre pays pro et anti-chasse ; deux camps qui pèsent à peu près le même poids au sein de la CBI. Pour emporter la partie, le Japon menace de quitter l’instance, en cas de maintien du moratoire. Une position reprise à leur compte par la Norvège et l’Islande. Des menaces qui, si elles étaient mises à exécution, signerait l’arrêt de mort de la CBI et des grands cétacés.

Pour apaiser les esprits, la CBI a rendu publique, jeudi 22 avril, une proposition d’accord. En 43 pages, le projet de « décision de consensus » propose un nouveau modus vivendi. Aprement négociées depuis deux ans, ses propositions donnent du grain à moudre aux deux camps. Les anti chasse devront se satisfaire du maintien du moratoire sur la chasse commerciale, la suspension immédiate et pour 10 ans de toute entrave unilatérale à l’application de l’accord (réservés, objections), la surveillance par la CBI (et non plus par les Etats) de tous prélèvements, de la création d’un sanctuaire en Atlantique Sud (qui s’ajouterait à ceux de l’Océan Indien et de l’Antarctique), mise en œuvre des techniques de contrôle de la chasse les plus modernes (registre de l’ADN des spécimens capturés, surveillance par satellite des navires baleiniers).

La chasse, les responsables de la CBI en sont convaincus, ne pourra plus être bannie. Aussi, le projet de décision entend autoriser les pays la pratiquant déjà à poursuivre leurs activités. Toutefois, leurs quotas équivaudront, peu ou prou, à la moitié de leurs prélèvements actuels. Pour le Japon, pourrait ainsi capturer 410 baleines en Antarctique, lors de la prochaine saison, puis 205 spécimens lors de la saison 2015-2016. Pour l’Islande, la situation est plus confuse. Candidate à l’Union européenne, elle pourrait devoir renoncer à sa flotte baleinière pour devenir le 28 e membre de l’UE.

Les Européens sont, à l’exception du Danemark (les populations autochtones du Groënland disposent d’un droit de chasse aborigène), de grands protecteurs des rorquals et autres jubartes. Ils pourraient donc soutenir le projet de texte. Tout comme les Etats-Unis. Hélas, tel ne sera pas le cas pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Vendredi 23 avril, Canberra et Wellington se sont prononcé contre le texte dévoilé la veille. A l’heure où nous mettons en ligne, Tokyo n’avait publié aucun commentaire.

La suite, lors de la prochaine session pleinière de la Commission baleinière internationale, qui se déroulera à Agadir (Maroc), du 30 mai au 25 juin prochains.

 

Le projet de décision de consensus



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