La «Climate-Smart Agriculture» cherche ses marques

Le 18 mars 2015 par Romain Loury
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Les éoliennes au champ : une autre version de la Climate-Smart Agriculture ?
Les éoliennes au champ : une autre version de la Climate-Smart Agriculture ?
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Pour certaines associations, l’«agriculture climato-intelligente» (CSA, selon l’acronyme anglais) ne serait qu’une manière pour le lobby agro-industriel de rentabiliser la question climatique, transformée en cheval de Troie pour OGM, pesticides et engrais. Si certains défenseurs de cette stratégie n’excluent pas un tel risque, ils pointent une «vision simplificatrice», mais soulignent la place que devra y tenir l’agroécologie.

Pour les près de 700 participants de la 3ème conférence « Climate-Smart Agriculture», qui s’achève ce mercredi 18 mars à Montpellier, le doute n’est plus permis: la CSA constitue la solution aussi bien au problème croissant de la demande alimentaire que du réchauffement climatique.

Trois mots d’ordre prévalent: adaptation au réchauffement, sécurité alimentaire, atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Mais malgré les espoirs suscités par cette nouvelle approche, la controverse est latente. Plusieurs associations font ainsi part du plus grand scepticisme vis-à-vis de la CSA, qu’elles soupçonnent de cacher des intérêts peu avouables.

«Derrière l’image raisonnable et vertueuse d’une agriculture favorable au climat, priorité est donnée aux biotechnologies et à la compensation carbone plutôt qu’aux savoir-faire et pratiques de paysans qui protègent le climat et l’environnement», s’inquiète ainsi Attac dans un communiqué publié lundi 16 mars, deuxième jour de la conférence.

L’association y voit une menace pour « les modèles agricoles traditionnels, les savoirs et compétences, l’autonomie, jugés inappropriés et désuets», au risque de promouvoir «des pratiques et variétés culturales à haut rendement, tolérantes à des herbicides ou aux sécheresses», éventuellement sous la forme d’OGM.

Un contrefeu à l’agroécologie?

En ce sens, l’agriculture climato-intelligente pourrait, estimait la Coordination Sud (plateforme française des associations de solidarité internationale) dans un communiqué publié en septembre 2014, servir de «contrefeu à l’agroécologie». Et ce au risque de faire entrer l’agriculture familiale, qui prévaut dans les pays du Sud, sous la coupe de l’agriculture industrielle.

Particulièrement inquiétante selon Attac, la présence dans l’alliance mondiale pour l’agriculture climato-intelligente (la GACSA, lancée fin septembre 2014 à New York) «des multinationales, comme Danone, des alliances professionnelles comme l’Alliance internationale des industries de la fertilisation (IFA) ou encore le Fertilizer Institute dont est membre Yara, la plus grosse entreprise mondiale d’engrais». Le tout sous l’œil de l’association CropLife, qui compte notamment Monsanto et Syngenta, «régulièrement invitée» lors des conférences sur le sujet.

Interrogé par le JDLE, Patrice Burger, directeur de l’association Cari (Centre d’actions et de réalisations internationale, membre de la Coordination Sud), se montre plus prudent, mais très dubitatif. La CSA n’est pour l’instant qu’«un concept en construction, promu par une alliance globale elle-même en construction. Personne n’est capable de dire par le détail ce qu’est la Climate-Smart Agriculture, ou ce qu’elle n’est pas. Dès lors on ne comprend pas très bien pourquoi cela prend une telle intensité, pourquoi c’est porté par tant d’acteurs».

Parmi les trois «piliers» de l’agriculture climato-intelligente (adaptation, atténuation, productivité), le dernier pose particulièrement problème à Patrice Burger. «Il n’est dit nulle part qu’il faut obéir à ces trois principes pour être considéré comme faisant de l’agriculture climato-intelligente. Cela constitue un biais par lequel tout ce qui a été fait jusqu’à présent pourrait être poursuivi et être labellisé comme climato-intelligent», selon le principe de greenwashing.

L’agroécologie oui, sans «approche idéologique»

«Les associations ne veulent pas se joindre à la Gacsa en raison de la présence du secteur privé, bien qu'il puisse aussi faire partir de la solution», regrette de son côté Frank Rijsberman, directeur du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI, basé à Montpellier), interrogé par le JDLE sur ces critiques associatives.

Pour Michel Eddi, président du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad, lui-même membre de la Gacsa), «tout ne se résume pas» aux critiques formulées par les associations, qui ont «une vision simplificatrice» de la CSA.

Certes, «il y a un enjeu, des contradictions» dans les approches face à ce nouveau concept, «mais je ne déserte pas un combat sur une approche idéologique», assure-t-il, tout en pointant l’attachement de la France à l’agriculture familiale et à l’agroécologie, prônée par le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll.

En adhérant à la Gacsa, la France «espère peut-être qu’elle pourra faire cohabiter l’agroécologie en son sein», avance Patrice Burger. Dès lors, au lieu d’une Gacsa, «mettons plutôt en place une alliance mondiale de l’agroécologie, dont la France pourrait prendre le leadership»,  propose-t-il.



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