La Cites ne sauve pas la peau de l’ours polaire

Le 07 mars 2013 par Marine Jobert
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L'ours polaire au programme de
L'ours polaire au programme de
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«Aujourd'hui, nous avons manqué à notre devoir envers l'ours polaire.» Colère et déception pour Dan Ashe, le chef de la délégation américaine à la 16e session plénière de la conférence des parties à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites), qui se tient jusqu’au 14 mars en Thaïlande. La proposition des Etats-Unis et de la Russie d’inscrire l’ours polaire en Annexe I de la Cites a été refusée hier 6 mars, par 38 voix pour, 42 voix contre et 46 abstentions (les décisions se prennent à la majorité des deux tiers des votes exprimés). Les 27 pays membres de l’Union Européenne –tenants d’une contre-proposition de compromis[1] et qui votaient d’un bloc- se sont abstenus sur le sujet, laissant la voie ouverte au Canada. Ce pays concentre les deux tiers des spécimens encore vivants et s’est battu bec et ongles pour le maintien des ours polaires sous le régime de l’Annexe II, qui en autorise le commerce international.

 

A la tribune, des échanges peu amènes ont notamment opposé le représentant des peuples autochtones –les Inuits- et les ONG écologistes, accusées de tronquer les chiffres. Des experts internationaux s’accordent pourtant à évaluer le nombre d’ours polaires vivants entre 20 et 25.000 et estiment qu’au rythme actuel, ils auront disparu d’ici 2050. Le chef de la délégation russe, en tant qu'expert, a expliqué que «les ours polaires sont déjà en train de mener un combat pour survivre [à cause notamment du changement climatique, des pollutions chimiques, du bruit ou des exploitations pétrolières] et que les exposer à la chasse va conduire à l’extinction». Les règles de la Cites imposent, pour l’inscription à l’annexe I, que le déclin (anticipé) d’une espèce soit d’au moins 50% sur trois générations (soit 45 ans pour les ours). L’union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), qui conseille la Cites, a estimé que ce taux était de l’ordre de 30%, considérant que les autres évaluations étaient par trop extrêmes. Une position soutenue au passage par le WWF, ce qui lui a valu une volée de bois vert de la part des ONG écologistes.

 

Autre carte jouée par le Canada pour contrecarrer l’inscription à l’annexe I: assurer la subsistance des peuples autochtones. «Une interdiction (de la chasse) affecterait notre capacité à acheter des affaires de la vie quotidienne, à habiller nos enfants. Nous devons protéger nos moyens de subsistance et vendre des peaux d’ours polaire nous permet de subvenir à nos besoins», a expliqué Terry Audla, le président d’une association de peuples de l’Arctique. Environ 600 ours polaires sont tués chaque année au Canada, par des Inuits mais aussi par des chasseurs de trophées. La moitié des dépouilles sont exportées, sous forme de peaux ou par morceaux. Pourtant, affirme l’ONG française Robin des bois, «l’inscription à l’Annexe I n’aurait pas d’effet sur la chasse de subsistance des populations autochtones: la Cites ne s’intéresse pas à la chasse et à la consommation locales». Peine perdue.

 

Les lamantins des Caraïbes et les lamantins de l’Amazone auront-ils enfin la vie sauve? Les voilà inscrits à l’annexe I de la Cites; le commerce international de ces herbivores, parfois appelés «vaches marines», est donc désormais interdit. «L’effectif des lamantins d’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui estimé à moins de 10.000 individus répartis dans les eaux côtières et estuariennes de 21 pays», rappelle Robin des bois. «Nonchalants, peu mobiles (…), ils ont été chassés et consommés dès le XVIIe siècle par les marins, les pirates et les colons. Ils sont aujourd’hui confrontés à (…) une 'mafia du lamantin', qui alimente le commerce des peaux, de l’huile, des os, des organes génitaux et des spécimens vivants pour les zoos aquatiques (3.450 euros l’animal).»

 

Au programme de la Cites également: la reconnaissance officielle de l’extinction définitive de 7 espèces animales, comme le tigre de Tasmanie, des chauve-souris, des rongeurs originaires d’Australie et d’un oiseau du Mexique.



[1] Il s’agirait, dans les trois ans qui viennent, d’approfondir les connaissances sur les populations d’ours polaires, d’examiner tous les risques actuels et à venir qui pèsent sur l’espèce et d’évaluer dans ce contexte l’impact du commerce international. A l’issue de ce processus, l’Union européenne pourrait soutenir une proposition d’inscription en Annexe I lors de la session plénière de la Cites en 2016. Source: Robin des bois.

 



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