La Cites au défi de la criminalité mondiale.

Le 04 mars 2013 par Marine Jobert
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Il resterait 25.000 rhinocéros sur le continent africain, âprement chassés. Leur inscription à l'annexe I de la Convention Cites ne semble pas ralentir leur chasse.
Il resterait 25.000 rhinocéros sur le continent africain, âprement chassés. Leur inscription à l'annexe I de la Convention Cites ne semble pas ralentir leur chasse.
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C’est en Thaïlande, décrite comme une plaque tournante du trafic d’espèces protégées en tous genres, que s’est ouverte aujourd’hui la 16e session plénière de la conférence des parties à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites). A l’ordre du jour, le classement ou le déclassement d’environ 70 espèces entre les 3 niveaux de protection[1] prévus par la Convention. Si l’inscription de la vipère à fossettes du mont Mang ou la suppression de l’ithagine ensanglantée de l’annexe II seront essentiellement motivées par des considérations naturalistes, le classement d’autres animaux risque d’être tributaire des intérêts financiers des Etats. C’est donc à une réelle passe d’armes diplomatique -et surtout commerciale- que vont se livrer les 177 Etats parties jusqu’au 14 mars.

Le braconnage est en effet un secteur florissant de l’économie criminelle [JDLE], générant 19 milliards de dollars (14,6 milliards d'euros) chaque année, d’après une étude du Fonds mondial pour la nature (WWF). Des Etats présents à la table des négociations –République démocratique du Congo, Nigeria et Thaïlande- sont considérés comme des acteurs quasi institutionnalisés du trafic mondial. En ouverture de la session, la Première ministre thaïlandaise Yingluck Shinawatra s’est d’ailleurs prononcée pour l’arrêt du commerce de l’ivoire dans l’ancien royaume du Siam. «Nous allons amender la législation nationale dans l'objectif de mettre un terme au commerce d'ivoire et être en accord avec les normes internationales», a-t-elle ajouté sans autre précision. Une annonce diversement accueillie par les ONG. Le WWF s'est dit «ravi» d'une promesse de «mettre fin au commerce de l'ivoire» en Thaïlande, réclamant malgré tout un calendrier. Quelques heures plus tard, un porte-parole thaïlandais revenait sur les propos de la Première ministre, assurant qu'elle ne parlait pas du commerce légal. «Yingluck Shinawatra voulait dire que la Thaïlande prendra encore plus au sérieux le commerce illégal de l'ivoire». Le ministre de l'environnement a pour sa part indiqué que les autorités feraient un inventaire des magasins vendant de l'ivoire.

C’est que les rhinocéros et les éléphants paient un tribut de plus en plus conséquent au commerce illégal d’ivoire [JDLE]. 668 rhinocéros ont été abattus en Afrique du Sud en 2012 (contre 13 en 2007). 25.000 éléphants auraient été tués pour leurs défenses en 2011; des chiffres en augmentation pour 2012, selon le WWF. Le trafic de cornes vers l’Asie «reste l’une des activités criminelles les plus structurées auxquelles se trouve actuellement confrontée la Cites», confirme le secrétariat de la Convention. Le Kenya envisage de proposer un moratoire sur l’exportation des cornes de rhinocéros blanc arrachées lors de safaris en Afrique du Sud et au Swaziland, qui font partie des exceptions à l’embargo international, rappelle l’AFP.

Sur le sujet, deux visions s’opposent frontalement: les tenants d’une interdiction pure et simple de tout commerce, et ceux qui encouragent la «chasse aux trophées» comme source de revenus «participant au rétablissant des populations de rhinocéros, en encourageant les réserves à maintenir une forte population», ainsi que le soutient Traffic, un réseau de surveillance continue du commerce de la faune et de la flore sauvages piloté par le WWF et l’IUCN. Une position vertement condamnée par l’association française Robin des bois: «Ils prêchent que les Winchester et les autres armes de destruction sont les garants de l’avenir de la faune sauvage. Les permis de chasse, les revenus annexes des safaris, les taxes à l’exportation des trophées de chasse contribueraient au maintien des populations d’éléphants, de rhinocéros, et d’autres mammifères. C’est une vision caricaturale de l’économie circulaire. La chasse appelle la fraude et le braconnage.» L’association écologiste en profite au passage pour tacler la Cites sur l’inadéquation de ses réponses aux défis actuels, à savoir «les contaminations chimiques et radioactives de la faune sauvage, les perturbations climatiques, les chaos politiques et les transhumances humaines qui accélèrent la vitesse d’extinction de la biodiversité».

Autre sujet sensible: le transfert de l’ours blanc de l’Annexe II à l’Annexe I, porté par les Etats-Unis et boudé par l’Union européenne [JDLE]. Le sort des requins sera aussi au menu. Une étude publiée dans la revue Marine Policy estime qu’environ 100 millions de requins sont pêchés chaque année (273 millions pour l’hypothèse la plus haute), hypothéquant les chances de survie de certaines espèces de requins. Les requins sont pêchés de 30 à 60% au-dessous de leur possibilité de reconstituer leur population. Le sort des chimpanzés, des bonobos, des gorilles et des orangs outans, devrait être évoqué, leur classement à l’annexe I ne mettant absolument pas fin au trafic. Le partenariat pour la survie des grands singes (Grasp), sous l'égide du Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue), estime dans un récent rapport à plus de 22.000 le nombre de grands singes volés dans la nature entre 2005 et 2001, soit près de 3.000 par an. «Un chimpanzé vivant équivaut à dix chimpanzés morts», a souligné Doug Cress, coordinateur de Grasp lors d'une conférence de presse. «Vous ne pouvez pas entrer dans une forêt et juste en prendre un. Vous devez vous battre, tuer les autres chimpanzés du groupe», a-t-il ajouté. L’avenir du pangolin (un mammifère dont les écailles sont parées de quantités de vertus médicinales), de la raie manta (pêchée pour ses branchies), ou de la tortue étoilée de Birmanie (capturée pour sa viande, pour fabriquer des remèdes traditionnels, ainsi que pour servir d’animal de compagnie) sera également discuté à Bangkok.



[1] L’Annexe I interdit le commerce international pour les espèces menacées d’extinction (600 animaux, 300 espèces végétales), l’Annexe II réglemente le commerce des espèces dont le déclin menacerait la survie (4.500 animaux et 30.000 espèces végétales). L’Annexe III est décidée unilatéralement par un Etat et appelle les autres pays membres à apporter leur assistance pour contrôler le commerce international (270 animaux, une trentaine d’espèces végétales).

 

 



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