La circulation alternée de nouveau expérimentée en Ile-de-France

Le 17 mars 2014 par Stéphanie Senet
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A quand le prochain épisode?
A quand le prochain épisode?

Après avoir annoncé la seule gratuité des transports en commun, pendant trois jours en Ile-de-France, le gouvernement a finalement décidé de mettre en place, ce 17 mars, la circulation alternée dans la petite couronne parisienne. Une mesure qui profite à quelques-uns, sans régler le problème de pollution. Récit d’une folle journée.

Jean-Marc Ayrault a craqué le 15 mars. Alors que l’Hexagone venait d’enregistrer sa 4e journée consécutive de pic de pollution aux particules PM10 (dépassement du seuil d’alerte de 80 microgrammes par mètre cube en moyenne journalière), il a enfin autorisé la circulation alternée à Paris et dans 22 communes limitrophes, réclamée depuis plusieurs jours par les écologistes.

 

A partir de 5h30 et jusqu’à minuit, seuls les véhicules et les deux-roues bénéficiant d’une plaque d’immatriculation impaire ont pu circuler. Les véhicules hybrides et électriques ont également eu le feu vert, tout comme les voitures transportant au moins trois personnes. Les poids lourds, eux, n’avaient pas le droit de rouler, tandis que la gratuité des transports en commun franciliens a été prolongée jusqu’à ce soir.

 

Cette circulation alternée s’est aussi accompagnée d’un dispositif mis en place par la mairie de Paris: stationnement résidentiel gratuit (ainsi qu’à Saint-Ouen), stationnement gratuit pour les véhicules aux plaques paires (qui ne peuvent circuler) et gratuité des locations Velib’ de courte durée et de la première heure d’Autolib’.

 

Avantage aux loueurs de voitures et à la mairie de Paris

 

Ces promotions n’ont pas ôté aux automobilistes l’envie de rouler. La location de voitures a ainsi connu une embellie rarement vue, ce 17 mars. La centrale de réservation entre particuliers E-loue a enregistré, dès dimanche, 30 fois plus de demandes que d’habitude. Côté covoiturage, le site Blablacar a dû gérer une explosion des demandes (+42%), en raison de l’exemption accordée aux véhicules transportant trois personnes.

 

L’Hôtel de ville en a aussi profité pour faire la pub de ses systèmes de transports partagés. La municipalité parisienne a annoncé une hausse de 33% des locations d’Autolib’ entre le 13 et le 16 mars et de 61% des tickets Velib’ de courte durée.

 

Un sujet de campagne

 

Les politiques sont également sortis gagnants de l’événement, commentant tous azimuts cette mesure expérimentée une seule fois dans l’Hexagone, le 1er octobre 1997, alors que le seuil d’alerte au dioxyde d’azote était largement dépassé.

 

Le président de l’UMP Jean-François Copé a ainsi dénoncé une mesure «qui relève de la communication». Une réaction surprenante puisque la loi LAURE de 1996[1], qui autorise cette circulation limitée, a été adoptée sous le gouvernement Juppé 2, à l’initiative de Corinne Lepage, alors ministre de l’environnement.

 

La candidate conservatrice à la mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet, y a vu un cache-misère de l’inaction de l’équipe sortante et a réclamé l’instauration d’une zone d’action prioritaire pour l’air (Zapa). C’est pourtant sous son ministère que le dispositif issu du Grenelle a été torpillé. Les unes après les autres, les communes volontaires ont abandonné le projet.

 

Dans le même ordre d’idées, l’Automobile Club Association a critiqué «une mesure d’annonce» qui va surtout générer «la pagaille».

 

Deux fois moins de bouchons

 

Les Franciliens lui ont donné tort. Selon la préfecture de police d’Ile-de-France, qui a établi 179 points de contrôle, 90% des véhicules en circulation étaient autorisés à rouler. A midi, 3.859 PV avaient été dressés pour non-respect de la réglementation (amende de 22 euros), ce qui a donné lieu à seulement 27 immobilisations de véhicules (les chauffeurs ne souhaitaient pas rebrousser chemin).

 

Aucune difficulté liée au trafic n’a été relevée. Au contraire, celui-ci s’est fluidifié, enregistrant ce matin une baisse de 25% dans la capitale aux heures de pointe et de 25% à 30% sur les voies d’accès à Paris. Au total, la région a connu deux fois moins de bouchons que d’habitude (114 kilomètres au lieu de 259 une semaine plus tôt) selon un porte-parole du Centre national d’information routière.

 

La circulation alternée, fréquente en Italie > Enclenchée seulement deux fois en France, la circulation alternée est fréquente dans les grandes villes italiennes comme Rome, Milan et Naples, en cas de pic de pollution. Initiée par toute mairie, elle est utilisée pour réduire de moitié la quantité de voitures en circulation. A l’origine, ce n’était pas pour lutter contre la pollution atmosphérique mais pour économiser l’énergie suite au premier choc pétrolier.

 

Une pollution en baisse…

 

«Aujourd’hui, les niveaux franciliens sont en baisse. Ils devraient être inférieurs à 50 mg/m3 en moyenne journalière, soit au-dessous du seuil d’information», déclare au JDLE Anne Kauffmann, responsable du pôle Etudes d’Airparif. «Cette baisse est liée aux effets de la circulation alternée mais il est trop tôt pour savoir dans quelle proportion. Elle résulte aussi des conditions météorologiques. Météo France prévoyait en effet une inversion forte des températures avec un couvercle nuageux favorable à la pollution, mais celle-ci a été moins forte que prévu», poursuit-elle.

 

… jusqu’à quand?

 

Les grands perdants de la circulation alternée, ce sont les Français qui resteront exposés à de forts niveaux de pollution, au gré de la météo. «Si on veut éviter qu’une telle situation se reproduise, il faut d’urgence agir sur les sources de la pollution, c’est-à-dire non seulement réduire de façon pérenne les émissions du trafic routier, mais aussi celles du chauffage au bois, des épandages agricoles et des industries», conclut Anne Kauffmann.

 

A plus long terme, les jeunes écologistes demandent aussi le développement des transports en commun, du covoiturage, des zones 30, des pistes cyclables et des espaces pour piétons.

 

La Fondation Nicolas Hulot rappelle que la suspension de l’éco-taxe fragilise le financement de 120 projets de mobilité durable, en attente de budget. FNH note aussi que le principe du pollueur-payeur doit s’appliquer à la mobilité. La fiscalité sur le diesel, grand émetteur de particules, doit voir ses avantages réduits. Deux centimes d’euro de plus par litre et par an reviendrait pour un ménage à payer 3 € de plus par mois.

 

En attendant, le ministre de l’écologie a annoncé, ce 17 mars, que le dispositif de circulation alternée n’était pas reconduit demain en Ile-de-France. La prévision d’un épisode pluvieux abaisserait en effet les niveaux de concentration de PM10 autour de 30 mg/m3 en moyenne journalière selon Airparif. Mais d’autres régions connaissent encore des dépassements critiques du seuil d’information: Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées, ou encore Provence-Alpes-Côte d’Azur.



[1] Loi sur l’air et sur l’utilisation rationnelle de l’énergie du 30 décembre 1996

 



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