La ciguatera gagne au réchauffement climatique

Le 04 juin 2014 par Romain Loury
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Là où sévit Gambierdiscus toxicus
Là où sévit Gambierdiscus toxicus
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La ciguatera, intoxication alimentaire liée à la consommation de poissons tropicaux, pourrait devenir plus fréquente avec le réchauffement attendu des eaux, selon une étude publiée dans la revue Environmental Health Perspectives (EHP).

A l’origine de cette maladie, l’ingestion par les poissons d’une microalgue, Gambierdiscus toxicus, présente sur les récifs coralliens. Se caractérisant par de nombreux signes tels que troubles digestifs, douleurs musculaires, fatigue, démangeaison, etc., pouvant aller jusqu’au coma, elle s’attrape par consommation de poissons fortement imprégnés de ciguatoxine, les espèces les plus à risque étant le mérou, la murène, la carangue et le barracuda. Sur le territoire français, elle survient principalement dans les Antilles, à la Réunion, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie.

Or avec le réchauffement climatique, Gambierdiscus toxicus semble promise à un avenir radieux. Non seulement l’algue prolifère lorsque la température de l’eau s’élève, mais elle pourrait bénéficier des ouragans occasionnés par le dérèglement météorologique: ceux-ci endommagent les récifs coralliens et favorisent le ruissellement des sols, riches en nitrates, dans la mer. Et ce pour le plus grand plaisir des algues.

Pour la première fois, Daniel Gingold, de la Rollins School of Public Health d’Atlanta (Géorgie), et ses collègues viennent de mettre en évidence un lien entre, d’une part, la température des eaux et la survenue d’ouragans, et l’incidence de ciguatera dans la population d’autre part. Pour cela, ils ont analysé 1.102 cas recensés aux Etats-Unis, à Porto Rico et aux Iles Vierges américaines entre 2001 et 2011.

1°C en plus, c’est +62% de cas

Résultat de leur étude: toute augmentation de 1°C des eaux des Caraïbes entraîne une hausse de 62% des appels aux centres anti-poisons au motif de ciguatera. Quant aux ouragans, les appels grimpent de 11% dès qu’on en observe un de plus par mois. Dans les deux cas, les chercheurs notent un décalage d’environ un an entre la cause météorologique et son effet sanitaire. Un délai qui pourrait s’expliquer par la croissance de l’algue, puis l’accumulation de la toxine dans la chaîne alimentaire.

Voilà de quoi faire craindre pour l’avenir: avec environ 100 cas de ciguatera recensés par an aux Etats-Unis, la hausse des températures, estimée de 2,5°C à 3,5°C au cours du XXIe siècle, pourrait occasionner une explosion de la maladie, de 200% à 400%! Mais le réchauffement pourrait aussi permettre à Gambierdiscus toxicus de s’étendre à d’autres zones dont elle était jusqu’alors absente.

Cette propagation semble déjà en cours, comme l’a rappelé début 2013 une étude publiée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses): en 2004, de premiers cas de ciguatera ont été rapportés suite à la consommation de poissons pêchés à Madère et aux Canaries. Ce qui montre que Gambierdiscus toxicus a donc déjà franchi l’Atlantique… quelle sera sa prochaine escale?



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