La Chine veut la peau de l’âne

Le 20 décembre 2016 par Marine Jobert
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Des ânes africains proposés à la vente sur internet.
Des ânes africains proposés à la vente sur internet.
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Parée de mille vertus médicinales, la gélatine d’âne connaît un engouement spectaculaire en Chine, qui se tourne vers l’Afrique pour satisfaire son marché. Une hécatombe animale, sociale, culturelle et agricole, dénonce l’association Robin des Bois.

Souveraine contre les insomnies et les règles douloureuses. Efficace pour lutter contre l’âge. Tonique sexuel de première qualité. La gélatine d’âne est parée de vertus médicinales (voir ici), dont la popularité est en train de décimer les populations d’âne d’Afrique. Car la production nationale et ses 4 millions d’ânes occis chaque année ne suffisent pas. En Egypte, Burkina Faso, Mali, Niger, Kenya, Tanzanie, Botswana ou Afrique du Sud aussi, les équidés sont tués, dépecés et leurs peaux exportés par milliers vers l’Asie. Un trafic qui dépasse même les frontières du continent et gagne les proches voisins de la Chine: 4.000 ânes devraient prochainement quitter le Kirghizistan pour l’empire du Milieu.

Outre les souffrances animales, ce pillage est une «catastrophe culturelle, agricole et sociale», souligne Robin des Bois, car le ‘cheval du pauvre’ est utilisé pour transporter l’eau, le bois, l’argile et comme moyen de transport de proximité pour les enfants.

Après le pangolin, l’âne?

L’association Robin des Bois a documenté l’explosion de la demande, insatisfaite par la production nationale. Dans le cas du Burkina-Faso, ce sont 1.000 peaux exportées au premier trimestre 2015, puis 18.000 peaux à la fin de l’année. Pour le seul premier semestre 2016, ce sont 65.000 peaux qui ont pris le chemin de la Chine. Depuis, le gouvernement burkinabé a promulgué en août 2016 un décret interdisant l’exportation d’ânes vivants ou de leurs parties, tout comme le Mali ou le Niger. «Au rythme exponentiel de l’abattage, les ânes domestiques du Burkina-Faso (entre 1 million et 1,3 million d’individus) pourraient être exterminés d’ici 5 ans, prévient l’ONG. Reproduisant pour les peaux d’ânes ce qui s’est passé pour les écailles de pangolins, la Chine étend son rayon de collecte en s’appuyant sur la diaspora de ses expatriés présents et influents sur le continent africain.»

Protéger l’âne domestique, via la Cites

L’ONG soumet plusieurs pistes pour tenter d’endiguer ce massacre, encouragé par les élites chinoises. Dans l’attente d’une politique africaine commune, chaque pays peut s’appuyer sur ses lois de protection animale pour sanctionner les maquignons d’ânes et le trafic de peaux vers la Chine, propose Robin des Bois. Quatre d’entre eux viennent d’être condamnés en Afrique du Sud à 8 mois de prison chacun, pour cruauté envers les animaux, sur le fondement de la loi sur la protection des animaux datant de 1962. Robin des Bois recommande à l’Organisation de l’Union africaine (qui regroupe une cinquantaine de pays et a le pouvoir de coordonner les doctrines et les politiques dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, des ressources animales et de la protection de l’environnement), de se saisir en urgence du pillage du cheptel asin par des industriels chinois et d’adopter des mesures communes et strictes interdisant l’exportation des ânes domestiques et renforçant encore la protection des ânes sauvages. Enfin, l’association plaide pour que l’âne domestique africain (Equus asinus) soit protégé à l’instar de l’âne sauvage d’Afrique (Equus africanus), dont subsistent quelques centaines d’individus en Erythrée, en Somalie, au Soudan et en Ethiopie. Ces espèces sont inscrites depuis 1983 à l’Annexe I de la Cites[1], et comme telles, le commerce international de spécimens vivants ou de leurs parties est interdit. Pour l’heure, les ânes domestiques africains sont explicitement exclus de cette protection.

 

 


[1] Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction.

 



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