La Chine, un leader climatique?

Le 29 novembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les investissements chinois dans les renouvelables diminuent.
Les investissements chinois dans les renouvelables diminuent.
VLDT

 

Pékin n’avait pas l’intention de réduire ses émissions de GES. Et n’a pas changé d’avis.

Aux yeux de nombreux observateurs, la Chine reste un leader dans la lutte contre le réchauffement. Et plusieurs éléments plaident en ce sens. Sans un accord, conclu en novembre 2014 entre l’Empire du Milieu et les Etats-Unis nul doute que la rédaction de l’Accord de Paris, un an plus tard, eut été bien plus difficile qu’elle ne l’a été. Cet accord était pourtant un marché de dupes.

Washington s’engageait à atteindre, en 2025, les objectifs qui lui avaient été initialement fixés par le protocole de Kyoto en 2012. Sacré volontarisme! De son côté, Pékin promettait de continuer à accroître ses émissions carbonées jusqu’en … 2030. Et semble bien partie pour tenir sa promesse : entre 1990 (année de référence pour le calcul des émissions nationales), et 2017, la Chine a multiplié par 3,4 ses émissions de gaz à effet de serre (GES), soulignent les dernières statistiques de l’agence néerlandaise d’évaluation environnementale (PBL).

quadruplement des émissions

Cette inflation n’est pas près de s’infléchir. Publiée en 2015, sa contribution nationale volontaire (NDC) indique que ses émissions pourraient plafonner, vers 2030, à 18 milliards de tonnes de GES par an: 4,5 fois plus qu’en 1990.

La seconde puissance économique mondiale est, sans conteste, une championne des énergies renouvelables. Entre 2010 et 2018, rapporte l’Irena, la puissance de son parc de production d’électricité «verte» est passée de 230 à 650 GW ! Bon an, mal an, le géant asiatique installe sur son sol la moitié des éoliennes et des panneaux photovoltaïque de la planète. Considérable !

Mais elle est aussi la première consommatrice de charbon de la planète. Une place que personne ne lui disputera de sitôt. Après un moratoire de deux ans, les électriciens chinois ont repris, l’an passé, la construction de nouvelles centrales au charbon. Selon les estimations de Global Energy Monitor, la Chine a récemment engagé la construction de 236 GW de nouvelles capacités au charbon : l’équivalent de 2 parcs électriques français.

réduire les importations

Alors que l’Hyperpuissance s’apprête à rédiger son 14e plan quinquennal, des inquiétudes se font se jour sur la poursuite de l’amélioration de l’intensité carbone de son économie. Début octobre, le premier ministre chinois, Li Keqiang, a indiqué vouloir accroître les productions nationales d’énergies fossiles, pour réduire les importations.

Signe des temps, on ne parle désormais plus «d’accélérer» le verdissement du parc d’électricité, mais de poursuivre le mouvement. Ce n’est pas bon signe. L’an dernier, le pays a certes investi 88 milliards de dollars dans l’éolien et le photovoltaïque. C’est, certes, le tiers des investissements mondiaux en la matière. Mais c’est aussi un chiffre 38% inférieur à ce qu’il était en 2017, rapporte une étude de Bloomberg New Energy Finance (BNEF).

enthousiasme communicatif

Fan de charbon, la Chine communique son enthousiasme à ses alliés. Pour faciliter le passage (au travers de 60 pays, tout de même) de ses Nouvelles routes de la soie, la Chine finance à des taux préférentiels la construction d’infrastructures dans les pays hôtes. Et notamment de centrales au … charbon. Ce sont ainsi 102 GW de capacités au charbon qui sont actuellement en construction, dans le monde, grâce à des capitaux made in China.  

Allié opportuniste de l’Union européenne et du Canada, au sein de la trilatérale de l’action, créée en 2017, la Chine est aussi bien connue pour entraver la bonne marche des négociations climatiques, via le groupe des 77 (G77), dont elle est le plus influent des membres.

Un allié qui se montre de plus en plus agacé par les velléités de la future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, d’instaurer rapidement une taxe carbone sur ses importations. Un projet dont l’Europe aura pourtant bien besoin si elle veut avoir une chance d’atteindre la neutralité carbone en 2050.



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