La Chine perd les eaux

Le 26 février 2014 par Marine Jobert
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Un réservoir à sec, en 2012, dans la province du Yunnan.
Un réservoir à sec, en 2012, dans la province du Yunnan.
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La Chine a perdu près de la moitié de ses cours d’eau depuis 1990. Ce n’est pas une association écologiste qui dresse ce constat affolant, mais le ministre chinois en charge des ressources en eau. Jiao Yong a en effet admis que plus de la moitié des quelque 70.000 fleuves et rivières (de plus de 50 km2) du pays avaient été asséchés, sous la pression combinée de la démographie, de l’agriculture et de l’industrie. Et les aquifères ne se portent guère mieux, qui contamineraient près de 20 millions de Chinois à cause de concentrations élevées en arsenic.

 

Les besoins en eau de la République populaire se chiffrent à 621 milliards de mètres cubes[1] par an, dont 416 pour l’agriculture, 120 pour l’industrie manufacturière, 47 pour les besoins domestiques, 24 pour le secteur tertiaire, 10 pour les usages «écologiques et environnementaux» et 2 pour la construction). Des besoins en constante augmentation, notamment à cause de l’exode rural massif et de l’élévation globale du niveau de vie. Davantage de douches et de WC, davantage d’objets, plus de viande… autant de besoins très gourmands en eau. Des projections à horizon 2030 laissent à penser que la part de l’agriculture va régresser, au profit de l’industrie et, surtout, des usages domestiques. Depuis 1990, près de 593 millions de citoyens chinois supplémentaires ont pu avoir accès à des sanitaires, selon l’Organisation mondiale de la santé.

 

L’un des défis majeurs auquel doit également faire face la Chine a trait à la localisation des ressources en eau: 60% se trouvent au sud du pays, quand le plus gros de l’activité et de la population se concentre au nord et sur la côte est du pays. «45% du PIB chinois provient de provinces en stress hydrique. Ce n’est pas évident de faire croître une économie avec un accès limité à l’eau et des problèmes géographiques qui vous dépassent», explique Debra Tan, qui dirige l’ONG China Water Risk depuis Hong Kong. Une référence directe aux conflits qui ne peuvent manquer d’opposer la Chine à ses voisins, comme le Vietnam, le Laos, le Cambodge, la Thaïlande, le Bangladesh et last but not least, l’Inde.

 

C’est également sans compter avec le changement climatique, qui devrait exacerber encore un peu plus le problème. En outre, une étude du World Ressources Institute dévoilait l’été dernier que près de la moitié des 363 centrales à charbon que le gouvernement envisage de construire dans les prochaines années sont situées dans des zones soumises à un fort stress hydrique. La production d’énergie risque donc d’entrer encore plus frontalement en compétition avec la production agricole et les usages industriels. Et au détriment de la qualité de l’eau potable.

 



[1] A titre d’exemple, la France consomme quelque 28.000 millions de m3 par an (dont plus de la moitié sont destinés à refroidir les centrales thermiques et nucléaires).

 



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