La Chine ouvre un marché du carbone… en devenir

Le 20 décembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Les électriciens et les producteurs de chaleur seront les premiers éligibles du marché chinois de carbone.
Les électriciens et les producteurs de chaleur seront les premiers éligibles du marché chinois de carbone.
DR

La plus grande bourse mondiale du carbone ne sera pas opérationnelle avant 2020.

 

C’était une nouvelle attendue pendant la COP 23, voire durant le sommet climatique organisé par le gouvernement français à l’occasion du deuxième anniversaire de l’Accord de Paris. Mais le gouvernement chinois entend rester le maître de ses horloges. Et c’est finalement mardi 19 décembre que la puissante commission nationale du développement et de la réforme (NRDC) a confirmé l’ouverture du marché chinois de quotas d’émission de gaz à effet de serre (GES): un ETS version XXL. L’IETA, le lobby international des traders de carbone s’est d’ailleurs fendu d’un communiqué félicitant le gouvernement chinois. Intéressé, cet élan de courtoisie est peut-être un peu précipité.

7 marchés locaux

Il faudra sans doute encore quelques années avant que la Chine ne fixe un prix unique du carbone. Depuis 2013, l’empire du Milieu expérimente ce curieux commerce dans 7 marchés locaux, impliquant les grands émetteurs de GES de 5 villes et deux régions. Sept marchés aux règles spécifiques qui donnent des prix variant du simple au sextuple. Selon les places de marché, les quotas cotaient, le 17 décembre, entre 8,1 et 48 yuans (de 1 à 6 euros).

Hydrocarbures. L’Assemblée nationale française a définitivement adopté, le 19 décembre, le projet de loi mettant fin à la recherche ainsi qu’à l’exploitation des hydrocarbures.

Il faut donc, en grande partie, repartir de zéro. «Et d’abord en commençant à collecter et à vérifier les données relatives aux émissions de GES», souligne Emilie Alberola, spécialiste des marchés du carbone à l’Institut pour l’économie du carbone (I4CE). Un sujet moins anecdotique qu’il n’y paraît. Devant les insuffisances du système statistique chinois, personne ne sait encore avec précision combien de tonnes de GES émet réellement le premier émetteur du monde.

Une année durant, les autorités vont donc soumettre à l’inquisition statistique les 1.700 producteurs d’électricité et de chaleur rejetant plus de 26.000 tonnes de CO2 par an. Ce qui lui permettra, par la suite, d’établir son système d’allocation de quotas.

3,3 milliards de tonnes de GES par an

Dans sa première phase, qui pourrait durer jusqu’en 2020, l’ETS chinois devrait ainsi encadrer les rejets de 3,3 milliards de tonnes de GES par an: un tiers de plus que le système européen. 2020, c’est aussi l’année où  d’autres secteurs industriels seront intégrés au système, à l’instar de la sidérurgie, des fonderies d’aluminium, des chimistes, des papetiers, des producteurs de matériaux de construction et des compagnies aériennes, jadis sources de contentieux avec l’Europe.

Au mieux, donc, pas de prix du carbone chinois avant 2019 probablement, ni d’ETS grandeur nature avant 2020. Pékin fait montre de prudence aussi dans les liens que pourraient tisser les marchés existants (ETS européen, WCI ou RGGI américains) avec le dernier-né chinois: «La Chine n’entend pas lier son marché à ceux d’autres pays», a clairement indiqué Li Gao, le directeur de la NRDC. Exit, le rêve d’un prix unique du CO2 caressé par Jean Tirole, prix Nobel d’économie.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus