La chaleur renouvelable ne s’enflamme pas

Le 05 décembre 2018 par Stéphanie Senet
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La chaleur renouvelable progresse à petit feu
La chaleur renouvelable progresse à petit feu

Au rythme actuel, les installations de chaleur renouvelable ne fourniront pas les objectifs visés en 2028 par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) de 2016, selon un bilan tiré le 4 décembre à Paris par plusieurs organisations professionnelles.

Utilisée pour la production d’eau chaude sanitaire, le chauffage et les process industriels, la chaleur représente près de la moitié des besoins énergétiques de la France. «Pourtant, elle reste majoritairement alimentée par des énergies fossiles qui coûtent cher alors que des solutions vertueuses, et compétitives avec un minimum de soutien public, existent», résume Nicolas Garnier, délégué général de l’association de collectivités Amorce.

En 2017, la chaleur renouvelable ne représente que 18,7% de la consommation finale brute de chaleur. Soit seulement 0,4 point de plus que l’année précédente. Insuffisant pour atteindre les 38% visés en 2028 par la nouvelle feuille de route énergétique du gouvernement. Pour être dans les clous, il faudrait doubler la production, évaluée à 11,3 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) en 2017.

En attendant, le gaz d’origine fossile fournit 40% de la chaleur consommée, devant le fioul (16%) et le charbon (5%).

 

Les vagues du fonds Chaleur

Lancé en 2009, le fonds Chaleur a toutefois déclenché une dynamique. «Il a permis d’accompagner, au plan financier, 4.273 opérations d’investissement entre 2009 et 2017 pour un montant de 1,75 milliard d’euros», affirme Arnaud Leroy, président de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Solaire thermique et bois-biomasse en tête (cf. encadré).

Solaire et bois-biomasse en tête / Sur les 4.273 opérations d’investissement menées entre 2009 et 2017 avec le soutien du fonds Chaleur, l’Ademe compte 1.696 projets solaires, 1.093 de bois-biomasse, 829 réseaux de chaleur, 495 projets de géothermie, 98 de biogaz et 62 de récupération de chaleur fatale.

 

Un bémol à cet enthousiasme: ce fonds ne progresse pas au niveau attendu. Alors que le candidat Macron avait promis, comme son prédécesseur Hollande, de le doubler pendant le quinquennat, sa hausse sera moindre: 200 M€ en 2017, 245 M€ en 2018, 305 M€ en 2019, 350 M€ en 2020 et 2021. Surtout, il repart à la baisse en 2022 avec 339 M€ prévus par l’Ademe. «Au niveau des financements, le compte n’y est pas par rapport à l’ambition de notre pays», reconnaît son président.

 

La bataille de la compétitivité

Car l’avenir de la chaleur renouvelable se joue dans sa compétitivité. «Pour l’instant, les aides de l’Agence lui permettent d’atteindre un prix compétitif de 5 points par rapport aux autres énergies, gaz en tête. C’est insuffisant. Il en faudrait deux fois plus pour renforcer l’attractivité des projets», estime Pascal Roger, président de la Fedene[1]. Même son de cloche pour Nicolas Garnier, d’Amorce: «Il faut que le fonds Chaleur atteigne 500 M€ par an et surtout que la contribution Climat Energie (CCE) soit maintenue pour pénaliser les énergies émettrices de gaz à effet de serre». Selon la Fedene, le suivi de la trajectoire initiale de la CCE –avant l’annonce, le 4 décembre, d’un moratoire de 6 mois– aurait permis de retrouver la compétitivité record enregistrée avant 2014. Soit environ 70 € par mégawattheure produit.

Autre obstacle, d’origine structurelle: les bureaux d’étude français ne pensent qu’au gaz pour remplacer le fioul dans les copropriétés. «Au contraire, dans les pays d’Europe du Nord, la première idée est d’installer un réseau de chaleur pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire. Il faut préciser que les autres énergies affichent un coût beaucoup plus élevé», relève le président de la Fedene.

Seules notes d’optimisme: le gouvernement prévoit de renforcer les aides destinées aux ménages, dans le cadre du crédit d’impôt transition énergétique (CITE) et les primes spéciales pour les chaudières alimentées par des énergies renouvelables. Par ailleurs, le gouvernement prévoit de permettre aux ménages modestes d’ajouter aux coûts des équipements le coût de l’installation dans leur déduction d’impôt (CITE), dès 2019. «C’est une excellente nouvelle», estime Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER).

 

 

 



[1] La Fédération des services Energie Environnement regroupe les organisations autour de la chaleur et du froid.

 



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