La canicule 2003 a abimé des milliers de maisons

Le 22 octobre 2004 par Loïc Chauveau
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La durée et l'intensité exceptionnelles de la sécheresse 2003 ont exacerbé le phénomène de contraction des sols argileux. 6.800 communes ont déposé une demande de classement en catastrophe naturelle. Une minorité devrait l’obtenir.

Un arrêté du 25 août 2004 donne une première liste de 800 communes concernées par le phénomène de retrait gonflement de l'argile. C'est peu puisque le phénomène a été extrêmement puissant et étendu du fait du caractère exceptionnel de la canicule.

Jamais on n'avait vu autant de communes touchées. Sans surprise, les régions concernées sont celles où l'on a construit des bâtiments sur des affleurements de cette composition géologique: «Un matériau argileux voit sa consistance se modifier en fonction de sa teneur en eau, explique Marc Vincent, chercheur au service aménagement et risques naturels du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Dur et cassant quand il est desséché, il devient plastique et malléable à partir d'un certain niveau d'humidité.

Ces modifications de consistance s'accompagnent de variations de volume dont l'amplitude peut être parfois spectaculaire.» En période de sécheresse, la rétractation de l'argile joue sur les fondations rigides des maisons. Les tensions sont telles que les planchers se fendent, les fondations se désolidarisent des murs, les portes et les fenêtres ne ferment plus.

C'est une catastrophe qui ne fait pas de bruit, pas de morts, mais les victimes sont profondément traumatisées. Les régions géologiques à risques sont désormais connues. Il s'agit principalement de l'argile des Flandres dans le nord, de l'argile verte de Romainville et de l'argile plastique de l'Yprésien en région parisienne, des marnes du Cénomanien et du Toarcien dans le sud du bassin parisien, des altérites du Campanien en Dordogne, des formations molassiques dans le sud-ouest toulousain et gersois, des argiles et marnes de l'Oligocène dans la plaine de la Limagne. 75 départements sont concernés à plus ou moins grande échelle.

Les premiers constats datent de 1976 mais le nombre de victimes a fortement augmenté avec la sécheresse de 1989-1991 puis celle de 1996-1997. Car les maisons individuelles se sont multipliées et les zones loties étendues. Or, les terrains où elles ont été construites n'ont pas fait l'objet d'études géotechniques préalables. Les fondations ne sont pas assez profondes, les malfaçons accélèrent les désordres et les mesures de précaution sont souvent considérées comme trop chères.

En 2000, 5.000 communes déjà avaient demandé à bénéficier d'un arrêté de catastrophe naturelle selon la loi du 13 juillet 1982. D'après la Caisse Centrale de Réassurance (CCR), les deux premières sécheresses ont coûté 3,2 milliards d'euros à l'Etat, 10.000 euros en moyenne de travaux de réparation par maison.

Ce sont quelques centaines de milliers d'habitations qui sont touchées. L'aléa argileux est la deuxième cause d'indemnisation derrière les inondations. La sécheresse de 1991 a donné lieu à une définition assez large de l'aléa climatique responsable du retrait d'argile. Mais l'acroissement des demandes d'indemnisation a imposé de restreindre cette définition.

Désormais, une sécheresse exige un nombre de jours constatés sans pluie et une moyenne de température élevée sur une durée précise. Ces nouvelles règles ont été souvent très mal acceptées. Dans le même village, le propriétaire indemnisé en 1991 a pu subir la jalousie du voisin débouté en 2000: «La canicule de 2003 est par ailleurs atypique car l'hiver précédent a été pluvieux et donc les critères définis en 2000 ne sont pas pertinents, explique Patrick Bidan, directeur de marché à la CCR. Si nous appliquions la méthode en vigueur, aucune commune ne serait reconnue sinistrée.» Ce sont surtout les règles financières qui ont changé. Le montant de la surprime destinée à financer les remboursements a été augmentée en août 1999.

En septembre 2000, la franchise appliquée à ce type de sinistre est passée à 1525€. Elle peut doubler, voire tripler si la commune bénéficie de plus de deux arrêtés de reconnaissance de catastrophe naturelle. La canicule de 2003 arrive au moment où les dommages causés par l'argile atteignent un niveau difficilement supportable:

« D'autres arrêtés de classement en catastrophe naturelle vont suivre, mais cela sera long car il faut bien faire la part entre le phénomène naturel et les malfaçons de construction », détaille Patrick Bidan.


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