La campagne présidentielle fait un détour par la biodiversité

Le 27 mars 2017 par Romain Loury
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Jean-François Silvain
Jean-François Silvain
VLDT

Jeudi 23 mars, la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) a organisé une rencontre publique avec les représentants de cinq candidats à l’élection présidentielle. L’occasion pour eux de préciser leurs intentions en matière de préservation des écosystèmes, sujet pour l’instant bien peu abordé dans la campagne.

Ils étaient cinq: de gauche à droite de l’échiquier politique, Eric Coquerel (pour Jean-Luc Mélenchon), Yannick Jadot (pour Benoît Hamon), Arnaud Leroy (pour Emmanuel Macron), Bertrand Pancher (pour François Fillon) et Philippe Murer (pour Marine Le Pen). Sur invitation de la FRB, qui leur avait lancé un appel à s’engager sur plusieurs points (renforcer l’action de l’Etat dans la Stratégie nationale pour la biodiversité, soutien à la mise en œuvre du programme de l’IPBES, soutien à l’AFB[i], moyens humains et matériels suffisants pour la recherche), tous ont dévoilé les intentions de leur poulain s’il était élu à l’Elysée. Le bilan de cette rencontre avec Jean-François Silvain, président de la FRB.

JDLE: Que pensez-vous avoir apporté à la campagne par cette rencontre?

Jean-François Silvain: Jusqu’à présent, il n’y a qu’un ou deux candidats qui ont évoqué cette question. Je pense qu’on a un peu fait bouger les choses, nous avons eu l’impression d’ensemencer la campagne avec cette question. Tous les représentants sont venus en ayant bien préparé leur intervention, et finalement ils ont été assez loin dans les annonces. Et ce avec un discours a priori favorable à la biodiversité, et dont le squelette était au fond assez voisin de l’un à l’autre.

JDLE: Avez-vous perçu des lignes de fracture, ou à l’inverse des convergences dans leur discours?

Jean-François Silvain: Il y a en tout cas des focalisations, par exemple sur la question de la mer et de l’exploitation des ressources marines. Tout le monde nous en a parlé, et globalement ils comprennent tous qu’il y a un vrai souci à ce sujet. La question du devenir des sols, de leur protection et de leur artificialisation, a aussi été largement abordée. Ces questions traversent les clivages politiques. Il y a en revanche des divergences, notamment sur l’AFB: s’il n’y a pas de mise en cause de cette agence, certains sont favorables à une fiscalité nouvelle, d’autres non.

JDLE: En raison du caractère pour l’instant très périphérique de la biodiversité dans les enjeux électoraux, avez-vous eu des difficultés à faire venir les candidats?

Jean-François Silvain: Dans un premier temps oui. Mais quand ils ont compris que cela allait tout de même se faire, les choses sont devenues plus faciles. Nous sommes d’abord partis à la pêche à la ligne, les choses ne se sont fixées qu’une semaine avant la date.

JDLE: Parmi les points soulevés dans votre appel aux candidats, aucun de ceux-ci n’a répondu à la question, d’ordre international, du soutien à l’IPBES, actuellement en difficulté financière.

Jean-François Silvain: L’actualité française a primé. Nous avions en effet posé la question de l’IPBES, l’englobant plus largement dans la question des engagements internationaux de la France en matière de biodiversité. Globalement, les candidats ont indiqué qu’ils les respecteraient, mais sans pour autant évoquer l’IPBES. C’était peut-être un degré de détail un peu élevé pour eux, mais pour nous la question de l’avenir de l’IPBES demeure un souci.

JDLE: Au-delà de cette rencontre, avez-vous confiance dans la capacité du futur président de la République à respecter ses engagements en matière de biodiversité? N’y a-t-il pas un risque que l’environnement passe, une fois de plus, derrière l’économie, et la biodiversité derrière d’autres sujets environnementaux, par exemple le climat?

Jean-François Silvain: L’ampleur des problèmes socio-économiques peut en effet amener la future présidence à considérer que ces questions n’interviennent qu’en bout de ligne. Et quant aux autres enjeux environnementaux, nous avons été assez incisifs dans notre appel aux candidats, en se demandant ouvertement si la crise de la biodiversité n’était pas aussi grave que celle du climat. Evidemment nous ne considérons pas [celle-ci] comme négligeable, loin de là, mais si on doit lutter contre les changements climatiques, c’est avant tout parce que la vie sur Terre doit continuer. Il y a une prééminence de l’inquiétude face au réchauffement, il y a une nécessité de réduire ses impacts et de s’y adapter, mais attention à ne pas mettre en place des solutions qui seraient négatives pour la biodiversité. Les solutions climatiques doivent non seulement tenir compte de la biodiversité: elles doivent aussi s’appuyer sur elle.

Parmi les mesures proposées, citons, de manière non exhaustive: Jean-Luc Mélenchon: pêche artisanale en circuits courts et développement de l’aquaculture, fin du chalutage en eaux profondes, sanctuarisation du foncier agricole; Benoît Hamon: lutte contre la surpêche, intégration de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) dans l’AFB, conférence de consensus sur les grands projets d’infrastructure, création d’un conservatoire des terres agricoles pour lutter contre l’artificialisation des sols; Emmanuel Macron: développement de la recherche marine, renforcement des études d’impact; François Fillon: organisation d’un Grenelle sur la biodiversité, création d’une Alliance pour la croissance bleue. Suite à l’accord conclu avec l’UDI, la suppression du principe de précaution, initialement inscrite au programme du candidat, n’est plus à l’ordre du jour; Marine Le Pen: adaptation des méthodes de pêche à l’état des stocks, interdiction des pesticides tueurs d’abeilles, développement de la permaculture


[i] IPBES: plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques; AFB: Agence française pour la biodiversité

 



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