La bulle du protoxyde d’azote

Le 20 octobre 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le mécanisme de développement propre (MDP) va-t-il être le théâtre d’une nouvelle « affaire » ? Possible, à en croire une étude que le Stockholm Environment Institute (SEI) a mise en ligne au début de la semaine.

Cette fois, l’objet du délit n’est pas le HFC 23, mais le protoxyde d’azote. Ce N2O n’est pas n’importe quoi. Puissant gaz à effet de serre (GES), son pouvoir de réchauffement global est 310 fois plus important que celui du CO2. A lui seul, il pèse 9 % des émissions mondiales de GES, et sa concentration, nous dit le 4e rapport d’évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), a progressé de 15 % depuis 1750.

A tous ces titres, il est une proie de choix pour les investisseurs, adeptes du MDP ou de la mise en œuvre conjointe (MOC). Car pour une tonne de N2O évitée, ce sont 310 crédits carbone qui sont émis. Les opérations d’abattement des rejets de N2O représentent 2,6 % du total des projets MDP, mais les crédits internationaux qu’elles génèrent pèsent 23,2 % du total mondial.

Ces projets sont réalisés dans des usines de production d’acide adipique (une base pour la fabrication du nylon et d’autres plastiques). Le N2O est, en effet, un sous-produit de la fabrication de l’acide adipique. Pour gagner des crédits carbone, il faut donc éviter que le protoxyde d’azote gagne l’atmosphère, en le détruisant ou le recyclant.

Jusqu’ici, tout va bien. Ce qui cloche, indique le SEI, c’est ce qui s’est passé en 2008 et 2009. Pour faire simple, durant cette période, la récession économique frappe la plupart des secteurs industriels au premier rang desquels on trouve la chimie. Entre 2001 et 2007, le taux d’utilisation de la trentaine d’usines d’acide adipique existant dans le monde tourne autour de 85 %. Sauf pour trois usines, brésilienne, sud-coréenne et chinoise, qui fonctionnent entre 70 et 75 % du temps.

Curieusement, au moment où les projets MDP entrent en vigueur dans ces trois installations, tout change : la production des usines ne générant pas de crédits d’émission chute, alors que les usines « MDP » voient leur taux d’utilisation grimper entre 85 et 95 %. Du jamais vu !

Les limiers de SEI soupçonnent les industriels, et notamment Rhodia (qui possède une installation en France, à Chalampé, et deux usines MDP au Brésil et en Corée du Sud), d’avoir transféré une partie de leur production des usines non MDP vers les installations générant du crédit d’émission.

Le but est simple : en produisant de l’acide adipique dans des usines « MDP » plutôt qu’en Europe, par exemple, ces entreprises encaissent un double dividende : elles produisent une base et des crédits carbone. A Osan (Corée du Sud) et à Paulinia (Brésil), Rhodia génère, en détruisant le N2O, près de 20 millions de crédits carbone par an.

Pour l’environnement, le bilan est moins réjouissant. Le SEI estime que les sites « MDP » ont ainsi produit, entre 2008 et 2009, près de 200.000 tonnes d’acide adipique de plus que ce qu’ils auraient fabriqué si leur projet MDP n’avait pas été labellisé par l’ONU. Ce transfert de production a conduit à un accroissement d’émission de GES de 13,5 millions de tonnes équivalent carbone entre 2008 et 2009.

 



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