La bonne surprise de Montréal

Le 12 décembre 2005 par Valéry Laramée, pour Enerpresse
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Après deux semaines de négociation, le sommet climatique de Montréal a abouti sur deux points majeurs : l'adoption des règles d'utilisation des mécanismes de flexibilité et le lancement des négociations sur le post-2012. Un succès qui constitue aussi un revers pour l'administration Bush.

Les Canadiens avaient bien anticipé leur coup. Grâce à une préparation hors norme et à l'audacieux pilotage de la conférence effectué par le ministre de l'Environnement Stéphane Dion, le sommet climatique de Montréal s'est achevé sur un succès. Succès, tout d'abord, par l'adoption, le 30 novembre du «manuel des règles» du protocole de Kyoto. En clair, l'adoption définitive des mécanismes de flexibilité et de leur mode d'emploi spécifique. Succès ensuite par la signature de toute une série d'accords bilatéraux annonçant une explosion prochaine de projets entrant dans le cadre du mécanisme de développement propre (MDP).

À lui seul, le Canada a conclu pas moins de 5 accords de ce type, avec L'Indonésie, l'Ukraine, l'Inde, le Maroc et la Corée du sud. Succès encore par le nombre de décisions plus ou moins importantes qui ont été prises. Les délégués des 189 pays représentés ont donné le feu vert à des dispositifs aussi divers que le renforcement de l'aide aux pays en développement, le renforcement du financement du secrétariat de la convention, la mise en place du registre mondial des crédits d'émission, l'adoption d'un système d'observance des réductions d'émissions de gaz à effet de serre, etc. Mais le plus important n'est pas là.

Le sommet de Montréal, en effet, avait un objectif plus ambitieux que de fluidifier l'application des mécanismes de flexibilité ou de demander aux États d'honorer leurs engagements financiers vis-à-vis du secrétariat de la Commission ou du secrétariat exécutif du MDP. Non, le grand objectif était évidemment de lancer LA grande discussion portant sur l'après 2012, année d'échéance du protocole de Kyoto. Le tout sans (trop) prendre de front les États-Unis et leurs alliés traditionnels, dans ce genre de négociation, que sont l'Arabie Saoudite et l'Australie.

L'administration Bush avait prévenu dès le départ : elle torpillerait tout accord prévoyant de nouveaux objectifs. Et jeudi soir, la délégation américaine tenait parole en s'opposant, seule contre le reste du monde, à un projet de décision, rédigé dans le cadre de la convention de l'ONU, dont les États- Unis sont signataires. Malaise. Et le flottement devint plus perceptible lorsque la Russie, aidée de la Biélorussie et du Kazakhstan, s'en mêla. S'estimant injustement récompensé d'avoir ratifié le protocole deKyoto (permettant ainsi son entrée en vigueur -ndlr), Moscou indiqua vouloir amender le texte négocié en 1997 afin d'accélérer la mise en oeuvre conjointe (MOC), sensée lui apporter des capitaux pour développer ses projets énergétiques propres. Hélas, lui ont fait remarquer les autres négociateurs, la démarche est longue et lourde et Montréal n'était pas le lieu idéal pour engager un tel travail de fourmis juridiques. Sur ce, les sherpas s'enferment pour tenter de rédiger un autre draft sur le post-2012.

Voyant le travail progresser difficilement, Stéphane Dion tenta le tout pour le tout en décidant de faire adopter le texte en séance plénière. Il est alors plus de 3 heures du matin, ce vendredi. Le pari est fou. Il est finalement gagné. Rédigé, cette fois, dans le cadre du protocole de Kyoto (dont les États-Unis ne sont pas signataires, ils n'ont donc pas de droit de vote dans ce cadre juridique -ndlr), le nouveau texte invite, d'une part, les pays industrialisés à faire connaître à l'ONU leur point de vue sur ce que devrait être la seconde période d'engagement, avant le 15 mars prochain. Les pays signataires créent aussi un groupe de travail ad hoc, pouvant librement gérer son agenda. Il pourra donc se réunir autant de fois qu'il le souhaite, ce qui n'est généralement pas le cas pour les groupes de travail onusiens. Un comité dont la première réunion devra se tenir, au plus tard, d'ici au mois de mai 2006. Bref, la discussion sur l'après 2012 est effectivement lancée. Le problème étant de savoir quand elle produira ses effets car aucune date butoir n'est encore fixée. Le texte adopté à Montréal précisant seulement qu'il ne devra pas y avoir d'interruption entre la première (2008-2012) et la seconde période d'engagement (2012-2017). Ce qui, selon les observateurs, pourrait annoncer des décisions entre 2008 et 2010.

Toute aussi importante est une autre décision prise dans le cadre de la conférence des parties (dont les États-Unis sont signataires) qui prévoit l'ouverture, au 15 avril 2006, d'un «dialogue» entre les pays industrialisés et les pays en développement sur les transferts de technologies, l'adaptation et les mécanismes de flexibilité. L'indispensable préalable à la fixation d'objectifs de réduction (volontaires probablement) d'émissions de GES aux pays en développement, en contrepartie d'une aide plus substantielle des nations les plus riches. «Dans le contexte actuel, c'est vraiment ce que l'on pouvait espérer de mieux», estime Raphaëlle Gauthier, la responsable des affaires internationales du Réseau Action Climat. Seule petite fausse note pour les délégués français, le choix de la ville hôte de la prochaine COPMOP. Lyon semblait avoir initialement les faveurs de nombreux délégués. C'est finalement Nairobi qui a été préférée à la capitale des Gaules.

Faut-il y voir une vengeance de dernière minute des négociateurs américains? Pas sûr. En revanche, ces mêmes négociateurs ont eu, vendredi, la désagréable surprise de voir leur ancien président, Bill Clinton, leur dire en plein Palais des Congrès, que la politique qu'ils défendaient était erronée et que de mettre en oeuvre une véritable stratégie climatique pourrait permettre aux États-Unis «d'atteindre, voire de dépasser les objectifs de Kyoto» sans pour autant ruiner l'économie de l'hyperpuissance. «On essaie ici de créer un nouveau monde», et cela ne sera possible que dans la mesure où les pays miseront sur une approche multilatérale, a-t-il conclu en souhaitant que son pays ne reste pas en marge de cet effort ou, à tout le moins, qu'il ne l'entrave pas. Un ancien président américain critiquant son successeur dans une enceinte onusienne, on n'avait jamais vu ça!




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