”La bonne mise en œuvre de l’Accord de Paris ne dépend pas que d’un seul pays”

Le 29 mai 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour Yamide Dagnet, le dernier round des négociations climatiques est un bon cru.
Pour Yamide Dagnet, le dernier round des négociations climatiques est un bon cru.
WRI

Directrice de projets sur les négociations Climat pour le World Resources Institute (WRI), Yamide Dagnet dresse un bilan plutôt positif du round de Bonn. Elle examine aussi les conséquences d’un retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris.

 

Quels sont les progrès observés à la conférence ‘intersession’ de Bonn?

 

Nous avons progressé sur trois terrains: le ‘dialogue de facilitation’, les règles du jeu de l’Accord de Paris et l’amélioration de la mise en œuvre. Dans le premier cas, la plupart des pays envisagent un processus interactif qui permet de faire non seulement l’état des lieux mais aussi de considérer davantage d’opportunités, permettant ainsi de revoir à la hausse les objectifs de leur contribution déterminée nationalement (NDC) d’ici 2020.

 

La plupart des Etats conviennent de l’urgence à stabiliser le réchauffement à 2°C, voire 1,5°C, et de la nécessité de saisir les opportunités et bénéfices qu’offre la transition vers un monde décarboné et résilient. Les parties [à la convention Climat, ndlr] se sont aussi accordées sur le fait de prendre en considération les actions et les initiatives climatiques que mèneront les acteurs non gouvernementaux, telles les villes ou les entreprises.

 

Parlons du sujet phare, les règles d’application de l’Accord de Paris.

 

C’est un autre grand progrès observé à Bonn. Les négociateurs se sont mis d’accord sur les grandes lignes et éléments-clefs de ces règles. Mais ils devront approfondir ce travail lors de la COP 23, qui se tiendra au mois de novembre. Il devrait en sortir un projet de texte plus abouti.

 

On voit toutefois que certains sujets ont progressé plus vite que d’autres (c’est le cas par exemple de la transparence). La quantification des fonds orientés vers l’action climatique, l’utilisation des fonds gérés par le Fonds d’adaptation, l’évaluation des politiques d’adaptation.

 

Les délégués ont aussi avancé sur l’idée du Bilan mondial, cette révision à la hausse tous les 5 ans des politiques climatiques nationales. Dernière chose et non des moindres: les parties ont reconnu que toutes les parties de l’Accord de Paris sont liées et que seul un dispositif cohérent permettra de tirer le maximum de cet accord conclu à l’issue de la COP 21.

 

Vous avez aussi parlé de développement des capacités et d’efforts de mise en œuvre.

Absolument. Pour la première fois, le comité de Paris sur le développement des capacités s’est réuni. Ses experts ont fait le point sur les manques tant techniques qu’organisationnels des pays en développement. Pas moins de 18 pays développés et 7 pays en développement ont soumis leur politique nationale au processus de revue par les pairs. De nombreux pays y ont présenté les progrès réalisés en matière d’atténuation et d’adaptation, y compris la France, l’Inde, le Canada, le Maroc et la Mauritanie.

 

Donc, Bonn 2017 est plutôt un bon cru?

 

Oui. Et ceux qui pensaient que les atermoiements du gouvernement américain allaient ralentir le processus en sont pour leurs frais. Je crois que les gouvernements entendent montrer que la volonté d’un seul ne suffira pas à enrayer le vent de l’histoire climatique mondiale.

 

Donald Trump promet de réduire les financements fédéraux dédiés à la lutte contre le réchauffement. Cela remet-il en cause l’objectif des 100 milliards de dollars par an que les pays riches devront verser aux nations vulnérables à partir de 2020?

 

L’objectif des 100 milliards (89,5 Md€), c’est une promesse faite par les pays développés. Elle reste d’actualité. La question est de savoir comment les pays riches parviendront à collecter cet argent et à en assurer la distribution dans la durée. Nous avons encore deux ans pour répondre à ces interrogations. En attendant, nous devons nous assurer que les milliards déjà mobilisés pour financer l’atténuation ou l’adaptation sont effectivement accessibles et seront bien utilisés par les pays en développement.

 

Avec le retrait annoncé des états-Unis, la Chine peut-elle prendre le leadership des négociations climatiques?

 

Nous sommes désormais dans un monde multipolaire et la bonne mise en œuvre de l’Accord de Paris ne dépend pas que d’un seul pays. Cela implique, au contraire, que tous se mobilisent: Etats, ONG, secteur privé, villes, régions. Cela étant, un leadership chinois est sûrement une bonne chose. L’empire du Milieu voit en effet la lutte contre le réchauffement non comme des coûts supplémentaires mais comme des opportunités économiques et sociales. Il ne faut pas oublier le rôle et le leadership des pays membres du Climate Vulnerable Forum (CVF), celui de l’Inde, ni la transition énergétique en cours en Afrique.

 

Nous regardons aussi avec intérêt une possible alliance trilatérale entre l’Union européenne, le Canada et la Chine. De toute façon, nous n’avons pas le luxe de choisir un leader. Nous devons aller plus vite et plus loin. C’est l’affaire de tous. C’est dans notre intérêt. Le monde des affaires (secteur privé) nous l’a bien rappelé en mettant la pression pour que les Etats-Unis ne sortent pas de l’Accord de Paris.

 

Vous semble-t-il toujours possible de stabiliser le réchauffement à 1,5 °C?

 

Attendons la publication du rapport spécial du Giec[1] [en 2018, ndlr] pour répondre à cette question. Je crois que les vraies questions sont: ‘Quelle doit être la trajectoire d’efforts à fournir et à quel prix’? ‘Quelles sont les opportunités technologiques, financières, de coopération à saisir pour y arriver?’ Cela étant, il ne faut pas perdre de vue le fait que pour beaucoup de pays membres du CVF, la stabilisation à 1,5°C est une question de survie. Le franchissement de ce seuil aura des conséquences auxquelles toute la communauté internationale devra faire face.

 

Il a fallu 4 ans pour écrire les règles d’application du protocole de Kyoto. La rédaction des règles de l’Accord de Paris sera-t-elle aussi longue?

 

C’est vrai, il a fallu tout ce temps pour négocier les règles d’application du protocole de Kyoto, qui ont été consignées dans les Accords de Marrakech [signés en 2001 ndlr]. A cette aune, il paraît très audacieux d’établir les règles de l’Accord de Paris d’ici la fin de 2018. La bonne nouvelle, c’est que nous ne partons pas de nulle part.

 

Nous avons plus de 20 ans d’expériences en matière de mise en œuvre et de négociations. Techniquement, la clé de cette discussion, c’est que les pays comprennent comment les différents éléments et processus créés dans l’Accord de Paris interagissent entre eux. C’est indispensable pour penser et rédiger des règles d’application efficaces et cohérentes. Politiquement, nous devrons redoubler d’efforts pour maintenir l’esprit qui a prévalu lors de la COP 21 et ne pas retomber dans les divisions d’avant Paris.



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



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