La biomasse énergétique, mauvaise pour les Corn Flakes et nos poumons

Le 07 janvier 2013 par Marine Jobert
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Centrale thermique de Drax (UK) consomme 1,5 million de tonnes de biomasse par an.
Centrale thermique de Drax (UK) consomme 1,5 million de tonnes de biomasse par an.
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La valorisation énergétique de la biomasse fait partie intégrante de la politique énergétique européenne visant à réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Problème: sous des dehors climatiques chatoyants, ces substituts naturels au charbon nuisent à la santé et aux grandes cultures.

Publiée dimanche 6 janvier par Nature Climate Change, une étude britannique pointe les effets délétères de la production de biomasse énergétique sur la productivité des autres récoltes, ainsi que sur la santé humaine. Car les arbres à croissance rapide qui finissent dans les chaudières et les centrales thermiques émettent un polluant puissant et potentiellement cancérigène: l’isoprène. Selon une étude américaine, 500 millions de tonnes d’isoprène par an pourraient être ainsi émises dans l’atmosphère. Combiné à d’autres polluants, ce composé organique volatil (COV) participe à la formation d’ozone troposphérique, nocif pour nos bronches et les rendements de blé et de maïs, notamment.

Dans le cadre du paquet Energie-climat de 2008, l’Union européenne s’est engagée à ce que 20% de la consommation d'énergie soit issue des énergies renouvelables. Pour les énergies thermiques (chaleur et production d’électricité), ce sont les taillis à courte rotation qui sont privilégiés. Et ils sont appelés à se développer, avec l’augmentation annoncée des agrocarburants de deuxième génération. Contrairement aux carburants d’origine végétale actuels (souvent issus de soja, de tournesol, de colza, de blé ou de maïs), ils seront produits à partir de la partie ligno-cellulosique des plantes: les tiges des céréales, mais aussi celles des arbustes, ainsi que leurs branches. Avec les besoins croissants de verdissement du secteur des transports, les besoins en taillis à courte rotation vont s’accroître. 

Atteindre les objectifs communautaires, indique l’étude britannique, suppose de mettre en culture 72 millions d’hectares d’arbres à croissance rapide (16 Mha en Europe de l’Ouest, 29 Mha en Europe de l’Est et 27 Mha en Ukraine).

Le problème, c’est que non seulement le changement d’affectation des sols –au détriment des plantations classiques (prairie, cultures vivrières, jachères)– mais aussi les cultures elles-mêmes, plus émettrices d’isoprène que les cultures «classiques», participent à l’accroissement des concentrations d’ozone troposphérique.

Ce gaz est aujourd’hui responsable de la mort prématurée de 22.000 personnes par an en Europe. «Notre étude démontre que la mise en culture de ces 72 millions d’hectares (…) engendrerait la mort prématurée de 1.365 personnes supplémentaires», estiment les chercheurs (soit une hausse de 6% des décès), pour un coût annuel estimé à 7,1 milliards de dollars (5,4 milliards d’euros).

Ces estimations pourraient encore s’aggraver avec le réchauffement climatique, les émissions d’isoprène étant plus importantes pendant les épisodes de chaleur. Sans compter que l’isoprène joue un rôle dans la formation de particules organiques secondaires, aux effets sanitaires délétères.

Mauvais pour notre santé, ce COV n’est pas très bon non plus pour l’agriculture. La productivité du blé (très sensible à l’ozone) et du maïs (moins sensible) décroît significativement à mesure que la concentration d’ozone augmente, ce que démontre également l’étude. Dans l’hypothèse de la mise en culture des 72 Mha (une fois et demi la surface de l’Hexagone), les pertes annuelles de rendement des grandes cultures européennes pourraient atteindre 1,5 Md$ (1,1 Md€): une inflation de 50% par rapport à l’évaluation des dégâts céréaliers causés par la pollution de l’air en 2000.

Au final, c’est toute la stratégie continentale de lutte contre l’ozone qui pourrait être mise à mal par le développement des agrocarburants, préviennent les auteurs. Ceux-ci lancent quelques pistes: une meilleure sélection des cultures vivrières, des arbres génétiquement modifiés pour émettre moins d’isoprène, ou la production d’agrocarburants dans des zones peu peuplées.

 

 



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