La biodiversité toujours plus altérée par le commerce international

Le 04 mars 2019 par Romain Loury
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Des dégâts dont les responsabilités s'internationalisent
Des dégâts dont les responsabilités s'internationalisent

L’impact de la consommation mondiale de biens importés sur la biodiversité ne cesse de s’élever, montre une étude publiée lundi 4 mars ans Nature Ecology & Evolution. Dans les pays du Nord, 90% de ces effets délétères surviennent à l’étranger.

Du fait du commerce international, les impacts environnementaux de nos consommations sont de plus en plus externalisés. C’est le cas pour les émissions de gaz à effet de serre, ce qui a donné naissance au concept d’’empreinte carbone’, cela l’est aussi pour la biodiversité. Dans leur étude, Alexandra Marques, de l’Institut des sciences de l’environnement à Leyde (Pays-Bas), et ses collègues ont tenté de mesurer cette ‘empreinte biodiversité’, et d’analyser son évolution entre 2000 et 2011.

L’extinction des oiseaux comme indicateur

Pour cela, les chercheurs ont utilisé comme indice le nombre d’espèces d’oiseaux à risque d’extinction du fait du changement d’usage des sols, qu’ils ont comparé au volume et à la nature des marchandises échangées à travers le monde au cours de cette période, en fonction de l’impact de leur production sur l’usage des sols.

Selon que l’hypothèse soit ‘conservative’ ou non, le nombre d’espèces d’oiseaux poussées vers l’extinction, du fait de l’usage des sols, est passée de 69 à 74 entre 2000 et 2011 (+7%), ou de 118 à 121 (+3%). En 2011, la séquestration de carbone dans les sols a diminué de 3,4 milliards de tonnes (GtC), contre 3,2 GtC en 2000, une hausse de 6%.

Elevage bovin, huile de palme et soja en tête

Si l’élevage bovin demeure le premier responsable de l’extinction des espèces (avec une part de 28%), la hausse des impacts sur la biodiversité est avant tout le fait de certaines cultures agricoles, soja et huile de palme en tête. Quant à la baisse de séquestration du carbone, elle est en premier lieu le fait, à hauteur de 30%, de l’exploitation forestière, que ce soit pour le bois matériau ou le bois combustible.

Seul point positif, les chercheurs mettent en évidence un léger découplage entre consommation et baisse de la biodiversité: pour chaque unité de produit intérieur brut, les dommages ont diminué entre 2000 et 2011, en raison de l’intensification agricole[i]. Cet effet est toutefois anéanti par la croissance économique et la hausse démographique des pays émergents, toujours plus friands de viande rouge.

L’Asie-Pacifique, responsable d’un quart des dégâts

La région Asie-Pacifique, principalement représentée par la Chine, compte pour une part croissante dans les dégâts à la biodiversité liés au commerce international: 23% en 2011, contre 13% en 2000. Dans le même temps, l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord, dont les dégâts (importés pour 90% d’entre eux) ont temporairement été freinés par la crise de 2008, ont vu leur part passer de 69% en 2000 à 48% en 2011.

Du côté des ‘exportateurs’ de dégâts à la biodiversité, l’Amérique latine est la plus touchée: 33% des atteintes à la biodiversité y sont liées à des produits vendus à l’international. En Afrique, cette part s’élève à 26%.

Une empreinte biodiversité à mieux intégrer

Selon les chercheurs, ces résultats devraient inspirer les discussions en vue de la stratégie post-2000 de la Convention sur la diversité biologique (CBD), qui fera suite aux objectifs d’Aichi et sera présentée en 2020 lors de la COP15 de Pékin.

«Des études similaires attribuant les émissions de GES liées au commerce international ont eu de l’importance lors des négociations sur les engagements à atténuer le changement climatique. Des mesures qui réduiront l’impact environnemental de l’homme ne seront efficaces que si elles tiennent compte du fait que ces effets surviennent souvent loin de l’endroit où les biens sont consommés, du fait de l’internationalisation des chaînes d’approvisionnement», commente Tim Newbold, biologiste à l’University College de Londres, dans un éditorial.



[i] Faute de données, les chercheurs n’ont en revanche pu calculer l’impact sur la biodiversité de cette intensification agricole, ce qui conduit probablement à une sous-évaluation des dommages réels.

 



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