La biodiversité sous les projecteurs en 2010
Le 11 janvier 2010 par Sabine CasalongaL’année internationale de la biodiversité sera officiellement lancée ce lundi 11 janvier à Berlin. Après l’échec de Copenhague en 2009, les décideurs mondiaux parviendront-ils en 2010 à sauver les espèces en déclin? La France a décrété prioritaires les deux enjeux de l’agenda international: la création d’un «Giec» de la biodiversité et l’évaluation de sa valeur économique.
L’année 2010 sera placée sous le signe de la biodiversité (1). L’objectif? Freiner le déclin des espèces dû aux activités humaines, inédit dans l’Histoire, dont le taux est estimé à plus de 1.000 fois celui de la progression naturelle, rappelle le programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) dans son communiqué du 1er janvier. Avec de nombreux événements organisés dans le monde entier, l’ambition de cette année internationale est de sensibiliser le grand public à la biodiversité ainsi qu’à son rôle vital pour l’homme, en vue de faire pression sur les décideurs. Les experts déplorent souvent la méconnaissance de cet enjeu environnemental, notamment par rapport au changement climatique.La volonté de création d’un «Giec» de la biodiversité -ou Plate-forme intergouvernementale science-politique sur la biodiversité et les systèmes écosystémiques (IpBes)- sur le modèle du panel d’experts sur le climat, s’inscrit dans cette ligne. La France, à l’origine de cette initiative, en a fait un cheval de bataille pour 2010. Si un grand pas a été franchi à Nairobi (Kenya) en octobre, des réticences restent à lever d’ici la prochaine réunion du Pnue en avril (2).
La définition d’une valeur économique de la biodiversité et des services rendus par les écosystèmes représente le deuxième enjeu, selon les experts. Le premier rapport Teeb (Economie des écosystèmes et de la biodiversité) a estimé entre 2 et 4,5 billions de dollars par an le coût de la perte de «capital naturel» causée par la déforestation et la dégradation des écosystèmes. Un autre volet publié en novembre a estimé qu’un investissement annuel de 45 milliards $ pour développer les zones protégées apporterait à terme un gain de l'ordre de 4 à 5.000 milliards $/an (3). Le rapport Teeb final sera publié fin 2010. «Les politiques et la société souhaitent que soit fixée une valeur à la biodiversité, mais il est difficile de répondre à cette forte demande car les outils économiques ne sont pas adaptés», souligne Jean-Michel Salles, agronome et économiste au CNRS de Montpellier et collaborateur du rapport Chevassus-au-Louis (5).
En France, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) sera à l’initiative de diverses actions de sensibilisation en 2010 telles que la création d’un site web et d’une exposition itinérante, a-t-on appris lors d’une conférence de presse jeudi 7 janvier. Robert Barbault, chercheur au CNRS et au Muséum national d’histoire naturelle (Mnhn) a insisté sur le rôle du lien existant entre la science de la conservation des espèces et la société, comme l’a démontré le programme Stoc (suivi temporel des oiseaux communs) «qui a mobilisé plus de 1.000 ornithologues citoyens». Alain Pavé qui dirige le programme Amazonie du CNRS en Guyane, a insisté sur le rôle de la modélisation: «Modéliser la biodiversité permettra de mieux comprendre, gérer et prévoir, et de progresser dans les négociations internationales».
Pour la ligue Roc présidée par Hubert Reeves, «2010 doit être l’année d’un nouvel élan» alors que l’objectif de freiner l’érosion de la biodiversité d’ici 2010 auquel s’était engagée la Communauté Internationale en 2002 n’a pas été atteint. Dans un communiqué du 5 janvier, l’ONG propose 8 points clefs dont la création du «Giec» de la biodiversité, la préparation d’une stratégie nationale sur la biodiversité post-2010; la mise en place d’instruments économiques et fiscaux dédiés ainsi que la mise en place de la Trame verte et bleue (TVB). A l’échelle nationale, l’attention portera en effet sur cet engagement du Grenelle, dont les modalités d’application devront être précisées cette année pour une mise en place en 2013 (4). «Le vrai bénéfice de la TVB est d’ouvrir un espace de débats et d’échanges dans la société», estime Robert Barbault.
Un colloque à l’Unesco à Paris avec les chefs d’Etat les 21 et 22 janvier marquera la première étape de cette année thématique. Le point culminant sera l’Assemblée générale des Nations unies en septembre à New York -qui verra ou non la création de l’IpBes- puis la réunion de la Convention sur la diversité biologique (CBD) à Nagoya au Japon en octobre où doit être adoptée une stratégie pour l'après 2010 [voir encadré] avant la clôture en décembre 2010 au Japon.
(1) La biodiversité se définit comme l’ensemble des espèces vivantes et leurs interactions
(2) Dans le JDLE «Le ‘Giec’ de la biodiversité pourrait voir le jour en 2010»
(3) Dans le JDLE «Protéger la biodiversité est rentable, selon le rapport Teeb»
(4) Dans le JDLE «Trame verte et bleue: inquiétude des agriculteurs»
4 réactions
Cingal Georges | 15/01/2010 - 19H22
Vice Président du Bureau Européen de l'Environnement Un seul exemple : la France qui avait indiqué que la LGV au sud de Bordeaux suivrait la ligne ferroviaire existante soutient un autre tracé, donc une nouvelle grande balafre dans la forêt d'Aquitaine, la destruction de quelque zones humides préservées, la perturbation des réseaux hydrographiques et des nappes souterraines ... Toujours biblique la France ! la main gauche ignore ce que fait la main droite ! Dans quel département français protège-t-on vraiment la biodiversité autrement qu'avec de belles paroles ?
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raymond schirmer | 12/01/2010 - 13H05
beau débat presque impossible mais en cours Le cas de John Moore représente une parabole explicite de la marchandisation du vivant. Elle a permi, parceque la justice américaine a du se prononcer, quelques avancées mais les juristes et les philosophes continuent à s'arracher les cheveux. Plus près de nous la loi du 10 juillet 1976 sur la protection de la nature demande l'estimation du coût des mesures compensatoires (dans le cadre des études d'impact). Mais il ne s'agit pas d'un "coût directe de biodiversité, telle espèces par ex" mais toujours d'une moins value d'activités humaines obligées de lever le pied pour permettre une meileure expression de la nature.
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claude duport | 12/01/2010 - 11H54
Valeur de la biodiversité? Cela me semble une érésie de vouloir quantifier la valeur de la biodiversité: comment donner un prix pour un papillon ou une fleur menacés de disparition. On arrive à donner un prix à une oeuvre d'art par le principe de l'offre et de la demande mais pour un papillon, qui va lancer les enchères? Calculer la valeur sur la perte de profit possible: une plante qui disparait implique que la possible trouvaille d'une propriété importante (pour la santé par exemple) ne se fera pas, curieux calcul et on a déje tellement piraté les connaissances ancestrales des" peuples anciens"...Donc on va créer des sanctuaires et pendant ce temps les "semences Baumaux" s'acharnent contre un protecteur de la biodiversité: l'assos Kokopelli qui à le tord de continuer à sauvegarder des semences anciennes. Ces semences anciennes n'étant la propriété de personne mais faisant partie de notre patrimoine commun. Mais voila le vilain principe: "propriété de personne" mais de tous, cela heurte les principes du Dieu Profit.
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PICOT Robert | 11/01/2010 - 18H44
De Charybde en Scylla Au nom de la lutte contre l'effet de serre nous mettons des biocarburants dans nos voitures pour réduire les emissions de CO2 fossiles. Il en résulte une concurrence accrue avec les cultures vivrières (maïs au Mexique) et une déforestation rapide pour exploiter (gaspiller?) le bois et récuperer des terres agricoles qui seront cultivées avec moults engins utilisant des carburant fossiles, des pesticides et des OGM de plantes résistantes aux insecticides qui porteront un coup de plus à la biodiversité. Il est utile de soigner les conséquences de la folie humaine en créant des réserves de biodiversité mais il faudrait surtout s'attaquer aux causes du mal : le toujours plus d'énergies et de richesses. Il y a malheureusement trop de pétrole, de charbon, de schistes bitumineux et de richesses dans le ventre de la terre accumulés pendant des millions d'années pour que nous ne les exploitions pas beaucoup trop vite pour que la terre puisse absorber nos excès. l'humaité prend lentement conscience de la gravité de la situation. Irons nous assez vite à freiner nos débordements en tout sens (pêche industrielle, exploitation forestière, urbanisme consommateur d'énergie...)
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