La biodiversité menacée par les tolérances du ministère

Le 10 décembre 2015 par Hélène Huteau
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La Grive à pieds jaunes sera-t-elle chassée cette année en Guadeloupe?
La Grive à pieds jaunes sera-t-elle chassée cette année en Guadeloupe?

Nombreuses sont les exceptions quand il s’agit de prélèvement d’animaux protégés ou en déclin. Qu’en sera-t-il de la biodiversité ordinaire, qui fait aussi partie du programme de reconquête du projet de loi?

Bonne nouvelle pour les protecteurs de la nature: le projet de loi pour «la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages», et qui doit acter la création de l’Agence de la biodiversité, sera bien examiné au Sénat mi-janvier et voté cet l’été, a rassuré Ségolène Royal dans un communiqué, le 8 décembre. Les ONG s’inquiétaient d’un éventuel énième report. L’Agence de la biodiversité sera-t-elle plus apte à faire de la France une terre accueillante pour les espèces protégées ou menacées?

 

Loups et bouquetins sacrifiés

Cette époque de débat parlementaire rend, en effet, d’autant plus flagrantes les atteintes faites aux espèces rares et notre inaptitude à vivre avec elles et à les protéger. A commencer par le loup, espèce emblématique de la nature sauvage, qui avait un temps disparu de notre territoire et dont on autorise l’abattage sous le motif de protection des troupeaux. Le collectif d’associations CAP Loup a écrit à la ministre le 7 décembre, la prévenant que selon leurs comptes, le quota de 36 loups à abattre décidé par le ministère avait été atteint. L’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) a mis en évidence que les mesures de protection minimales des troupeaux de moutons n’étaient pas prises, en diffusant sur internet une vidéo, tournée dans plusieurs communes rurales des Alpes, où des clôtures sont à terre et des troupeaux sans chien de garde.

 

Autre espèce protégée, les bouquetins du massif de Bargy, ont fait l’objet d’une décision d’abattage sans distinction par le préfet de Haute-Savoie, pour raisons sanitaires, alors qu’on estimait aux deux tiers la proportion d’animaux malades sur 300 individus. Pire, les associations ont estimé que le «remède» allait aggraver les risques en entrainant la fuite des animaux contaminés sur le massif voisin. Le président de la région Jean-Jack Queyranne a dû intervenir auprès du Premier ministre, pour qu’une méthode plus sélective soit privilégiée.

 

Tolérance des traditions

Quand ce ne sont pas des raisons économiques et sanitaires, les traditions prennent encore le dessus sur les protections légales européennes (directive Oiseaux) et nationales. C’est le cas pour les ortolans, chassés tous les ans dans le Sud-ouest. Plus récemment, la mésaventure de militants de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), dans les Landes, agressés à coups de pelle par des chasseurs (en slip!), a fait savoir via les réseaux Internet que le piégeage de pinsons était un loisir courant et qu’on massacrait les chardonnerets qui s’y faisaient accidentellement prendre: ces espèces sont protégées depuis 1976. La LPO fait d’ailleurs circuler, depuis août, une pétition via le site Avaaz contre «le massacre illégal des oiseaux familiers», qui a recueilli pour l’heure plus de 122.000 signatures. Elle est destinée à François Hollande –lequel a déclaré vouloir faire de la France un pays exemplaire en matière de biodiversité. Pour le président de la LPO, Allain Bougrain-Dubourg, c’est l’Etat qui est responsable: «Chaque année, l’Etat demande à la police de la nature (ONCFS[1]) de ne pas constater les infractions en invoquant ce qu’il appelle la ‘tolérance’».

 

Quant à la biodiversité ordinaire, elle doit sa protection aux bonnes volontés. On sait pourtant que le nombre d’espèces menacées augmente à un rythme que ne peuvent suivre les protections légales. En ce moment, c’est la grive à pieds jaunes qui est sur la sellette, menacée de reconduite de chasse par le préfet de Guadeloupe. Cette espèce endémique de trois îles des Caraïbes (encore 4 l’an dernier) a été classée sur les listes rouges mondiale et nationale de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN). Trois associations, (Association pour la sauvegarde et la réhabilitation de la faune des Antilles [Asfa], Aspas et LPO) ont déposé un recours au tribunal administratif, comme l’an dernier, pour suspendre la chasse. «Nous avons écrit deux fois au ministère pour que cette grive soit protégée nationalement, mais nous n’avons pas eu de réponse», se désole Béatrice Ibéné, naturaliste de l’Asfa en Guadeloupe.



[1] ONCSF: Office national de la chasse et de la faune sauvage

 



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