La biodiversité marine au rapport

Le 03 août 2010 par Thérèse Rosset
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Durant 10 ans, une équipe internationale a mené une inspection générale des mers. Les résultats du programme de recherche international sur la biodiversité marine « Census of Marine Life » ont été publiés le 2 août dans la revue PLoS ONE. Les chercheurs estiment à 230.000 le nombre d’espèces connues habitant les mers du globe. En attendant celles qui restent à découvrir.

 

C’est un travail de triton auquel se sont livrés les biologistes marins réunis par le docteur Mark John Costello, de l’université d'Auckland, en Nouvelle-Zélande. Ces 10 dernières années, 360 chercheurs ont passé au crible 25 régions[1] maritimes. « A la fin de notre étude, beaucoup d’organismes océaniques restent sans nom et leur nombre inconnu », reconnaît Nancy Knowlton, biologiste au Smithsonian Institute. « Ce n’est pas un aveu d’échec, l’océan est si vaste qu’après 10 ans de travail, nous avons seulement des photos de ce que la mer contient », a déclaré la chercheure.

L’Australie est la région la plus riche au monde, avec 32.889 espèces. Suivent le Japon (32.777), la Chine (22.365) et la mer Méditerranée (16.848). Même dans ces régions, la connaissance des plantes et animaux marins reste faible. 90 % de la vie marine est inconnue dans la zone économique exclusive d’Australie. Au Japon, 70 % des espèces n’ont pas encore été décrites. Même constat en Europe où les trois quarts des espèces vivant dans les eaux profondes de la Méditerranée ne sont pas étudiées.

La famille des poissons est de loin la plus connue : 70 % de sa population est d’ores et déjà recensée. Les chercheurs repèrent 100 nouvelles espèces chaque année.

« Nous devons accroître plus rapidement notre connaissance sur la biodiversité inconnue. Le partage international de données, d’expertises et d’outils accompli par le Census of Marine Life est le moyen le plus rentable d’y parvenir », constate Patricia Miloslavich, de l’université Simon Bolivar au Venezuela.

Malgré ces lacunes, les scientifiques ont désormais une meilleure idée de la structuration de la vie marine. Vainqueurs incontestables du recensement : les crustacés ! Crabes, écrevisses, homards et crevettes grises représentent 19 % de la population sous-marine ; juste devant les mollusques. Pieuvres, calamars, limaces, escargots et couteaux composent 17 % de la biodiversité marine. Les poissons (requins compris) arrivent à la 3e place avec 12 % des espèces observées. Parmi elles, la vipère marine (Chauliodus sloani) est la plus répandue. Ce « poisson » a été retrouvé dans plus d’un quart des eaux du monde.

La Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Antarctique et l’Afrique du Sud possèdent le plus grand nombre d’espèces endémiques. Dans les eaux néo-zélandaises et antarctiques, une espèce sur deux est indigène.

La Grande bleue détient le record d’espèces invasives. 600 « espèces aliènes » originaires de mer Rouge s’y sont invitées en passant par le canal de Suez, via les ballasts ou les ancres des navires.

Cet inventaire poussé permet de mesurer l’étendue des connaissances sur la biodiversité des mers. Mais son intérêt va bien au-delà des statistiques. Les résultats serviront de base « pour mesurer les bouleversements que l’humanité et la nature causeront », selon le rapport.

Ce recensement répondait à un véritable besoin en raison du déclin des espèces, qui va jusqu’à 90 % pour certaines d’entre elles. Les baleines, tortues, morses, lions de mer, oiseaux de mer et phoques ne constituent plus que 2 % de la catégorie « autres vertébrés », représentant elle-même seulement 2 % des 230.000 espèces.

 « Les principales menaces pour la faune et flore marine sont la surpêche, la perte de lieux d’habitat, les espèces invasives, la pollution. Le réchauffement de l’eau, son acidification, le manque d’oxygène dans certaines zones aquatiques constituent des dangers émergents », déplore le rapport. De même, l’urbanisation côtière, la disparition des sédiments engendrent de l’eutrophisation. Au titre des zones devenues les moins hospitalières aux animaux marins : la mer Méditerranée, le golfe du Mexique, les côtes chinoises, la mer Baltique et les Caraïbes.

Quelles que soient les données manquantes pour établir un panorama exhaustif de nos océans, les scientifiques se présentent clairement comme porte-parole des « citoyens des mers, dépourvus de droit de vote national ou international, et qui pourtant ont besoin d’être entendus », estime Nancy Knowlton, biologiste du Comf.

 

 

 



[1] Antarctique, Atlantique coté Europe, Australie, mer Baltique, Brésil, Canada (Est, Ouest et Arctique), mer des Caraïbes, Chine, océan Indien, Japon, mer Méditerranée, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Amérique du Sud (Pacifique Est tropical, Atlantique Ouest tropical), Corée du Sud, le courant Humboldt, plateau continental de Patagonie, USA (Nord-est, Sud-est, Hawaï, golfe du Mexique, Californie)



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