La biodiversité de Nouvelle-Aquitaine, malade de l'agriculture intensive

Le 18 juin 2018 par Marine Jobert
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La Nouvelle-Aquitaine, 15% de la SAU française.
La Nouvelle-Aquitaine, 15% de la SAU française.
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La première région agricole du pays veut une photo fidèle de l’état de sa biodiversité et de ses rôles dans les activités humaines. Premier volet de ce travail destiné à objectiver le débat et engager des politiques publiques: les effets de l’agriculture en plaine et en grandes cultures.

Des données régionales, objectives, «qui ne souffrent plus d’aucune contestation». La Nouvelle-Aquitaine a dévoilé ce 18 juin le premier chapitre d’Ecobiose, qui vise à produire d’ici avril 2019 un état complet des connaissances sur la biodiversité et ses rôles dans la production de services pour l’économie, la culture, les sociétés et les enjeux territoriaux de la région. A l’instar de la démarche régionale lancée en 2013 sur le climat, cette déclinaison territoriale de l’IPBES[1] aspire à «identifier les leviers de décisions pour les politiques publiques régionales à venir». Le premier opus, coordonné par Vincent Bretagnolle (CNRS) et Sabrina Gaba (Inra[2]), est consacré au socio-écosystème des plaines et grandes cultures. En termes choisis et scientifiquement étayés, un pavé dans la mare de l’agriculture intensive.

Alain Rousset et Loïg Chesnais-Girard ont fait des offres de service à Emmanuel Macron la semaine passée pour que la Nouvelle-Aquitaine et la Bretagne deviennent des régions-pilotes pour le retour des abeilles et des pollinisateurs. Sans qu’on sache encore vraiment en quoi cela consistera.

Biodiversité en berne

Car dans la première région agricole du pays (où les céréales occupent un tiers de la surface agricole utile, suivies de près par les oléo-protéagineux), les constats fondés sur une revue de la littérature scientifique sont, sans surprise, inquiétants. En Nouvelle-Aquitaine peut-être plus qu’ailleurs encore, les oiseaux, les insectes et les reptiles sont en déclin prononcé depuis 25 ans (de 35% à 90% selon les taxons), à l’instar des constats réalisés en France et en Europe. La qualité des sols se dégrade, ce qui nuit tant à la production de biomasse (et donc aux rendements), qu’à la rétention de l’eau dans les sols et à leur épuration (minéralisation de l'azote organique, nitrification et dénitrification...). «L’activité des vers de terre par exemple, notamment en situation d’azote limitant, permet[trait] d’augmenter les rendements de 25%», détaille Vincent Bretagnolle.

Modèle pervers

Et si Alain Rousset, le président de la région, ne goûte pas «les fatwas» -comprenez, la désignation de responsables-, il n’en demeure pas moins que l’agriculture intensive, les parcelles en expansion constante, l’élevage hors-sol et son corollaire, les intrants et les pesticides, sont sur le banc des accusés. En langage scientifique, cela s’énonce ainsi: «Le rôle positif de la biodiversité dépend de la présence d’habitats semi naturels (bosquets, haies, friches) et d’une flore spontanée diversifiée car elle est à la base de l’ensemble des réseaux trophiques». Avec des chiffres: «La pollinisation par les insectes (abeilles) augmente les rendements (30 à 40%) et les revenus (200 à 300 euros) en oléo-protéagineux (colza, tournesol)». Plus philosophique: «[Ces constats] appellent à faire un bond culturel et à prendre infiniment plus de soin de la vie qui nous entoure», comme le dit Nicolas Thierry, vice-président à la région, en charge des questions d’environnement et de biodiversité. Sans langue de bois, Alain Rousset précise: «Nous sommes dans un modèle dont la perversité devrait nous alerter. (…) Je pense qu’un jour, ceux qui [auront incité] à l’utilisation de trop de pesticides auront des comptes à rendre».

Vers l’agro-écologie

La parole est forte. Et dans les actes? «La région n’a pas de pouvoir réglementaire, mais elle a des moyens financiers et mène des politiques publiques assorties de conditionnalités», rappelle le président de région, qui plaide pour l’accompagnement des agriculteurs vers l’agro-écologie. Si les mêmes constats d’une biodiversité sur le déclin peuvent être partagés à l’échelle nationale, «les préconisations doivent être territorialisées, car elles dépendent de conditions pédoclimatiques locales, souvent même à de petites échelles», souligne Vincent Bretagnolle. Avec un budget consacré à l’agriculture de 80 M€, auxquels s’ajoutent des crédits européens, «l’effet de levier» n’est pas décisif, reconnait Alain Rousset. «Mais le monde économique peut s’adapter très vite et nous finançons des solutions alternatives.»



[1] Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques

[2] CNRS: Centre national de la recherche scientifique; Inra: Institut national de la recherche agronomique

 



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