La biodiversité corallienne, question d’héritage

Le 03 juin 2014 par Romain Loury
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Les paléo-récifs, à l'origine de la biodiversité
Les paléo-récifs, à l'origine de la biodiversité

La biodiversité des poissons marins tropicaux s’explique avant tout par l’ancienneté des récifs coralliens, et non par de simples critères de température et de salinité, révèle une étude française publiée dans la revue Science.

En termes de biodiversité marine, difficile de surpasser le «Triangle de corail», zone comprise entre l’Indonésie, les Philippines et l’Australie: comparée aux Antilles, dans l’Atlantique, la différence atteint un facteur 10. Ce phénomène demeure un mystère pour les scientifiques, les conditions de température et de salinité différant peu entre les deux régions.

Or l’explication n’est pas tant à chercher dans le présent que dans le passé, révèle l’étude menée par l’équipe de David Mouillot, du laboratoire Ecologie des systèmes marins côtiers de Montpellier [1]. Fruit d’une collaboration avec des chercheurs suisses, danois et australiens, ces travaux démontrent l’importance des récifs coralliens «refuges», ceux ayant résisté aux 30 périodes glaciaires qui se sont succédées ces3 trois derniers millions d’années.

Par analyse des carottes de sédiments, les chercheurs ont reconstitué l’historique des récifs. Or c’est justement là où ont subsisté ces «paléo-récifs», survivant aux glaciations, que l’on trouve la plus grande biodiversité actuelle: dans le Triangle de corail, dans la mer Rouge, à Madagascar et aux Maldives. Selon leurs calculs, le facteur «distance des paléo-récifs» explique à lui seul 62% des variations de biodiversité.

Des récifs «musées» et «berceaux»

Raison à cela: ces récifs coralliens ont non seulement servi de «musées» lors des périodes glaciaires, mais ils ont aussi joué le rôle de «berceaux», en permettant aux poissons de recoloniser les alentours une fois les beaux jours revenus. Ce qui explique pourquoi les Antilles, qui ne recèlent pas de paléo-récifs, présentent une bien moindre biodiversité de poissons.

Autre élément en faveur du phénomène «berceau», l’analyse menée sur 3trois familles regroupant de nombreuses espèces, à savoir les poissons demoiselles, les poissons papillons et les labres. Selon les chercheurs, un «point de cassure» est observé pour chacun d’entre eux à une certaine distance des paléo-récifs: au-delà, la biodiversité y devient bien moindre. Or cette distance est bien plus faible chez les poissons demoiselles dont l’aptitude à coloniser d’autres espaces est réduite.

Interrogé par le JDLE, David Mouillot explique que si certains récifs ont suffisamment supporté les périodes glaciaires pour abriter la biodiversité, ce sont ces mêmes coraux qui seront les plus sensibles à la hausse des températures. S’il est pour l’instant difficile de prévoir l’impact du réchauffement en cours, le chercheur estime qu’il faut non seulement préserver les «habitats-clés», mais aussi les «corridors» qui permettent une recolonisation des environs.

[1] Ce laboratoire montpelliérain est affilié au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), aux universités Montpellier I et II, ainsi qu’à l’Institut français de recherche pur l’exploitation de la mer (Ifremer).



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