La biodiversité, angle mort de la COP 21?

Le 11 décembre 2015 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Dans les allées de la "zone bleue"
Dans les allées de la "zone bleue"
VLDT

La cause est entendue: le réchauffement climatique constitue un risque majeur pour la biodiversité et ses effets sont déjà très perceptibles. S’il leur semble évidemment indispensable d’atténuer les émissions au plus vite, plusieurs experts mettent en garde contre les dégâts collatéraux que pourraient avoir certaines solutions au réchauffement, dont les renouvelables et les biocarburants.

Certes, la place de la biodiversité dans la COP 21 aura été assez modeste: une seule mention, très générale, dans le projet d’accord publié jeudi 10 décembre, trois événements parallèles («side events»). Du moins si l’on excepte ceux consacrés à la forêt et à la séquestration de carbone dans les sols, envisagés uniquement au titre de puits de carbone.

La situation n’a rien d’étonnant, ni même de choquant: «Les négociateurs ne peuvent pas se laisser distraire par d’autres préoccupations» que les émissions de gaz à effet de serre (GES) et le climat, juge David Cooper, secrétaire exécutif adjoint de la Convention sur la diversité biologique (CDB), interrogé vendredi 11 décembre par le JDLE en marge d’une conférence aux Espaces générations climat sur la biodiversité et le climat [1].

Pour lui, l’essentiel est que l’accord permette de «renforcer l’atténuation des émissions de GES, grâce à cette réévaluation des INDC [2] tous les 5 ans», afin de limiter le réchauffement au plus bas niveau. Mais tout en évoquant la menace climatique sur les espèces, certains experts évoquent la possibilité que l’atténuation des émissions ait ses propres effets collatéraux.

Renouvelables et biocarburants

Parmi eux, la chercheure Virginie Maris, du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE, CNRS/université de Montpellier). Dans une intervention filmée, la philosophe de l’environnement évoque le risque suscité par les centrales solaires et par les biocarburants en termes de déforestation –elle-même défavorable en matière de GES-, ou par les centrales hydroélectriques sur les écosystèmes d’eau douce.

De tels dilemmes pourraient devenir courants si l’humanité, après avoir brûlé des carburants fossiles à outrance, se prenait enfin de passion pour les renouvelables. Pour David Cooper, «il y aura forcément des compromis, certaines solutions auront bien sûr un effet sur la biodiversité». Raison pour laquelle il faudra, outre une décarbonation énergétique, favoriser le stockage, l’efficacité et la sobriété.

Des effets localisés

A la différence du réchauffement climatique en cours, dont les effets sont globaux, «ces effets seront avant tout localisés, et il est possible de les atténuer: c’est ce que fait l’association BirdLife, souvent consultée afin que les fermes éoliennes ne soient pas implantées sur des sites de passage», note David Cooper.

Pour Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), «il ne faudra pas oublier la biodiversité dans les solutions». «En tant que chercheurs, notre porte d’entrée c’est de faciliter les collaborations scientifiques, par exemple entre les experts du Giec et de l’IPBES», incités à collaborer sur des modèles communs afin de mieux évaluer les interactions climat-biodiversité, ajoute-t-il [3].

Dans un appel diffusé à l’occasion de la COP 21, la FRB appelle d’ailleurs à ne pas segmenter les problèmes environnementaux: «Régler le défi climatique sans régler le défi de l’érosion de la biodiversité laisserait l’humanité au milieu du gué la menant à un avenir durable», juge-t-elle.

 

[1] Egalement au Bourget, les Espaces générations climat (EGC) ne se situent pas dans la zone onusienne (la «zone bleue», où se tiennent les négociations), et étaient ouverts au grand public du 1er au 11 novembre.

[2] Intended nationally determined contributions (contributions décidées à l’échelle nationale)

[3] Giec: Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. IPBES: Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus