La biodiversité a enfin son « Giec »

Le 21 décembre 2010 par Célia Fontaine
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Les missions confiées à la nouvelle plateforme IPBES sont ambitieuses.
Les missions confiées à la nouvelle plateforme IPBES sont ambitieuses.

L’année de la biodiversité s’achève sur une nouvelle note positive. L’Assemblée générale des Nations unies (AGNU) a officiellement lancé aujourd’hui 21 décembre la plate-forme intergouvernementale scientifique et politique dédiée à la biodiversité.

« La sauvegarde de la biodiversité est enfin reconnue comme un enjeu majeur par les nations du monde », se réjouit le ministère de l’écologie dans un communiqué du 21 décembre.

Car l’imprononçable «Intergovernmental Platform on Biodiversity and Ecosystem Services[1] », dite IPBES, sera à la biodiversité ce que le Giec[2] est au climat, c'est-à-dire une véritable interface mondiale entre la science et les décideurs.

Tout d'abord portée par l'Union européenne et défendue par la France dès 2005 (dans le JDLE), cette initiative a ensuite été longuement débattue dans les couloirs onusiens. Les gouvernements avaient donné leur feu vert à l’établissement de la plate-forme IPBES lors d’une réunion en juin dernier à Busan (Corée), mais il fallait une résolution adoptée par l’AGNU pour le rendre effectif. C’est désormais chose faite.

Le nouveau mécanisme international permet à la communauté scientifique d'éclairer les décideurs politiques et le grand public sur les enjeux environnementaux, sociaux, mais aussi Economiques, liés à la préservation de la nature. Sujet complexe et difficile à appréhender, « l'érosion des espèces animales comme végétales est souvent silencieuse, peu perceptible et ses effets à long terme (…) sont parfois irréversibles », rappelle le ministère de l’écologie.

En 2010, les sujets relatifs à la perte de la biodiversité n’ont pas manqué : diminution des stocks de poissons (dans le JDLE), disparition des insectes pollinisateurs (dans le JDLE), des plantes (dans le JDLE) ou d’espèces emblématiques comme le tigre (dans le JDLE)… Cela montre que les politiques commencent à prendre conscience « des nombreux services rendus par la biodiversité pour le bien être de l'humanité », comme l’indique le ministère.

La nouvelle plate-forme indépendante IPBES doit éclaircir le rôle précis des animaux, des plantes, des insectes, et même des microbes, au sein des écosystèmes et leurs fonctions en ce qui concerne les services générés, allant de la purification de l'eau à la fertilité des sols.

La mission qui lui est confiée est similaire à celle du Giec sur le principe, mais elle est plus ambitieuse dans la mesure où elle devrait commencer par combler les lacunes de connaissances, via le soutien des pays du Nord à la construction de capacités d’expertise dans les pays du Sud (dans le JDLE).

« Le nouveau corpus permettra de faire le pont entre la connaissance scientifique sur l’accélération du déclin et de la dégradation du monde naturel, et les solutions effectives des gouvernements pour inverser la tendance », note le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) dans un communiqué du 21 décembre.

Parmi ses nombreuses attributions, IPBES devra réunir les informations scientifiques de haut niveau sur les services rendus par la biodiversité émanant des instituts de recherche du monde entier, et les compiler dans des rapports qui seront rendus aux gouvernements.

« Ces rapports ne couvriront pas seulement l’état, le statut, les tendances des écosystèmes. Ils souligneront également les politiques de transformation envisageables et les réponses pour apporter un véritable changement », précise le Pnue.

Pour y arriver, l’IPBES devra établir des priorités parmi la myriade d’études[3] déjà fournies par les instances des Nations unies, les centres de recherche, les universités, etc., qui relatent les services qu’offrent la biodiversité et les écosystèmes. Si un grand nombre de ces rapports sont importants, ils ne sont pas toujours faciles à décliner en décisions concrètes. C’est pourquoi l’IPBES aura pour mission de clarifier les informations recueillies.

Les autres attributions de la nouvelle plate-forme consistent notamment à porter à la connaissance des gouvernements les « nouveaux sujets » scientifiques en soulignant les points qui nécessitent plus de recherche. Les chercheurs regrettent en effet le fait que certains sujets mettent parfois trop de temps à sortir des cercles fermés des experts pour arriver jusqu’aux décideurs. Par exemple, la preuve de l’existence des zones marines mortes[4], ces étendues océaniques dépourvues d’oxygène et de vie. Il en va de même en ce qui concerne les biocarburants. « L’IPBES pourra apporter des avertissements plus rapidement sur ces nouveaux sujets avant que les décisions gouvernementales ne soient prises », précise le Pnue.

Enfin, l’IPBES rassemblera des fonds pour aider les scientifiques à construire des évaluations pointues dans les pays en voie de développement via, par exemple, des récoltes de fonds des agences des Nations unies, des fondations et d'autres sources.

Le Pnue réunira les gouvernements en plénière en 2011 pour décider notamment quel pays hébergera l’IPBES.



[1] Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique en matière de biodiversité et de services écosystémiques

[2] Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat

[3] Par exemple, le rapport « Millennium Ecosystem Assessment », « l'Evaluation internationale des sciences et technologies agricoles pour le développement »; le rapport du Pnue « Global Environment Outlook », le rapport « Global Biodiversity Outlook » et « l'Evaluation mondiale des ressources forestières ». Les autres rapports incluent « l'Etat des ressources zoogénétiques dans le monde pour l'alimentation et l'agriculture », « l'Economie des écosystèmes et de la biodiversité » et enfin « la Liste rouge des espèces menacées de l'UICN ».

 

[4] Les zones hypoxiques (dépourvues d’oxygène) sont situées dans les fonds marins, où s’est produit le phénomène d’eutrophisation (accumulation de substances nutritives chimiques).



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