La Belgique entame sa révolution climatique

Le 12 février 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le Roi Philippe soutient les manifestants pro-climat.
Le Roi Philippe soutient les manifestants pro-climat.
La Monarchie belge

 

Sur fond de contestation populaire, les partis écologistes wallon et flamand tentent de faire adopter une proposition de loi réformant la gouvernance climatique du royaume.

 

Pour lutter contre le réchauffement, comme pour le reste, la Belgique est paralysée par son extrême fédéraliste. Le royaume compte ainsi 4 ministères de l’environnement. Et les membres de l’exécutif fédéral, wallon, flamand et bruxellois ne sont évidemment pas toujours d’accord entre eux. «Cela pose notamment des problèmes lorsqu’il s’agit de partager le fardeau climatique entre les régions», précise François Gemenne, chercheur à Sciences-Po Paris et ancien négociateur Climat du gouvernement belge.

Faute d’accord entre les régions, le royaume n’a toujours pas envoyé à la Commission européenne son plan d’action climatique pour 2030. Très en retard, Bruxelles est désormais passible de sanctions.

Pour mettre un peu d’huile dans cette gouvernance complexe, la ministre fédérale de l’énergie, Marie-Christine Marghem, a créé, quelques jours avant l’ouverture de la COP 24, un comité de constitutionnalistes chargé de faire des propositions. Mais les Belges veulent passer à la vitesse supérieure.

100.000 manifestants

«Les Belges qui se considèrent comme les bons élèves de l’Europe ne comprennent pas que le royaume ne soit pas en pointe sur ce sujet majeur», rappelle-t-il. Le 2 décembre, 100.000 personnes descendent dans la rue pour demander la hausse des ambitions climatiques nationales. Du jamais vu dans l’histoire des manifs environnementales belges.

Au palais royal, on perçoit bien cette frustration: «Les inégalités, la pauvreté, l’intolérance, le changement climatique, sont des questions qui demandent des réponses exhaustives. Ces problèmes cruciaux de notre société demandent de notre part à tous écoute et ouverture, courage et esprit d’initiative», souligne le roi Philippe, dans son discours du Nouvel an.

Le 27 janvier, 70.000 Bruxellois réclament de nouveau une hausse de l’ambition.

les élèves brossent l'école

Entre-temps, les lycéens et les étudiants sont entrés dans la danse. Chaque semaine depuis le début de l’année, ils «brossent» les cours pour participer à leurs marches pour le climat. Signe des temps: en communicant en anglais, cette nouvelle génération d’activistes s’assied sur la traditionnelle coupure linguistique entre les néerlandophones, les francophones et les germanophones.

Fatigués sans doute de voir le résultat de leurs travaux s’acheminer vers un tiroir ministériel, les juristes mandatés par le gouvernement rédigent une proposition de loi qu’ils publient le 1er février.

Proposition de Loi Speciale-fr by on Scribd

Succinctement, le texte organise l’action climatique en créant une conférence interministérielle, une agence fédérale dédiée, un comité permanent d’experts et une commission interparlementaire. Le projet améliore l’information des citoyens. Surtout, il rehausse sensiblement les objectifs nationaux. En son article 5, le texte impose de réduire de 95%, au moins, les émissions belges de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050.

les écologistes en pointe

Les écologistes n’en attendaient pas moins. Les parlementaires Ecolo (wallons) et Groen (flamands) reprennent à leur compte le texte de la «loi spéciale». Objectif: le faire adopter par les deux chambres avant la dissolution (pour cause d’élections législatives) du mois de mai. Ce n’est pas gagné.

Les deux partis verts peuvent compter sur le soutien de toutes les formations wallonnes. Mais ils doivent encore convaincre les partis de Flandre. Socialistes et chrétiens-démocrates entendent préserver à tout prix l’économie de la région d’Anvers. Pour les nationalistes de la NVA, il n’est pas question d’attribuer de nouvelles compétences au pouvoir fédéral ni de renforcer les liens existants entre les régions.

Le climat sera au cœur des débats politiques de ces prochains mois, outre-Quiévrain. Sans doute pour le plus grand bénéfice des deux partis écologistes.

 

 

Histoire flamande. Le 4 février, au cours d’une réunion avec un syndicat agricole, la ministre flamande de l’environnement, Joke Schauvliege, a affirmé que les manifestations d’étudiants étaient fomentées par des organisations écologistes. S’appuyant sur de prétendues informations données par les services de sécurité, la ministre a évoqué un possible «complot», avant de se rétracter et de démissionner le lendemain. Pareilles inepties ont été reprises par le président de son parti (le CD&V), Wouter Beke.

 



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