La bataille de Fukushima fait rage

Le 17 mars 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Des camions de pompiers et de la police ont été utilisés pour arroser les réacteurs.
Des camions de pompiers et de la police ont été utilisés pour arroser les réacteurs.

Après l’intervention héroïque de pilotes, de pompiers et de militaires japonais, le front nucléaire semble s’être stabilisé dans la centrale accidentée. Mais la situation reste critique.

 

La solidarité internationale s’organise. Après la Chine et la Corée du Sud, c’est au tour de la France d’envoyer, par avion, une cargaison d’acide borique aux sauveteurs japonais. Grand absorbeur de neutrons, ce bore doit être mélangé à l’eau qui sera injectée ou larguée sur les réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima Dai Ichi.

 

Sur place, les Américains sont déjà à pied d’œuvre. Officiellement, une quarantaine d’experts du département de l’Énergie sont à pied d’œuvre au Japon. Officieusement, ils sont sans doute un peu plus nombreux. Car, ces spécialistes ont déployé un réseau de balises de mesures de la radioactivité. D’autres pilotent, au-dessus de la centrale accidentée, un drone militaire Global Hawk, pour tenter d’obtenir des images en haute résolution de l’intérieur des bâtiments réacteurs. La presse américaine fait également état du passage d’un avion espion U2. Ce qui laisse entendre que des spécialiste du traitement et de l’interprétation d’images des services spéciaux américains ne manquent pas d’activité.

 

A Paris, les experts en sûreté nucléaire ne chôment pas non plus. Si l’armée française n’a pas d’avions espions ni de gros avions sans pilote bardés de caméras, elle dispose en revanche de satellites d’observation comme Hélios 2. Des satellites dont les images, elles aussi en haute résolution, pourraient être utilisées par les experts tricolores si l’on en croit des sources proches du ministère de la Défense.  

 

Ces dernières heures, la bataille de Fukushima a été particulièrement fournie.

Dans la matinée, des militaires ont fait tonner les canons à eau de 8 camions de pompiers et de la police tokyoïte, servant habituellement à la dispersion des manifestations. Hélas, selon la NHK, l’eau n’a pas atteint le réacteur n°3 et les sauveteurs ont dû faire demi-tour pour limiter leur exposition aux rayonnements ionisants (400 millisieverts/heure, au pied du réacteur n°3).

 

Après le fiasco de mercredi, les pilotes d’hélicoptère des forces d’auto-défense japonaises sont parvenues à leurs fins. En quatre rotations, ils ont largué une cinquantaine de tonnes d’eau sur les piscines des réacteurs n°3 et 4. En dépit de son manque de précision, l’opération semble avoir été efficace. « Après le passage des hélicoptères, nous n’avons plus observé la moindre fumée blanche s’échappant des bâtiments », constate Thierry Charles, le directeur de la sûreté des usines, des laboratoires, des transports et des déchets de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Ce qui laisse à penser qu’une partie de l’eau est bien tombée dans les piscines visées.

 

De leur côté, les ingénieurs et techniciens de l’exploitant, Tepco, ont confirmé leur intention de rétablir, vendredi, l’électricité sur le site. En cas de succès, ils pourraient réalimenter les pompes des systèmes de refroidissement des réacteurs. À condition qu’ils soient toujours en état de marche. Ce qui reste, aujourd’hui, une question sans réponse.

 

« L’apport d’eau dans la piscine et le possible rétablissement du courant sont les deux premiers éléments positifs depuis le début de la catastrophe », résume Thierry Charles.

 

Pour autant, la situation reste encore critique. Pour le moment, les experts ignorent à peu près tout de l’état des piscines des deux premiers réacteurs, ainsi que de la piscine de refroidissement de l’ensemble du site, qui pourrait contenir 6 200 assemblages de combustible usé. Les piscines n°3 et 4 ont probablement reçu un peu d’eau du ciel. Ce qui devrait permettre d’abaisser momentanément la température de l’eau (elle bouillait mercredi !) et de faire remonter son niveau. Si leur niveau d’eau semble stable, la température des piscines 5 et 6 monte environ d’un demi-degré par jour, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique. Mercredi, le thermomètre affichait plus de 60 °C, contre 25 °C en temps normal.

 

Pour ce qui concerne les réacteurs, la situation s’est stabilisée depuis mercredi. Selon Tepco, 70 % du cœur de la première tranche serait endommagé. Mais les sauveteurs continuent d’injecter de l’eau de mer borée dans la cuve, refroidissant ainsi l’installation. Pour éviter toute nouvelle explosion d’hydrogène, des dégazages de l’enceinte de confinement sont régulièrement réalisés, relâchant de fait de la radioactivité dans l’environnement.

 

Le réacteur n°2 est à peu près dans le même état que le précédent. À ceci près que Tepco estime que « seulement » le tiers du cœur est dégradé. Ce qui suffit à le condamner.

 

Seul à contenir une faible charge de combustible Mox (32 assemblages sur 500), le cœur du troisième réacteur est lui aussi endommagé. De l’eau de mer est aussi injectée dans sa cuve. Il faut donc régulièrement dépressuriser l’enceinte. Ce qui accroît la pollution radioactive à l’extérieur.

 

Du quatrième réacteur, les sauveteurs savent peu de choses, à part le fait que la partie supérieure de son bâtiment a été soufflée par une explosion d’hydrogène.

 

Autre détail : les salles de commande des 4 premières tranches sont très irradiantes. Ce qui limite le temps d’intervention des exploitants.  

 

L’état des deux derniers réacteurs (5 et 6) n’est pas connu.

 

Pour le moment, le bilan sanitaire de l’intervention est limité. Selon World Nuclear News, Tepco n’aurait à déplorer qu’un mort et 25 blessés. Dix employés de l’exploitant, deux policiers et un nombre « indéterminé » de pompiers ont été plus ou moins contaminés.



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