La banane bio se rebiffe

Le 03 mars 2017 par Stéphanie Senet
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La bataille des bananes est lancée
La bataille des bananes est lancée

Le tribunal de grande instance (TGI) de Paris a ordonné, le 1er mars, la suppression d’une campagne publicitaire mettant en cause la qualité des bananes bio produites hors de l’Union européenne.

 

«La banane française mieux que bio c’est possible.» Voici le slogan qui a mis le feu aux poudres dans le secteur de la bio, alors que le Salon de l’agriculture bat son plein. Choisie par les producteurs de bananes de Guadeloupe et de Martinique pour vanter les mérites de leurs fruits (UGPBAN), par rapport aux cultures bio, cette campagne a aussitôt fait l’objet d’un recours en référé, déposé dès le 27 février, par le Syndicat des transformateurs et distributeurs de produits naturels et de culture biologique (Synabio).

«Les produits bio importés doivent respecter le cahier des charges imposé par leur pays, dans des conditions qui doivent être équivalentes au cahier des charge européen», rappelle au JDLE Charles Pernin, délégué général du Synabio. «Si l’on prend l’exemple des bananes produites en République dominicaine, elles sont de surcroît contrôlées par des organismes qui sont audités, supervisés par la Commission européenne, et qui doivent publier chaque année un rapport sur leurs activités», ajoute-t-il.

 

Substances inconnues?

Au contraire, les producteurs des Antilles estiment que les bananes cultivées hors de l’Union européenne, c’est-à-dire essentiellement en République dominicaine, Equateur, Pérou, Colombie et Mexique, «peuvent être traitées par 14 substances interdites en agriculture conventionnelle dans l’Union européenne», écrit l’Union des groupements de producteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique (UGPBAN), en référence à une étude réalisée par le cabinet AND International pour l’Odeadom[1].

«Parmi ces substances, il existe des molécules qui n’ont aucun rapport avec l’agriculture mais avec la potabilité de l’eau ou le nettoyage des installations. Les autres substances -des préparations végétales comme des extraits de pépins d’agrumes ou des plantes tropicales- n’ont pas fait l’objet de demande d’homologation. Ce qui ne veut pas dire qu’elles sont incompatibles avec les principes de la bio en Europe», précise Charles Pernin.

 

Trouble manifestement illicite

Le TGI de Paris lui a d’ailleurs donné raison. Dans son référé du 1er mars, il a reconnu le trouble manifestement illicite que constitue la campagne publicitaire diffusée par l’UGPBAN depuis le 22 février. S’il n’était pas compétent pour juger de la qualité des bananes bio sur le fond, il a toutefois demandé la cessation immédiate de la campagne, en prescrivant une astreinte de 50.000 euros par jour de retard.

 «Est prohibée une publicité ou un message à caractère publicitaire associant le terme bio à un produit qui n’a pas été obtenu conformément aux dispositions du règlement», écrivent les juges.

En réaction, l’UGPBAN va faire appel. «Notre campagne était une provocation», reconnaît Jean-Claude Marraud des Grottes, responsable de la commission Commerce et producteur en Martinique. «Nous voulons surtout un jugement sur le fond du problème, c’est-à-dire la faiblesse du système d’équivalence fixé par le règlement européen sur l’agriculture bio», poursuit-il. Et pourquoi ne pas envisager une conversion des cultures Outre-mer? «Les substances autorisées ne correspondent pas au climat tropical humide de nos territoires. Il en faudrait davantage», répond le producteur.

 

Des progrès Outre-mer ?

Aujourd’hui, les bananes cultivées en Guadeloupe et en Martinique ne sont donc pas certifiées bio. L’UGPBAN affirme toutefois que l’usage des pesticides a été réduit de 50% entre 2006 et 2016 au sein des 8.500 hectares de bananeraies, et que les épandages aériens ne sont plus pratiqués, conformément à l’interdiction nationale. Un progrès certain après des années d’épandage au chlordécone, ce pesticide organochloré utilisé en Guadeloupe et en Martinique contre le charançon du bananier. Interdite en 1993, cette substance a largement imprégné les sols. De là à dire que les bananes produites en 2017 sont meilleures que les bananes bio, il y a un pas que l’UGPBAN n’a pas eu le droit de franchir selon la justice. Sa campagne publicitaire a d’ailleurs disparu, ce 3 mars, des pages des journaux comme des ondes radiophoniques.

 

 

 



[1] Office de développement de l’économie agricole d’Outre-mer

 



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