La baleine à bosse ne fait pas le poids face au pétrole canadien

Le 23 avril 2014 par Romain Loury
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"Espèce préoccupante", donc menacée
"Espèce préoccupante", donc menacée
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Au Canada, la baleine à bosse, considérée jusqu’alors comme espèce menacée, a été reclassifiée samedi en espèce préoccupante, changement qui ouvre la voie à un projet d’oléoducs très critiqué par les défenseurs de l’environnement.

 

Alors qu’en France le campagnol amphibie aura peut-être contribué à avoir la peau du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (voir le JDLE ici et ici), sa très lointaine cousine, la baleine à bosses (Megaptera novaeangliae), considérée comme espèce menacée d’extinction par la CITES [1], n’aura manifestement pas fait le poids face aux impératifs économiques.

Samedi, un décret paru dans la Gazette du Canada a modifié le statut du cétacé dans le Pacifique nord: il y est désormais considéré comme une «espèce préoccupante», le plus faible statut de protection défini par la Loi sur les espèces en péril (LEP) de 2002.

Suite à des travaux menés en 2003 par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (Copesac), le rorqual à bosses (selon son appellation canadienne) avait été classé en 2005 en «espèce menacée». Or de «quelques centaines d’individus», l’espèce atteindrait désormais «plus de 18.000 individus autres que des baleineaux», grâce à l’arrêt de la chasse en 1965, a estimé le Copesac dans sa réévaluation de 2011.

En vertu de la LEP, l’habitat de la baleine à bosse ne sera plus protégé avec ce changement de statut. C’est d’ailleurs ce qu’ont dit craindre plusieurs organismes consultés sur le projet de décret, dont des associations de défense de l’environnement et des représentants de l’industrie du tourisme -non nommés par le décret.

«Certains des répondants ont indiqué que la reclassification de l’espèce pourrait entraîner l’augmentation des activités dans les eaux qui longent la côte de la Colombie-Britannique. Ces activités pourraient entraîner une augmentation du trafic de navires pétroliers, des enchevêtrements et des rejets de produits pétroliers dangereux», indique le décret.

Northern Gateway, de l’Alberta au Pacifique

Interrogé par l’Agence France Presse (AFP), Jay Ritchlin de la Fondation David Suzuki (une importante association canadienne), rappelle que cette modification a en effet lieu «au même moment où un développement majeur est à l'étude», à savoir le projet d'oléoducs Northern Gateway mené par le groupe canadien Enbridge.

Ce double oléoduc, long de 1.200 km et d’une capacité de 525.000 barils de pétrole par jour, cheminera de la province d'Alberta (au centre du pays) au nord de la Colombie britannique (sur la côte pacifique), tout près de la frontière avec l'État américain de l'Alaska.

Outre le Northern Gateway, ce pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta se cherche, pour l’instant en vain, une issue vers les Etats-Unis avec le projet Keystone XL. Très controversé en raison de son empreinte carbone, cet oléoduc de 1.900 km de long acheminerait le pétrole jusqu’aux raffineries du Texas. Vendredi 18 avril, les autorités américaines ont annoncé une prolongation de la période de consultation des agences fédérales concernées. Sans que l’on sache quand le président Obama tranchera.

L’opposition est aussi montée au créneau: dans un communiqué du Nouveau parti démocratique (gauche), le député Nathan Cullen estime que «les conservateurs font des courbettes pour plaire à leurs amis de l’industrie pétrolière et paver la voie au projet Northern Gateway. Ils se fichent des préoccupations des Canadiens et des gens de la Colombie-Britannique».

Pour les groupes pétroliers canadiens, le projet constitue une opportunité d’exporter leur pétrole en masse vers l’Asie (voir le JDLE). Le gouvernement fédéral doit statuer à son sujet d’ici juillet.

[1] Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. La baleine à bosse y figure dans son annexe I, celle des espèces menacées d’extinction.



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