La baie de Somme a perdu 80% de ses poissons à cause du réchauffement

Le 07 décembre 2018 par Stéphanie Senet
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La température de l'eau s'est réchauffée à un niveau sans précédent
La température de l'eau s'est réchauffée à un niveau sans précédent

En baie de Somme (Picardie), la densité des poissons a chuté de 80% en 30 ans, selon une étude de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) publiée dans la revue Global Change Biology.

A la fin des années 1980, on trouvait encore 200.000 poissons par kilomètre carré. Aujourd’hui, on n’en compte plus que 40.000. Soit une baisse vertigineuse de 80% des ressources halieutiques, toutes espèces confondues, dans la baie de Somme.

Selon les chercheurs de l’Ifremer, qui ont passé en revue de nombreux facteurs environnementaux (la profondeur, la température de la surface de l’eau, la salinité, la chlorophylle-a, les sédiments et les oscillations climatiques à l’échelle de l’Atlantique), ce déclin est essentiellement dû au réchauffement rapide de cette région de l’océan. Le mercure a enregistré une hausse particulièrement rapide en Manche-Est et mer du Nord, d’environ 0,3°C à 0,4°C par décennie, avec un bond exceptionnel de plus de 1°C entre 1998 et 2003. En comparaison, note le Giec[1], la couche superficielle des eaux marines de la planète s’est échauffée de seulement 0,1°C par décennie.[2]!

La baie de Somme n’est pas une zone de pêche industrielle[3], mais les scientifiques relèvent que «la surpêche historique a rendu la baie plus vulnérable au réchauffement en raison de la domination d’espèces tolérantes à la pêche mais sensibles au climat». Aucun effet direct, en revanche, de la progression des débarquements sur l’ensemble de la zone Manche-Est.

Les espèces à croissance rapide les plus touchées

Un détail quand même: cette chute touche surtout les espèces à croissance rapide, précocement matures pour la reproduction, comme la limande, la plie, le sprat et le hareng. Les espèces à croissance lente et à maturité sexuelle tardive, comme le bar, résistent mieux à ces changements environnementaux. Une conclusion tirée des données enregistrées pendant 26 ans dans le cadre de la campagne Noursom dans 50 points de la baie jusqu’à 20 mètres de profondeur.

Deuxième nourricerie de la Manche

Précieuse, la baie de Somme représente la deuxième nourricerie la plus importante de la Manche, après la baie de Seine. L’avenir de ses espèces halieutiques est d’autant plus sombre que la hausse moyenne des températures en Manche-Est et mer du Nord (de 2,5°C à 3°C d’ici 2100) risque d’amplifier encore ces disparitions.

 



[1] Giec: Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

[2] In 4e rapport d’évaluation, volume 2.

[3] Il existe seulement une petite récolte de crevettes

 



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