La 4G: débit rapide, impact sanitaire inconnu

Le 01 octobre 2013 par Marine Jobert
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Une affiche lors du lancement indien de la 4G.
Une affiche lors du lancement indien de la 4G.
DR

Bouygues Telecom déploie à partir d'aujourd'hui en grand son réseau de téléphonie mobile de 4e génération. Plus rapide, la 4G présente-t-elle des dangers pour la santé? Mystère, puisqu’aucune étude sanitaire n’a été lancée en amont. Oui, répondent les électrosensibles qui goûtent déjà à la 4G dans plusieurs villes de France.

Qui a dit «Une fois qu'on y a goûté, on ne veut plus revenir en arrière»? C’est Olivier Roussat, le PDG de Bouygues Telecom, qui célèbre dans Métro le lancement de son offre 4G, –laquelle va permettre à 63% de la population française (soit 40 millions de personnes) de télécharger très rapidement des films, de regarder des vidéos en streaming ou de stocker des données. Qui a dit «Le grand oublié de l’histoire, c’est la santé publique»? C’est Etienne Cendrier, le président de l’association Robin des toits, puisqu’aucune étude sanitaire n’a été diligentée sur les effets de la 4G. Au passage, il souligne le désastre social et écologique engendré par le renouvellement du parc de téléphones. Car c’est peut-être là que réside la première spécificité de la 4G: dans la nécessité, pour les adeptes de la vitesse de connexion, de changer de terminal. «Faire acheter un nouveau téléphone, c’est ça le vrai enjeu de l’opération», déplore Etienne Cendrier.

 

Amortir les fréquences

Financièrement, l’affaire aura été assez coûteuse pour les opérateurs, dans un contexte éprouvant depuis l’arrivée de Free dans le paysage[1]. 930 millions d'euros pour Bouygues Telecom, 1 Md€ pour Orange et 1,2 Md€ pour SFR pour acquérir les fréquences. De l’argent bienvenu pour les caisses de l’Etat, qui surveille comme le lait sur le feu le déploiement de la nouvelle technologie. Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME, à l'innovation et à l'économie numérique, a rendu visite à Bouygues Telecom pour l'occasion.

 

Fréquence plus élevée

Au plan technologique, difficile d’obtenir des explications de l’opérateur-vedette du jour, qui n’a pas répondu à nos demandes d’information. L’association Mesures-CQFD, qui effectue des mesures de champs électromagnétiques chez des particuliers, dans des écoles ou des entreprises, a décortiqué la question et dresse un tableau alarmé des conséquences sanitaires de la technologie. «La 4G nécessite le recours à des fréquences plus élevées, dont on sait qu’elles sont de plus en plus toxiques au fur et à mesure de leur augmentation», détaille au Journal de l’environnement André Bonnin, de Mesures-CQFD. En outre, «on sait que plus la fréquence est élevée, plus il est difficile au signal de traverser les murs, donc plus on sera obligé d’augmenter la puissance des émetteurs pour que la couverture soit satisfaisante», poursuit-il. Des centaines d’antennes supplémentaires ont été installées, quand certaines déjà en place ont dû être adaptées pour émettre en 4G. Mais là aussi, silence radio.

 

Brouillard électromagnétique plus dense

Un récent rapport du Comité opérationnel sur les ondes de téléphonie mobile (Copic) faisait état de travaux de simulation de l’impact du déploiement d’antennes 4G (LTE) théoriques sur l’exposition du public. Verdict: «L’ajout d’émetteurs 4G crée une augmentation moyenne de l’exposition (…) en façade et au sol de 50% environ. A titre d’exemple, au sol sur la zone d’expérimentation de Paris XIVe, l’exposition moyenne passerait de 0,6 V/m à 0,9 V/m environ». «Et ce ne sont que des mesures au sol», prévient Etienne Cendrier. «Qu’est-ce qui se passe pour les populations qui vivent dans les étages ou à proximité des antennes?» Une aberration, confirment Priartem, le collectif des électrosensibles et Agir pour l’environnement. Les trois associations rappellent qu’en 2009, «l’Agence nationale de sécurité sanitaire et de l’environnement préconisait la réduction si possible des expositions et qu'un rapport commandé par le Premier ministre sur l'application du principe de sobriété est attendu à l'automne». Last, but not least, le brouillard électromagnétique va aller s’épaississant, puisque les émissions de chaque «génération» s’additionnent. «Sans compter qu’il y a maintenant 4 opérateurs et que le nombre d’utilisateurs a explosé», souligne André Bonnin.

 

Déploiement sans étude préalable

Au plan sanitaire, les électrosensibles redoutent le pire. «Ceux qui vivent déjà avec la 4G dans des villes en région fuient encore plus qu’avant. Ils ne savent plus où aller», raconte André Bonnin, qui craint que le lancement à grande échelle de la technologie amplifie le déclenchement du syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques. «Le déploiement incontrôlé de la téléphonie mobile et plus généralement des technologies sans fil se poursuit comme une négation même des principes de précaution et de sobriété, tandis que l'attentisme et l'accumulation de rapports sont de mise lorsqu'il s'agit de les réglementer», déplorent les trois associations. Dans 15 jours, l’Anses doit publier une mise à jour de l'évaluation des risques liés aux radiofréquences.

 



[1] Comme le rapporte Reuters, la baisse des prix généralisée qui a suivi, -11% en 2012 selon l'Arcep- a pesé sur les comptes de Bouygues Telecom, qui a perdu 16 millions d'euros l'an dernier et a été contraint d'annoncer un programme de réductions des coûts et un plan de départs volontaires.

 



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