L’utilisation des pesticides a progressé en 2018

Le 08 janvier 2020 par Stéphanie Senet
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Echec total du plan Ecocphyto
Echec total du plan Ecocphyto

Après avoir légèrement baissé, le recours aux pesticides à usages agricoles a progressé de 24% entre 2017 et 2018, selon l’indicateur Nodu du comité d’orientation stratégique et de suivi du plan Ecophyto 2+.

«Un plan de réduction qui conduit à une augmentation, ça devient tragicomique», a résumé François Veillerette, directeur de l’association Générations futures. Douze ans après le lancement du plan Ecophyto 1, qui visait à diviser par deux le recours aux pesticides en France entre 2008 et 2018, leur utilisation connaît une forte hausse.

 

Nodu en hausse de 24%

L’indicateur Nodu (nombre de doses unité) affiche une progression de 24% entre 2017 et 2018 pour les usages agricoles[1], alors qu’il avait légèrement décliné de 6% l’année précédente, selon la note de suivi publiée par le ministère de l’agriculture. Au total, il a grimpé de 25% sur la période couverte par Ecophyto (entre 2009-2011 et 2016-2018, en moyenne triennale). Ce qui signe son échec total. Chaque année environ 371 M€ sont dédiés à Ecophyto dont 71 M€ provenant de la redevance pour pollutions diffuses.

L’indicateur QSA (quantité de substances actives) confirme l’augmentation des ventes: 23% en 2018 des produits à usages agricoles. Les substances les plus préoccupantes régressent toutefois sur la période : -15% pour la QSA des substances cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction CMR 1 et -9% pour les CMR 2 entre 2009-2011 et 2016-2018. Les produits à usages non agricoles fléchissent aussi : -30% pour la QSA entre 2017 et 2018.

 

Le glyphosate représente 11% des ventes

Tous usages confondus, 85.876 tonnes de pesticides ont été vendus en 2018. Utilisé en agriculture biologique, le soufre représente 16% des ventes. De son côté, le glyphosate qui fait l’objet d’un plan de sortie en 2022, enregistre encore 11% des ventes en 2018. Soit 9.446 tonnes.

 

Climat propice et effet stock

Le ministère explique cette hausse générale par la combinaison d’un facteur climatique –conditions favorables aux maladies fongiques au printemps et aux insectes pendant l’été- et d’un facteur fiscal. La hausse, en janvier 2019, de la redevance portant sur les pesticides aurait conduit à des achats anticipés fin 2018 et à un effet « stock ». Une explication également avancée par l’association des producteurs et vendeurs de produits phytosanitaires (UIPP), qui affirme que les ventes de pesticides ont augmenté de 8% en 2018, à 68.000 t.

Un argument contesté par Générations futures. Pour François Veillerette, une telle augmentation ne peut pas être seulement imputée aux stocks. La ministre de la transition écologique Elisabeth Borne a aussi reconnu que «la politique menée depuis 10 ans ne produit pas les résultats attendus».

 

Un système de bonus-malus

L’association Générations futures estime que «le plan Ecophyto (la deuxième version vise 50% de réduction d’ici à 2025, ndlr) restera un échec tant que l’Etat s’en remettra au bon vouloir de la profession agricole pour faire  évoluer de manière volontaire ses pratiques». Même colère à la Fondation Nicolas Hulot, qui «appelle le gouvernement et les parlementaires à donner un cap clair aux agriculteurs et à protéger l’environnement et les citoyens».

Seules des mesures contraignantes semblent pouvoir inverser la tendance. Générations futures propose des objectifs de réduction par région et par culture, assortis de pénalités financières en cas de non-respect, ainsi que des aides financières pour les plus vertueux. Soit un classique système de bonus-malus en application du principe du pollueur-payeur. La réforme entamée de la politique agricole commune représente aussi l’occasion d’offrir un meilleur soutien aux exploitants qui réduisent leur utilisation de pesticides. La balle est dans le camp des gouvernements français et européens.

 

 

 

 

 

 

 



[1] Hors produits de biocontrôle à risque faible

 



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