L’usage des sols, canard boiteux de l’accord de Paris

Le 22 février 2019 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
L'Amazonie s'étiole, malgré les engagements
L'Amazonie s'étiole, malgré les engagements

Les signataires de l’Accord de Paris ont-ils été trop optimistes sur leur capacité à réorienter l’usage des sols vers de sains objectifs climatiques? C’est ce qu’affirment des climatologues dans un article publié dans la Nature Climate Change. Selon eux, le décalage entre les engagements et la réalité de terrain rend les objectifs climatiques quasi-impossibles à atteindre.

L’usage des sols (déforestation, agriculture intensive, élevage) est lié à un quart des émissions de gaz à effet de serre, à un niveau similaire à celui de la combustion d’énergies fossiles. Dans leurs contributions nationales volontaires (INDC) annoncées en amont de la COP21, une centaine de pays ont fait état de leur volonté d’utiliser ce levier pour réduire leurs émissions.

Si l’intention était louable, elle s’est rapidement avérée hors-sol, pointent Calum Brown, de l’Institut de recherche météorologique et climatique de Karlsruhe (Allemagne), et ses collègues. Sur le papier, «ces annonces pourraient éliminer jusqu’à 25% des gaz à effet de serre liés chaque année à l’action humaine. Toutefois, cela prend des décennies pour que des changements se manifestent dans ce domaine, un délai beaucoup trop long au vu de l’urgence climatique», explique Calum Brown.

Des freins à tous les niveaux

Selon les chercheurs, les freins au changement sont multiples. Ils résident tout d’abord dans la nature même de l’Accord de Paris, non contraignant d’un point de vue juridique. Corollaire: la plupart des pays, dont l’Union européenne, n’ont élaboré aucun plan pour indiquer comment ils comptaient s’y prendre pour réorienter l’usage des sols.

Exemple type, le Brésil comptait sur le ralentissement de la déforestation amazonienne, mais a vu celle-ci bondir de 29% entre 2015 et 2016, probablement du fait d’une demande accrue de viande et d’une protection insuffisante des forêts et des droits des peuples indigènes. Idem en Colombie, où la déforestation a crû de 44% dans le même temps, un phénomène qui semble lié à la démobilisation des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

D’autres contingences politiques viennent affaiblir les engagements pris à Paris en faveur de l’usage des sols: l’élection de Donald Trump en 2016, qui a engagé les Etats-Unis vers une sortie de l’accord, puis celle de Jair Bolsonaro au Brésil en octobre 2018, élu avec le soutien d’un agrobusiness très gourmand en terres amazoniennes.

Les intérêts économiques priment

Selon les chercheurs, l’échec qui se profile sur l’usage des sols s’explique par sa nature multisectorielle. L’atténuation des émissions n’est en effet qu’un des aspects du problème, les forêts étant soumises à bien d’autres pressions, par exemple économiques. Exemple, l’huile de palme en Indonésie, où la déforestation est trois fois plus intense qu’au Brésil.

Même lorsque les engagements politiques sont fermes, rien n’assure que la population s’en emparera rapidement. Selon les chercheurs, «tout dépend des volontés locales d’accepter les innovations technologiques, agricoles et politiques». Sans bénéfice immédiat pour les populations, en particulier les agriculteurs ou les exploitants forestiers, les bonnes volontés politiques resteront lettre morte.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus