L’Union européenne veut son indépendance énergétique

Le 25 février 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Bruxelles veut mettre fin à la dépendance aux hydrocarbures russes.
Bruxelles veut mettre fin à la dépendance aux hydrocarbures russes.
Gazprom

La Commission a publié, ce mercredi 25 février, son projet d’union européenne de l’énergie. Un programme qui vise à réduire la dépendance des 28 au gaz et au pétrole russes.

Bruxelles fait d’une pierre coup double. Outre sa médiocre communication sur l’accord climatique de Paris (que le JDLE vous a présenté en avant-première), la Commission européenne publie aussi, ce mercredi 25 février, son projet d’union de l’énergie.

Le sujet n’est pas neuf. L’Europe s’est construite sur la gestion commune du charbon, puis de l’atome. Depuis des lustres, Bruxelles essaie aussi de coordonner les politiques énergétiques des 28. Ce qui ne va pas de soi. Chaque gouvernement considérant l’énergie comme trop vitale pour en confier le gouvernement à l’exécutif communautaire.

Encerclement

Alors, Bruxelles utilise une tactique d’encerclement. Plutôt que de déterminer les bouquets énergétiques des pays membres, la Commission limite les pollutions des centrales thermiques, fixe un rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et des objectifs nationaux de production d’énergies renouvelables, recommande fortement d’améliorer l’efficacité énergétique des transports ou des immeubles, etc.

Aller plus loin empièterait sur les plates-bandes des pays et de leurs opérateurs nationaux. C’est pourtant bien ce que tente de (re) faire Bruxelles. Avec de solides arguments à la clé. La facture énergétique des 28: trop lourde. Faute de coordonner leurs achats, les pays de l’UE importent plus de la moitié de leur énergie et consacrent 400 milliards d’euros par an à l’achat d’hydrocarbures ou d’uranium.

Plus d’efficacité, c’est moins d’importation

Bruxelles se lamente aussi des dysfonctionnements des marchés internes de l’énergie, censés fournir de l’énergie au plus grand nombre et au meilleur prix. Avec quelques décennies d’âge moyen, les infrastructures énergétiques (centrales, réseaux) du Vieux monde accusent le coup. Et auraient bien besoin d’être remplacées. Hélas, les investissements ne suivent pas.

Pas toujours convaincues de l’intérêt des économies d’énergie, les capitales oublient parfois qu’un point supplémentaire d’efficacité énergétique réduit de 2,6% le volume de gaz à importer. Elles n’hésitent pas, en revanche, à subventionner massivement des énergies et pas toujours efficacement. Montant annuel de la facture: 120 Md€. Tout de même!

La réponse apportée par la Commission ne résout pas tous les problèmes évoqués. Elle apparaît plutôt comme un revirement stratégique de l’UE, au vu de l’évolution de la situation ukrainienne. Car c’est bien la Russie qui inquiète désormais l’UE. Non contente de déstabiliser l’Ukraine, Moscou menace régulièrement les Européens de fermer ses pipelines de gaz et de pétrole. Or, faute de diversification suffisante, l’Europe est très dépendante des hydrocarbures russes: 30% pour le gaz et 35% pour le brut. Et cela n’est pas près de s’arrêter.

Pas d’arrêt brutal des importations

La plupart des contrats gaziers passés avec les producteurs russes (Gazprom, notamment) sont des contrats à long terme qu’il n’est pas aisé (ni économique) de dénoncer avant leur terme. Pendant une décennie au moins, les énergéticiens occidentaux devront importer dans les 115 milliards de mètres cubes par an, soit les deux tiers des importations de molécules russes de 2013.

Pour réduire sa dépendance à l’huile et au gaz russes, Bruxelles propose un train de mesures comprenant régulation, stratégie et incitation à construire. Le projet d’union de l’énergie prévoit notamment de réviser la stratégie d’approvisionnement en gaz.

Bruxelles souhaite également un accroissement du nombre de terminaux de gazéification, permettant d’accroître les importations de gaz naturel liquéfié d’origine moyen-orientale, africaine, voire océanienne. La diplomatie européenne de l’énergie et du climat pourrait sortir des limbes. Le projet d’union suggère ainsi de renforcer la coopération énergétique avec les pays de l’Euromed (l’Algérie et l’Egypte surtout), l’Ukraine, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan.

Mais la diversification des approvisionnements n’est pas tout. Bruxelles veut aussi revoir à la hausse les normes d’efficacité énergétique. Sans en avoir la compétence, la Commission ne verrait pas d’un mauvais œil le redémarrage de programmes électronucléaires.

Elle entend aussi adapter au plus vite (d’ici 2017) les législations concernées par le paquet Energie Climat 2030. Dernière petite chose qui plaira à coup sûr au gouvernement français: mettre en place une tarification électronique «juste et équitable» du transport routier.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus