L’Union européenne de l’énergie, sinon rien

Le 01 décembre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les Européens doivent, tout à la fois, sécuriser leur approvisionnement, réduire leurs émissions, investir et réduire leurs dépenses.
Les Européens doivent, tout à la fois, sécuriser leur approvisionnement, réduire leurs émissions, investir et réduire leurs dépenses.
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Moins efficace que prévu, la politique énergétique communautaire doit être poursuivie et viser une plus grande intégration des marchés nationaux, estime l’Agence internationale de l’énergie.

Créée en 1974 pour aider les pays membres de l’OCDE à s’adapter aux effets du premier choc pétrolier, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) joue parfois les Cassandre. Voilà des années que l’institution parisienne appelle à la baisse des subventions à la consommation d’énergie fossile, au soutien aux énergies renouvelables matures ou à la fixation d’un prix du carbone. Conseiller (relativement) indépendant de 29 gouvernements, l’AIE audite régulièrement les politiques énergétiques de ses Etats membres.

Ce lundi 1er décembre, c’est de la stratégie de l’Union européenne qu’il est question. Dans un volumineux rapport de plus de 300 pages, l’AIE décortique les résultats de deux décennies de stratégie Energie Climat communautaire. Laquelle n’a pas vraiment fait ses preuves.

Résultats inférieurs aux attentes

Voilà 6 ans que pareil audit n’avait été publié. Depuis, reconnaissent les experts de l’agence, «des progrès évidents ont été accomplis dans maints domaines». A commencer par l’intégration des préoccupations environnementales (ou climatiques). Depuis 2009, les 28 Etats membres de l’UE doivent atteindre les objectifs fixés par le paquet Energie Climat (PEC 2020): abattement de 20% des émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2020, production de 20% de l’énergie à partir d’énergies renouvelables et amélioration de 20% de l’efficacité énergétique.

Suivant plus ou moins les Paquets pour un marché intérieur du gaz et de l'électricité, les 28 ont aussi ouvert leurs marchés nationaux à la concurrence et fluidifié les échanges d’électrons et de molécules. De quoi, en principe, améliorer la sécurité d’approvisionnement et faire baisser les prix de détail.

Hélas, les résultats ne sont pas à la hauteur des ambitions. L’Europe réussira sans doute à réduire de 20% ses émissions de GES dans les délais impartis. Pour louable et unique qu’elle soit, cette performance n’a que peu de choses à voir avec l’application des directives et règlements issus du PEC 2020.

Baisse des émissions carbonées

L’AIE estime que l’UE devrait largement abattre ses rejets carbonés, qui ont déjà chuté de 19,2% entre 1990 et 2012, en grande partie en raison de la crise économique, du changement de combustibles de nombreuses centrales thermiques (souvent du charbon au gaz). Sans oublier, aussi, le déploiement d’un important parc renouvelable et de l’amélioration de l’efficacité énergétique. Les statisticiens parisiens ne croient d’ailleurs pas à l’atteinte des deux derniers 20%.

Autre zéro pointé: le système communautaire d’échange des quotas d’émission, l’ETS. Croulant sous les surplus, le mécanisme phare du PEC 2020 n’a pas la flexibilité nécessaire pour s’adapter au changement de conjoncture. Résultat: le prix du permis d’émission est passé de 30 à 6 euros, sans espoir de remontée rapide. Conséquence: «Le marché du carbone n’a pas stimulé l’investissement dans la décarbonation du secteur de l’énergie et des autres secteurs et n’a contribué qu’à la marge à l’atteinte des objectifs de réduction d’émission». Avec le produit de la vente de quotas, Bruxelles espérait faciliter la construction d’une douzaine de centrales thermiques à captage de CO2 (CSC). On les attend toujours.

53 milliards d’argent public

En bons libéraux, les économistes de l’agence pourfendent les soutiens publics. Et les aides aux énergies renouvelables sont dans leur collimateur. Ils rappellent ainsi que l’Europe a consacré, l’an passé, 53 milliards d’argent public au développement des ENR. Désormais, éolien, photovoltaïque, hydraulique et biomasse génèrent 26% de l’électricité européenne: deux fois mieux qu’en 2005. Cette marche forcée n’a pas été sans effet. La forte croissance des énergies solaires (87 gigawatts crête installés l’an prochain) a fait chuter les prix de gros de l’électricité. Réduisant à néant la rentabilité des centrales à gaz les plus récentes et les moins polluantes. A cela s’ajoutent les importations massives de charbon américain (dont les prix ont chuté en raison de la production croissante d’hydrocarbures de roche mère américains) dont ont profité les exploitants de centrales thermiques, en Allemagne notamment.

Les baisses de prix de gros n’ont pas profité aux consommateurs, dont le montant des factures (en France et en Allemagne, par exemple) ne cesse de battre des records. La faute en revient essentiellement aux tarifs régulés, affirme l’AIE, qui plaide en faveur de leur abolition afin «d’inciter les consommateurs à gérer leur consommation».

Faute de demande et d’investissement dans de nouveaux terminaux de regazéification, l’Europe a accru sa dépendance au gaz importé, notamment de Russie. L’année dernière, l’Europe a ainsi importé 167 milliards de mètres cubes de gaz: 16% de plus qu’en 2010.

Dans ses recommandations, l’AIE souligne l’importance d’une politique énergétique et climatique plus intégrée, au niveau européen. Politique qui devra viser trois objectifs: sécurité d’approvisionnement, efficacité économique et protection de l’environnement et du climat.

Conquérir l’indépendance gazière

Le premier pan passe par un accroissement des capacités d’importations de gaz naturel liquéfié (pour réduire la dépendance au gaz russe) et une meilleure interconnexion des réseaux de transport de gaz et d’électricité. L’AIE appelle aussi l’Europe à exploiter ses réserves de gaz non conventionnels, dont elle pourrait produire 80 milliards de mètres cubes par an, à l’horizon 2030. L’amélioration de l’efficacité énergétique est aussi un moyen efficace de conquérir son indépendance gazière. Améliorer de 1% l’efficacité énergétique européenne, c’est réduire de 2,6% les importations de gaz naturel. Côté pétrolier, le rapport plaide pour un alignement des fiscalités de l’essence et du gazole, dont l’Europe est grosse importatrice.

C’est probablement dans le secteur électrique que les choix seront les plus lourds. Une moitié du parc de centrales nucléaires et au charbon devra être remplacée dans les prochaines années, rappelle l’étude. «C’est une opportunité pour l’Europe de poursuivre la décarbonation de son secteur électrique à long terme.» Pour autant, les choix du bouquet énergétique ou d’allongement de la durée de vie des installations doivent être faits rapidement. Ce qui n’est pas gagné, tant que le prix du carbone n’est pas incitatif.

Finalement, l’AIE, comme la Commission européenne, défend l’idée d’une union de l'énergie. Seule à même de définir les stratégies permettant de satisfaire aux besoins futurs et d'atteindre les objectifs climatiques fixés pour 2030: réduction d'au moins 40% de ses émissions de GES entre 1990 et 2030, 27% d'économies d'énergie et une part des énergies renouvelables à 27%. Un beau sujet de conversation, alors que s’ouvre le sommet climatique de Lima.

 



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