L’union de l’énergie vue de Paris

Le 23 février 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Remise du rapport Derdevet
Remise du rapport Derdevet
Présidence de la République

Un rapport remis, ce lundi 23 février, au président de la République préconise d’investir massivement dans les réseaux électriques. Une façon pour les gestionnaires français desdits réseaux d’assurer une certaine emprise européenne. Une façon aussi pour l’Etat de leur donner un coup de pouce financier sans dégrader son bilan.

Voilà des décennies que l’Union européenne (UE) carbure à la politique énergétique. 53 ans après le lancement de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), 48 ans après l’entrée en vigueur de la Communauté européenne de l'énergie atomique et 7 ans après son premier paquet Energie Climat, l’UE travaille encore et toujours à une union de l’énergie. Union dont les énièmes contours doivent être présentés le 25 février par la Commission.

Depuis des lustres, la France rêve d’en être le grand ordonnateur. A la fin du second conflit mondial, Jean Monnet fut à la manœuvre pour créer la CECA. Plus récemment, Nicolas Sarkozy avait tenté de fédérer une Europe du nucléaire. François Hollande s’inscrit dans cette tradition.

La solution réseau

Il y a 6 mois, le président de la République a confié à Michel Derdevet la rédaction d’un rapport sur la politique européenne de l’énergie. Objectif: formuler des propositions pour rendre cette politique «à la fois plus efficace et mieux coordonnée». Choisir ce rapporteur, c’était privilégier la solution réseau. Michel Derdevet est, en effet, l’un des meilleurs spécialistes français des réseaux… d’électricité. Ancien directeur de la communication de RTE (gestionnaires du réseau de transport à haute tension), il officie désormais au secrétariat général d’ERDF, autre filiale d’EDF, chargée du vaste réseau de distribution d’électricité.

Sans surprise, le rapport Derdevet commence par dénoncer «l’absence de pilotage européen» qui «produit une désoptimisation industrielle, affaiblit les leaders énergétiques continentaux, induit des bulles dans le développement de certaines filières d’énergies renouvelables, et aboutit à des signaux prix dissonants pour les investisseurs». Le constat n’est pas forcément inexact.

Les Etats à la manœuvre

Il passe sous silence le fait que ce sont souvent les Etats membres (dont la France) qui torpillent la politique communautaire, en traînant les pieds pour transcrire les directives européennes, en protégeant leurs opérateurs nationaux de la concurrence ou en allouant plus de quotas d’émission qu’il y a de gaz à effet de serre à réguler effectivement. Qu’importe, alors que la Russie menace de fermer les vannes gazières, que les grands énergéticiens souffrent de ne plus vendre assez d’énergie à des consommateurs à qui l’on demande par ailleurs de réduire leur demande, et que l’économie européenne souffre de ne plus investir assez: le rapport Derdevet apporte un espoir et des réponses.

L’espoir, bien sûr, c’est la transition énergétique. Déjà initiée en Allemagne, cette feuille de route énergétique sera l’alpha et l’oméga du sommet climatique de Paris. Ce qui implique, en Europe comme ailleurs, d’investir lourdement dans les réseaux. La raison en est connue: seul un fin maillage de réseaux électriques et gaziers permettra de raccorder des millions de nouveaux producteurs (d’électricité verte ou de biogaz), tout en assurant l’équilibre entre offre et demande (vital pour l’électricité) et la sécurité de l’approvisionnement.

700 milliards d’investissements en 10 ans

Les investissements annoncés sont colossaux: 500 milliards d’euros pour la distribution dans les 10 prochaines années et 200 milliards pour le transport. On est très loin des ordres de grandeur de l’encore hypothétique plan Juncker.

Comment donc transformer ces besoins en raccordement en un projet industriel communautaire? D’abord en faisant des choix. Drastiques. Michel Derdevet estime qu’il faut prioritairement investir dans les réseaux… électriques. «La priorité donnée pour le moment aux réseaux gaziers participe du traitement de l’urgence économique et politique. […] Cependant, les incertitudes demeurent importantes concernant la place à venir du gaz dans le mix énergétique européen.» L’urgence est donc électrique.

Améliorer la «bancabilité» des entreprises

C’est d’ailleurs l’Europe qui le dit. En fixant des objectifs d’interconnexions électriques (10% en 2020 et 15% en 2030) et en favorisant le développement des sources d’énergies renouvelables décentralisées, Bruxelles oblige les 28 à tirer du câble: «Une organisation comme Greenpeace considère pour sa part que, à l’horizon 2030, 26.275 kilomètres de lignes à haute et très haute tension (avec un taux de pénétration des énergies renouvelables de 77%) seront nécessaires contre 50.110 km pour EntsoE (avec un taux de pénétration des énergies renouvelables de 37%)».

Ensuite, les gestionnaires européens de réseaux devront se mettre en ordre de bataille. En renforçant leur coordination; si possible sous la houlette d’un des mastodontes français (RTE ou ERDF). Histoire d’améliorer la «bancabilité» de ces industriels qui devront réaliser de gros investissements, le rapport préconise d’accroître leurs rentes, par exemple en augmentant la part fixe des tarifs d’utilisation des réseaux.

Keynésianisme et critères de Maastricht

Autre moyen d’alléger les délais (il faut parfois 10 ans pour tirer une ligne) et donc les coûts: créer un fonds d’investissement. Si l’origine de son abondement n’est pas décrite, l’utilisation des fonds est fléchée: «Investir dans les projets portés par les territoires impactés, visant à dynamiser leurs activités économiques ou à densifier leurs équipements publics».

En d’autres termes, il s’agit de faire passer la pilule. Autre possibilité: injecter un peu d’investissements publics. Ou comment conjuguer keynésianisme et respect des critères de Maastricht. Le rapport souligne qu’une «amplification de l’investissement public représente autant une opportunité financière pour les Etats qu’un enjeu industriel et stratégique». Certes. Mais derrière cette mesure, on pourrait aussi envisager d’inclure «l’amortissement, dans le calcul, des déficits publics, des investissements réalisés dans les infrastructures énergétiques». Malin.



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